Chinon : les salariés de la centrale nucléaire mobilisés contre la privatisation partielle d'EDF

Sur l'impulsion du gouvernement, la réforme d'EDF prévoit sa scission et la privatisation partielle de son activité. Syndicats et élus de gauche de la région sont vent debout contre le "projet Hercule".

La centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire.
La centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire. © Kovarik / MAXPPP

Les salariés de la centrale nucléaire de Chinon, en Indre-et-Loire, étaient de nouveau en grève ce 19 janvier. Comme le 26 novembre dernier, où 58% des employés s'étaient mobilisés. Comme le 10 décembre, comme le 3 décembre, et bien d'autres avant. Les syndicats CGT, FO, CFDT et CFE-CG, font cette fois front commun.

Tous sont mobilisés contre une même bête noire : le plan de réorganisation d'EDF, exigé par le gouvernement et baptisé "projet Hercule". Selon les élu.e.s régionaux du groupe socialiste, démocrates et radicaux, un plan présenté le 9 janvier par la direction du groupe à l'Assemblée Nationale prévoit une scission de l'activité d'EDF en trois branches :

"- EDF Bleu, entreprise publique gérant le parc nucléaire national,
- EDF Vert, entreprise cotée en Bourse dédiée aux énergies renouvelables,
- EDF Azur, entreprise qui gérerait les nouvelles concessions des barrages hydroélectriques."

Un scénario qui, concrètement, mène à la privatisation d'une partie des activités d'EDF, qui entrerait dans une toute nouvelle logique de compétitivité.

L'intenable situation d'EDF

Le gouvernement, actionnaire du groupe à plus de 80%, entend faire tomber tout un système de régulation du marché de l'électricité mis en place par Bruxelles.

EDF est en effet actuellement contrainte par un dispositif nommé ARENH de vendre un quart de sa production à la concurrence, à un tarif fixe, aujourd'hui inférieur au prix du marché. A la perte de ce profit s'ajoutent les coûteuses maintenance à entreprendre sur les centrales électriques existantes, et une dette estimée à plus de 40 milliards d'euros.

Les opposants demandent "un véritable débat sur l'avenir"

Cette scission du plus grand fournisseur national d'électricité est désormais face à l'opposition des syndicats de l'énergie et des parlementaires de gauche.

"Cette doctrine de privatisation semble venue d’un autre âge. Elle cherche à casser un outil essentiel à la transition énergétique. Pourquoi, tout en nationalisant de nouveau le parc nucléaire, ce qui est une bonne chose, privatise-t-on par la même occasion le développement des énergies renouvelables ?" s'interrogent les élus de gauche du Centre-Val de Loire.

"Ce projet n’est pas une exigence de la Commission européenne comme certains voudraient le faire croire. Il ne répond ni à la question de la faiblesse endémique des fonds propres d’EDF ni à celles des moteurs de son endettement, du portage de sa dette et de la sous-rémunération chronique dont souffre l’entreprise", écrit de son côté l'intersyndicale, qui réclame "un véritable débat sur l'avenir d'EDF".

Abandon à la concurrence de la branche "verte", considérée comme la plus rentable ; craintes pour l'emploi ; questions de souveraineté ; perte de la mission du service public... Les griefs des opposants sont donc nombreux, et les syndicats du nucléaires déterminés à poursuivre la contestation. En Centre-Val de Loire, environ 12 000 emplois dépendent de la filière nucléaire.

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