Fin de la trêve hivernale : l’inquiétude monte au sein de la Fondation Abbé Pierre

140 000 personnes sont menacées d’expulsion en France selon les services du ministère du Logement, alors que la trêve hivernale s’est terminée ce dimanche 31 mars. Un nombre record qui s'explique par des procédures d'expulsions facilitées par une loi votée en 2023.

Depuis quelques mois déjà, la Fondation Abbé Pierre tire la sonnette d’alarme. Cette année, un nombre record de personnes pourraient se retrouver à la rue avec la fin de la trêve hivernale.

Selon le journal Le Monde, les expulsions sont en hausse de 23% entre 2022 et 2023. Cette hausse peut s’expliquer par un durcissement des règles appliquées par les Préfets, plus souples pendant la période du Covid, mais aussi par la loi anti-squat présenté au parlement l’année dernière par Aurore Bergé et Guillaume Kasbarian, actuel ministre du Logement.

Une loi anti-squat qui facilite les expulsions

Les procédures en cas de loyers impayés sont désormais accélérées et les sanctions ont été triplées pour les squatteurs. Cette loi facilite également les expulsions en cas de loyers impayés. Jusqu’à présent, le juge lassait entre 3 mois et 3 ans aux mauvais payeurs pour quitter les lieux. Désormais, avec cette loi portée par Guillaume Kasbarian, les délais sont raccourcis. Les mauvais payeurs n’ont plus qu’un mois à un an maximum pour régulariser leur situation.

Dans son dernier communiqué de presse, la Fondation Abbé Pierre redoute que ces expulsions se multiplient, "dans un contexte de précarisation croissante des ménages". L’organisation pointe 9,1 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, augmentant ainsi le risque de loyers impayés.

Inquiétude au niveau local

Pour les associations de la région, l’inquiétude est grandissante. Le Relais Orléanais sert 300 repas chaque midi aux personnes défavorisées et propose de l’hébergement temporaire l’hiver. 

Comme chaque année, Dominique Marc, le Président de l’association se dit préoccupé par l’augmentation du nombre de familles à la rue.

Normalement, on ne couvre que la période hivernale, car on répond à l’urgence. Mais il a été décidé en accord avec le Préfet de prolonger le délai. Cela permet de pallier la fermeture de nombreuses structures d’hébergements d’urgences qui cesse d’accueillir à partir du 31 mars.

Dominique Marc

 Ainsi, une vingtaine de personnes peuvent venir dormir en urgence, sur des lits de camp chaque soir. "Ce sont principalement des femmes avec enfants, très jeunes, souvent même de moins d’un an qui sont redirigés chez nous par le Samu", précise Dominique Marc qui s’inquiète de la croissance à venir des expulsions.

Un message de fermeté

Pour le ministre du Logement Guillaume Kasbarian, la priorité est "de prévenir les impayés de loyers, tout en assurant l’application rigoureuse des décisions judiciaires".

C’est donc un message de fermeté que veut faire passer le ministère du Logement qui précise : "Notre pays fait face à une pénurie de logements préjudiciable à la vie de ceux qui ont du mal à accéder à un logement durable, mais également à la relance de notre économie. Le Premier ministre a demandé de répondre à cette crise en renforçant l’offre de logement", conclut le ministère du Logement. À Blois, 76 enfants et 39 mères sont menacés d’expulsion de leur hébergement d’urgence.