Cap 2030 vers une Touraine propre : les habitants de l'Indre-et-Loire invités à s'exprimer sur la question des déchets

Ce mercredi 15 mai s'ouvre en Touraine une concertation publique de deux mois sur l'épineuse question des déchets. Les habitants du territoire sont invités à donner leur avis sur le plan de réduction des déchets, mais aussi la construction de deux unités de valorisation énergétique, leur emplacement et leur capacité.

9 semaines pour réfléchir à la réduction de nos déchets et à leur traitement : Martin Cohen (président de Touraine Propre et vice-président de Tours Métropole délégué aux déchets, à la transition écologique et énergétique) et Jean-Luc Dupont (président de la communauté de communes Chinon Vienne et Loire, représentant le Groupement Sud Tourangeau) ont donné au siège de la métropole le coup d'envoi d'une concertation publique qui doit se prolonger jusqu'au 14 juillet.

"Dans le département, nos déchets s'élèvent à 531 kg par habitant et par an, rappelle Martin Cohen. Dont 200 kg d'ordures ménagères résiduelles, les OMR c’est-à-dire nos poubelles grises, 100 kg de tri sélectif et 231 kg apportés en déchetterie, essentiellement des déchets verts et des encombrants. L'état des lieux de nos poubelles n'est pas vraiment connu par la population et c'est peut-être l'objectif premier de cette concertation : faire parler des déchets, de la quantité que l'on produit et de la façon dont on les traite."

Touraine Propre (syndicat mixte qui représente 98 % des habitants du département) et les élus des différentes collectivités adhérentes tentent, depuis quelques années, de mettre en place une stratégie déchets, avec un premier rapport présenté début 2023.

16% de déchets en moins en 2030

Et puisque la loi impose, concernant les déchets, de donner la priorité à la réduction et au réemploi, est  établi, dans la foulée, le programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA) pour la période 2024-2030.

"Notre objectif à l'horizon 2030 est une réduction de 16% des déchets, poursuit Martin Cohen. C'est un programme peu ambitieux pour certains, très ambitieux pour d'autres. Reste que cela n'a jamais été fait. Si l'on poursuivait ce qui est fait depuis 2010, on serait plutôt à moins 4 ou 5% en 2030".

À l’heure actuelle en Indre-et-Loire, 70% des déchets (les OMR) sont enfouis (sur deux sites, l'un au nord du département, l'autre au sud) et 30% incinérés, en partie dans l'Unité de Valorisation Energétique (UVE) de Saint-Benoît-la-Forêt, près de Chinon.

Or ces modes de traitement ne sont plus tenables : les sites d'enfouissement arrivent à saturation et l'incinérateur de Chinon est légalement en "fin de vie"

L'ensemble de ces sites est voué à fermer dans la décennie. Si rien n'est fait, nous serons obligés d'exporter nos déchets au-delà du département. Avec de nombreux transports en camions, lointains et polluants, une forte hausse des coûts et une perte de maîtrise sur la gestion de nos déchets.

Martin Cohen, président de Touraine Propre

Pour éviter d'en arriver là, les élus proposent de construire deux unités de traitement, l'une à proximité de la métropole, pour le nord du département, l'autre, pour le sud, à proximité de Chinon, sur le site même de l'actuelle UVE de Saint-Benoît-la-Forêt.

Quel emplacement pour l'incinérateur métropolitain ?

"Pour ces deux unités, d'une capacité de 60 000 tonnes/an sur Tours Métropole et de 40 000 tonnes pour Chinon, il s'agit d'être le plus près possible des lieux de production des déchets et de valoriser au maximum la chaleur qu'elles produiront", précise Martin Cohen.

Une capacité d'incinération annuelle de 100 000 tonnes, alors que, même en atteignant l'objectif de réduction de 16%, l'Indre-et-Loire devrait encore produire 130 à 140 000 tonnes de déchets en 2030. Il faudra donc tout de même en partie utiliser les possibilités de traitement des départements limitrophes, Maine-et-Loire et Loir-et-Cher.

Reste à régler la délicate question de l'emplacement de l'incinérateur métropolitain. Trois sites sont proposés à la concertation. La commune de Sonzay, où se trouve l'actuel site d'enfouissement du nord du département, est candidate pour accueillir la future UVE, mais un peu éloignée des sites permettant de valoriser la chaleur produite. Deux autres emplacements sont donc à l'étude, l'un à Tours, près des pistes de l'aéroport, l'autre, un peu plus au Nord, sur la commune de Parçay-Meslay.

Allonger la durée de vie de l'unité chinonnaise

Un problème qui ne se pose pas pour le Chinonnais, où des terrains sont disponibles à proximité immédiate de l'actuelle UVE de Saint-Benoît-la-Forêt. :

"Chinon dispose depuis 1983 d'une unité de traitement d'une capacité annuelle de 19 000 tonnes, pour un peu plus de 80 communes, explique Jean-Luc Dupont. Une unité qui a passé 40 ans et arrivera réglementairement en fin de vie à la fin 2025. L'enjeu, pour nous, est de travailler à l'allongement de sa durée de vie, afin d'assurer la transition avec la construction de la nouvelle unité, qui prendra au moins 5 ans".

La nouvelle UVE de Chinon devrait permettre de développer le réseau de chaleur sur l'ensemble du parc hospitalier, mais aussi sur le parc d'activités et les infrastructures publiques (lycée, foyer jeunes travailleurs, EHPAD, école...) situés à proximité de Saint-Benoît-la-Forêt. Et d'étendre le territoire concerné à l'ensemble du sud Touraine :

"L'unité de traitement de Chinon ne concernait jusqu'à aujourd'hui que 2,5 territoires : Chinon Vienne et Loire, Touraine Val de Vienne et la moitié de la communauté de communes Val de l'Indre, précise Jean-Luc Dupont. Demain, avec Loches Sud Touraine, 4 intercommunalités complètes seront concernées, une capacité de traitement pour près de 160 000 habitants".

Une plateforme numérique et 80 rencontres publiques

Le coût de ces trois projets, prévention et construction de deux UVE, est estimé entre 160 et 180 millions d'Euros. Projets qui font donc l'objet de la concertation publique qui s'ouvre aujourd'hui. "Un dispositif large et bien étoffé, qui devrait permettre à la population et aux acteurs du territoire de participer et d'apporter leur contribution", selon Martin Cohen.

Concrètement, l’outil central de cette concertation est une plateforme numérique de dialogue citoyen, richement documentée, concertation.tourainepropre.fr, sur laquelle chacun est invité à publier un avis.

Deux mois où seront également proposés 4 réunions publiques d'échanges et d'informations, deux tables rondes thématiques, et 70 "débats mobiles", lors de marchés ou de festivals. Le calendrier de ces évènements est évidemment disponible sur la plateforme.

Il faut encore y ajouter une exposition itinérante, et plusieurs visites de sites, importants ou exemplaires dans la question du traitement des déchets.

Enfin, une autorité indépendante, la Commission Nationale du Débat Public, CNDP, est chargée de veiller au bon déroulement de la concertation, représentée par deux garants qui devront remettre un rapport au mois d'août.