ENQUÊTE. Pourquoi l'Indre-et-Loire n'aime pas l'éolien ?

La région Centre-Val de Loire est la quatrième qui compte le plus d'éoliennes en France. / © MAXPPP
La région Centre-Val de Loire est la quatrième qui compte le plus d'éoliennes en France. / © MAXPPP

Aucune éolienne ne fonctionne en Indre-et-Loire, alors que la région Centre-Val de Loire est l'une de celles qui en compte le plus. La communauté de communes a, depuis plus de quinze ans, bloqué toute tentative d'implantation. Mais les proéolien espèrent que la situation changera d'ici cinq ans.

Par Victor Lengronne

L'histoire se répète. Plus de cinq après une mobilisation contre l'éolien à La Chapelle-Blanche-Saint-Martin en 2014, quelque 300 parapluies étaient réunis sur la pelouse du stade de la commune le 20 octobre dernier. En cause : un nouveau projet de parc éolien à Vou (202 habitants) et La Chapelle-Blanche (687 habitants). "L'éolien, c'est toujours non !" peut-on voir inscrit sur des panneaux prévus à cette occasion. Là est le paradoxe : si la région Centre-Val de Loire est la quatrième qui compte le plus d'éoliennes en France, aucune n'est présente en Indre-et-Loire.

De nombreux élus de Touraine y sont opposés. Parmi eux, des barons du département qui se rangent derrière une majorité d'antiéoliens malgré des convictions personnelles parfois différentes. Depuis 2002, des projets ont émergé un peu partout en Touraine sans qu'aucun ne voie le jour.
 
 

"On n'est plus maître de notre territoire"

Jean-Marie Vannier ne se dit pas opposé à l'éolien, mais pas sur son territoire. Le maire de Vou se sent soutenu aussi bien par la préfecture que le ministère de l'Ecologie. "Du plus petit habitant à l'Etat, personne n'en veut." 

Le promoteur allemand Volkwind, déjà présent en 2014, obtient gain de cause sur la forme - il a obtenu un nouveau permis d'exploiter - pas sur le fond. "Ils s'en foutent de l'éolien, peste le maire. Qu'ils nous foutent la paix ! On n'est plus maître de notre territoire."

Jean-Marie Vannier ne pèse pas ses mots, signe qu'il ne lâchera pas et suivra le souhait de ses habitants - "seulement un ou deux contre". Ses arguments sont nombreux, pas irréfutables. "Déjà, on n'a pas à rougir sur la production d'énergie avec 5 centrales nucléaires en Indre-et-Loire." Il s'y oppose également au nom du tourisme et de la protection du patrimoine. "Les éoliennes constituent un problème au niveau visuel. Elles détruiraient le paysage. Avoir des éoliennes proches de châteaux et d'habitations, pour la plupart classés Bâtiment de France." 

Une idée partagée par Martine Tartarin, édile de La Chapelle-Blanche-Saint-Martin, également mobilisée le 20 octobre dernier. "Nous nous trouvons dans un pays rural. Le tourisme est la principale porte de sortie pour faire évoluer le territoire", estime celle qui avance la filière bois, la géothermie, l'hydrolectricité et les panneaux photovoltaïques comme alternatives à l'éolien.
  

"Le nucléaire va arriver à bout de souffle"

Des arguments réfutés pour la plupart par la poignée d'élus de Touraine bien décidés à ce qu'enfin, l'éolien fasse son apparition. Le manque de vent ? "Les promoteurs n'investiraient pas s'ils n'avaient pas l'assurance de rentabilité", rétorque Régine Rezeau, maire de Sepmes (635 habitants). "Il y a des éoliennes en Vienne, juste à côté de la Touraine. Il ne peut pas y avoir de telles différences de vent", ajoute Serge Gervais, maire de Charnizay (502 habitants) favorable à l'implantation d'un parc dans sa commune, bien qu'il soutienne la mobilisation de La Chapelle-Blanche-Saint-Martin et de Vou. "Si la grande majorité de la commune et le conseil municipal y sont opposés, je n'y vois pas d'inconvénient." 

Le problème se situe dans de plus hautes sphères, notamment au sein de la communauté de communes, opposée à ce qu'une telle énergie fasse son apparition. "A Charnizay, le projet est sur la table depuis dix ans, mais a été boulé par la communauté de communes. On a perdu dix ans", regrette Serge Gervais. "Je trouve incompréhensible que des élus ne veulent pas s'impliquer dans ce projet et ne s'interrogent pas sur leur pertinence. Il est avéré que c'est une piste de production d'énergie", explique Régine Rezeau, par ailleurs agricultrice, qui s'est retirée de toute délibération en conseil municipal sur l'implantation d'un parc de 5 éoliennes dans sa commune, car une des éoliennes pourrait se trouver sur son exploitation.

Mais sa position est connue : "Il ne s'agit pas de laisser faire n'importe quoi sur le territoire. Mais l'éolien est une source de richesse pour nos territoires." Le maire de Charnizay, qui espère avoir des éoliennes sur son territoire entre 2023 et 2025, prône les nouvelles énergies "pour la croissance verte, pour changer de climat et constituer une alternative au nucléaire qui va arriver à bout de souffle. Et c'est une manne financière considérable".


Objectif 2023 ?

Pas question non plus, pour les deux élus, de cautionner une atteinte au tourisme. "Au niveau visuel, je suis conscient que ça ne plaise pas à tout le monde, mais en Sud-Touraine, on ne vit pas du tourisme (Charnizay est l'une des communes qui produit le plus de lait dans la région). Et l'installation d'éoliennes sur d'autres territoires n'a pas fait fuir le tourisme", explique celui qui craint que Les Bâtiments de France fassent pression, tout comme les associations antiéolien qui pourraient bien déposer des recours. Bridoré, Nouans-Les-Fontaines ou encore Le Petit-Pressigny pourraient elle aussi prochainement accueillir des éoliennes sur leur territoire.

Martine Tartarin et Jean-Marie Vannier ne comptent pas arrêter de se mobiliser pour épargner leurs communes, La Chapelle-Blanche-Saint-Martin et Vou, d'un parc éolien. Régine Rezeau et Serge Gervais, eux, comptent bien se réprésenter aux prochaines élections municipales pour faire fonctionner les premières éoliennes d'Indre-et-Loire. Il faudra attendre au moins 2023.
 

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