Deuxième ligne de tram de Tours : atmosphère électrique et salle comble pour la première réunion publique

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Quelques semaines après l'annonce officielle du tracé et du budget de la deuxième ligne de tram de Tours qui sera mise en service en mars 2028, une première réunion publique se tenait hier soir salle Tonnellé dans un des quartiers qui sera traversé par la nouvelle ligne. Une ambiance électrique dans une chaleur étouffante... reportage de Marine Rondonnier et Julien Bernier. ©Marine Rondonnier-Julien Bernier-Gilles Engels-FranceTV

Quelques semaines après l'annonce officielle du tracé et du budget de la deuxième ligne de tram de Tours qui sera mise en service en mars 2028, une première réunion publique se tenait ce mardi 20 juin, salle Tonnellé dans un des quartiers qui sera traversé par la nouvelle ligne.

L'ambiance était électrique et la chaleur étouffante à Tours ce mardi 20 juin. Plus de 150 personnes ont participé à la première réunion publique sur la future deuxième ligne de tram de l'agglomération.

Au micro : Emmanuel Denis, maire EELV de Tours et président du Syndicat des Mobilités de Touraine et Valérie Dubreuil, directrice du projet Lignes 2 Tram pour Transamo. Ils ont présenté les grandes lignes de la nouvelle ligne qui devrait être mise en service en mars 2028 et qui devrait relier La Riche à Chambray-lès-Tours en passant par le boulevard Jean Royer. Face à eux : des riverains, des élus de l'opposition et des membres de l'association "Au Tour(s) du peuple"

"On doit sortir des mobilités carbonées. Le meilleur outil c'est le tramway. Notre objectif est de transporter 50 millions d'usagers en 2030 et de réduire considérablement le trafic de transit notamment boulevard Jean Royer", répète inlassablement le maire de Tours à l'assistance.

C'est une migraine, tous ces wagons sous mes persiennes

Dans la salle, beaucoup ne sont pas contre le tram. Ce qui les angoisse, c'est qu'il passe devant chez eux. Depuis le début de la réunion, Monsieur Renoux, habitant du Boulevard Jean Royer veut prendre la parole : "Je voulais juste que Monsieur le Maire nous dise à nous riverains du boulevard Jean Royer la considération qu'il a pour nous. Nous qui allons devoir vivre à 3 mètres de chaque côté des rails avec un tramway qui va passer toutes les 15 minutes, 364 jours par an. Est-ce que nous sommes des sous-citoyens pour vous ? C'est ma question et j'attends une réponse. Je ne suis pas le seul ici." 

Face à cette forte inquiétude, Emmanuel Denis tente d'apaiser les débats : "Bien sûr, il n'y a pas de sous-citoyens à Tours. On est très attentifs à vos craintes et aux risques de nuisances que cela pourrait provoquer et c'est pour ça qu'on a réfléchi à la solution pour le boulevard Jean Royer et que l'on propose de conserver tous les accès riverains pour que vous accédiez à vos maisons."

Et, d'ajouter : "on supprimera le trafic de transit grâce à des changements de circulation. 7000 voitures n'emprunteront plus le boulevard Jean Royer chaque jour et donc ce sont des nuisances que l'on supprime."

L'inquiétude des riverains de la rue Febvotte

Emmanuel Denis n'a pas le temps d'aller au bout de son raisonnement que le ton monte dans la salle. Hervé Malbec, habitant de la rue Febvotte, demande le micro : "Pouvez-vous m'expliquer Monsieur le maire comment vous allez reporter 8000 véhicules qui circulent actuellement boulevard Jean Royer ? Vous allez les reporter sur la rue Febvotte qui est déjà saturée avec 4700 véhicules par jour et sur la rue du Général Renault ? Vous reportez le problème sur les autres axes. "

Pour répondre, Emmanuel Denis prend pour exemple les effets de la première ligne de tram : "Dans les quartiers qui sont autour de la ligne de tram, on a constaté une baisse de la circulation automobile de 7%, ça veut dire des milliers de voitures en moins, ce n'est pas négligeable."

Puis Christophe Boulanger, vice-président du Syndicat des Mobilités de Touraine, ajoute : "La saturation de la rue Febvotte est un sujet sur lequel on travaille déjà indépendamment de l'arrivée du tram. On doit absolument apaiser cette rue. On travaille avec un bureau d'études depuis le début de l'année sur ce sujet. La solution, c'est le développement des transports en commun : le tram, mais aussi la redéfinition du réseau de bus parce que derrière le tram, on redessine complètement le réseau de bus. C'est ce qui a été fait sur la ligne, c'est tout le réseau de bus et ce qui sera fait sur la ligne 2."

