Loches : présentation à la Chancellerie de pièces exceptionnelles du trésor napolitain de San Gennaro

La capitale du Sud Touraine a réussi un coup d'éclat en accueillant des pièces issues du trésor de Naples. Il est très rare de pouvoir les contempler hors les murs de la chapelle de San Gennaro. L'occasion de découvrir l'histoire incroyable qui lie cette ville à son saint patron

Joyau de la collection, le buste de San Gennaro est un bijou d'orfèvrerie, réalisé en argent doré et incrusté d'émaux et de pierres précieuses
Joyau de la collection, le buste de San Gennaro est un bijou d'orfèvrerie, réalisé en argent doré et incrusté d'émaux et de pierres précieuses © Musée du Trésor de San Gennaro

Abrité à Naples, dans une chapelle adjacente à la cathédrale (il duomo de Napoli), le trésor de San Gennaro est le plus riche au monde, dépassant ceux de la couronne d'Angleterre ou des tsars de Russie. En sept siècles, pas moins de 21 000 pièces d'orfèvrerie, de joaillerie, de statues d'or et d'argent ou encore de peinture y ont été réunies.

Le plus extraordinaire reste l'histoire qui a permis la constitution de ce trésor : au début du XVIe siècle, la ville de Naples est marquée par trois fléaux : la recrudescence de la peste, l’éruption du Vésuve et les guerres d’Italie.

 

Tobie et l'ange Raphaël, l'oeuvre, réalisée en 1797, par l'un des plus grands sculpteurs de son temps, Giuseppe Sanmartino (argent, cuivre et bronze)
Tobie et l'ange Raphaël, l'oeuvre, réalisée en 1797, par l'un des plus grands sculpteurs de son temps, Giuseppe Sanmartino (argent, cuivre et bronze) © Musée du trésor de San Gennaro

Le peuple de Naples s'adresse alors à son saint patron, San Gennaro. Pour s'assurer de sa protection, les élus de Naples signent en 1527, en présence d'un notaire, un contrat avec le saint, qui est pourtant mort douze siècles plus tôt ! San Gennaro protègera Naples et Naples offrira au saint une magnifique chapelle.

Pour en finir, il faudra décapiter San Gennaro

Né vers 270, San Gennaro est devenu évêque d'une ville proche de Naples en 302. Il va alors subir les persécutions de l’Empereur Dioclétien contre les chrétiens. En 305, il est condamné à mort. Il aurait été jeté dans la fournaise, fouetté jusqu’au sang, attaché à des chevaux pour être écartelé puis emmené au cirque pour se faire dévorer par les fauves. Mais rien n’y fait, le saint n’a pas une égratignure.

Pour en finir, les autorités ordonnent sa décapitation.Le lendemain de sa mort, le 19 septembre 305, sa nourrice recueille son sang dans deux ampoules. Trois fois par an, encore aujourd’hui, ce sang se liquéfie : c’est le miracle de San Gennaro. Lors des célébrations du miracle, qui ont lieu chaque année le 19 septembre, une procession parcourt la ville et la population attend avec ferveur que le sang contenu dans les ampoules passe de l’état solide à l’état liquide.

"Miracle de la liquéfaction du sang de San Gennaro en 1799 sur le maître-autel de la cathédrale en présence des troupes françaises". Ce tableau d'Hoffman dépeint l'accomplissement du miracle sous les yeux des soldats napoléoniens.
"Miracle de la liquéfaction du sang de San Gennaro en 1799 sur le maître-autel de la cathédrale en présence des troupes françaises". Ce tableau d'Hoffman dépeint l'accomplissement du miracle sous les yeux des soldats napoléoniens. © Musée du trésor de San Gennaro

 

Depuis sept siècles, pour être bien accueilli par les Napolitains, ou par reconnaissance, chaque nouveau roi, chaque prince, chaque grande famille ou même un simple citoyen doit offrir un cadeau à San Gennaro : bijoux, calices, pierres précieuses... Des objets de cultes, des parures pour le saint, de la décoration, de grands bustes de saints en argent, des peintures...

Ce trésor, même s'il est très riche, le plus riche au monde selon les experts, est en même temps très pauvre. Il n'appartient à personne. C'est la Députation qui le gère, mais elle ne peut pas vendre d'oeuvre. Le vatican n'en est pas propriétaire, la ville non plus. Le contrat qui en est à la base est signé avec un saint. Du point de vue juridique, cela crée une situation indémêlable! La seule source de revenu pour ce trésor, c'est la billetterie. Pas question de vendre une pierre pour faire du marketing ou des travaux d'entretien. 

Lucio de Risi, président du fonds de dotation Loches, Patrimoine et Culture

 

Une histoire de religion, de pouvoir et de superstition

C'est en grande partie grâce à Lucio de Risi que la ville de Loches peut aujourd'hui présenter 15 oeuvres d'une valeur inestimable. Nommé à la tête du fonds de dotation "Loches, Patrimoine et Culture" par l'ancien maire Jean-Jacques Descamps, ce napolitain d'origine est ami avec un membre des familles qui, depuis cinq siècles, ont la charge de garder le trésor de San Gennaro. Lorsque Loches s'est parée des couleurs italiennes à l'occasion des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci, il a eu envie d'aller plus loin. Et le nouveau maire, Marc Angenault, a relevé le défi.

Un ciboire offert en 1931 par l'ultime roi d'Italie, Umberto II, réalisé en or, malachite et corail
Un ciboire offert en 1931 par l'ultime roi d'Italie, Umberto II, réalisé en or, malachite et corail © Musée du trésor de San Gennaro

"Le trésor n'est sorti de Naples que deux fois  en sept siècles, reprend M. de Risi. Une fois à Paris, une autre à Rome. A Loches, la mairie a restructuré l'espace et la sécurité de la Chancellerie. Il n'y a pas d'autre exemple de villes comme Loches qui ait accueilli ne serait-ce qu'un seul objet du trésor. Objectivement c'est exceptionnel."

Mais ce qui motive plus particulièrement M. de Risi, c'est de faire connaître aux français cette incroyable histoire qui lie la ville de Naples et son saint patron :

"Des diamants, de l'or et des pierres précieuses, on peut en voir un peu partout dans le monde, dans des musées ou des expositions. Mais l'histoire de San Gennaro est complètement ignorée en France. C'est une histoire surréaliste, d'une certaine façon, ce trésor qui s'accumule pendant des siècles et dont rien n'est vendu, puisque personne n'en est propriétaire..."

San Gennaro personnifie la ville de Naples. Et il y a plusieurs clés pour tenter de saisir ce mystère. C'est une histoire de religion, de pouvoir et de superstition

Lucio de Risi

L'aspect religieux semble une évidence, mais, poursuit le président de Loches, Patrimoine et Culture, "pourquoi les plus puissants de ce monde ressentent-ils le besoin de s'incliner devant San Gennaro? Jusqu'à Napoléon qui, au lieu de piller le trésor comme il avait coutume de le faire partout, a demandé à Joachim Murat de rendre visite au saint et de lui offrir un ostensoir en or!"

L'ostensoir offert par Joachim Murat, haut dignitaire du Premier Empire, puis roi de Naples à partir de 1808
L'ostensoir offert par Joachim Murat, haut dignitaire du Premier Empire, puis roi de Naples à partir de 1808 © Musée du trésor de San Gennaro

"Le royaume de Naples était très important, reprend M. de Risi. Pour s'affirmer, on faisait de la surrenchère : tu as fais un cadeau, je vais en faire un encore plus beau. Il fallait s'assurer le soutien du peuple, quitte à dépenser des centaines de millions. Et puis il reste la superstition : on demande à San Gennaro d'arrêter la lave du Vésuve, on lui fait un cadeau. On se raconte des légendes, on lui prête des pouvoirs qu'il n'a jamais eu."

Appréhender le Trésor de San Gennaro, c’est aussi plonger dans la vie foisonnante de Naples. Pour s’immerger au mieux dans l’univers napolitain, des expériences audiovisuelles sont proposées au public tout au long de la visite.

Pour mieux saisir l’immense ferveur populaire suscitée par ce saint, une vidéo commentée présente la procession autour de San Gennaro et la foule qui l’accompagne à travers les rues de la ville jusqu’au moment du miracle. Une série de photos en haute définition complète l’exposition pour donner un aperçu de l’immensité du trésor napolitain.

Enfin, un film inédit réalisé en 3D permet de découvrir virtuellement Naples, la chapelle et ses églises, pour compléter le voyage du public sur les flancs du Vésuve.

 

Infos pratiques exposition "Trésor de Naples : le mystère San Gennaro"

Loches, du 20 mai au 1er octobre 2021 Du 20 mai au 30 juin et du 1er septembre au 1er octobre : ouvert du mercredi au dimanche. Du 1er juillet au 31 août, ouvert tous les jours.

Horaires : 10 h – 12 h 30 / 14 h – 18 h.

Tarifs : plein 7 € ; réduit 5,50 € ; gratuit jusqu'à 18 ans inclus. Billet jumelé avec le Musée Lansyer : 9 €.

 

 

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