Le budget et les impôts en question

Avec cette deuxième ligne de tram, le Syndicat des Mobilités de Touraine compte sur un report modal, un changement des habitudes de déplacement. "Aujourd'hui à Tours, les 2/3 des déplacements qui sont faits en voiture sont inférieurs à 3 kilomètres", déplore Christophe Boulanger. Entre 2012 et 2019, le nombre d'usagers du tram est passé de 20 millions à 40 millions par an. L'objectif avec la deuxième ligne de tram est de passer à 50 millions. 

Le budget annoncé de la deuxième ligne de tram s'élève à 503 millions d'euros. Pour le moment, 66,6 millions d'euros sont financés par l'État et la Région.

Sur le budget, Benoist Pierre, élu d'opposition à la mairie de Tours et conseiller métropolitain, intervient : "Est-ce que Monsieur le maire, vous êtes le même que le candidat en 2020 qui lorsqu'on était en confrontation disait je m'engage à ne pas augmenter les impôts. Vous les avez augmentés pour la ville de Tours et bien entendu, vous les augmenterez sur ce projet. Ce projet qui ne coûtera pas 503 millions d'euros, il coûtera bien entendu 600, 650 à 700 millions euros. Il y aura des dépassements."

Donc est-ce que vous prenez l'engagement ce soir de ne pas augmenter les impôts au niveau de la Métropole et de voter contre si jamais ce sujet était évoqué ?

Benoist Pierre, conseiller municipal d'opposition

Emmanuel Denis ne répond pas à la question sur l'augmentation possible des impôts à la Métropole. Quant à la hausse de 15 % de la taxe foncière dans la ville de Tours qu'il qualifie de "décision douloureuse", il la justifie par "la nécessité de rénover de nombreuses écoles qui tombaient en déliquescence et de supprimer les passoires thermiques." 

644 arbres coupés, 1200 replantés le long des 12,5 kms de la ligne

Autre point de crispation, les 644 arbres qui vont être coupés le long du tracé de la deuxième ligne. "C'est un génocide", s'insurge Jean-Jacques de l'association "C'est au Tour(s) du peuple." "C'est scandaleux surtout pour quelqu'un qui se réclame de l'écologie."

Emmanuel Denis assure que 1200 arbres seront replantés le long des 12,5 kms de la ligne avec des îlots de fraîcheur. "60 % de la plateforme sera végétale et on pourra même planter des arbres de haute tige à l'intérieur de la caserne pour compenser."

Réaction de Jean-Jacques : "Oui on sait ce que ça donne quand on replante. Souvent ce sont des choses hautes comme ça."

Quid de l'alternative du trambus sur pneus à hydrogène vert

Pour les membres de l'association "C'est au Tour(s) du peuple" très nombreux à avoir participé à cette réunion publique, "cette deuxième ligne de tram est trop coûteuse, pas assez écologique et inefficace". "Il faut faire évoluer ce projet pour aller vers un bus à hydrogène vert. Il faut mettre toutes les alternatives sur la table et décider avec les citoyens", demande Claude Bourdin, tête de liste de "C'est au Tour(s) du peuple" aux municipales de 2020 face à Emmanuel Denis.

"On choisit un moyen de transport en fonction du nombre de passagers", répond Laurence Marin, directrice du Syndicat des mobilités de Touraine. " En fonction du nombre de personnes que vous devez transporter, il faut que vous puissiez tous les faire monter dans le véhicule surtout aux heures de pointe. Un tramway c'est 300 personnes, alors qu'un bus à hydrogène ça va être 120 personnes. Évidemment que la première question que je me suis posée en arrivant à Tours c'est "est-ce vraiment nécessaire de faire un tramway ? " Et là vous regardez combien de personnes vous allez devoir transporter aux heures de pointe. Et vous dimensionnez votre matériel roulant. Si bien sûr il y avait des bus qui pouvaient transporter 350 personnes d'un coup, pourquoi pas un bus. Mais aujourd'hui ça n'existe pas".

Malgré l'ambiance électrique qui a marqué cette première réunion, Laurence Martin est satisfaite : "Au moins le dialogue est engagé. Pour nous techniciens, c'est très important d'identifier les attentes, les angoisses et d'apporter des réponses aux besoins spécifiques des usagers et des riverains".

Christophe Boulanger a précisé qu'il restait encore un an d'étude pour le boulevard Béranger. "On est à une étape. Il peut y avoir des évolutions sur les aménagements. Et puis il y aura une enquête publique fin 2024 qui tranchera sur la nécessité de la ligne 2 ou pas. "

D'autres réunions de ce genre se tiendront d'ici à l'enquête publique : "C'était un temps d'échange nécessaire. Bien sûr il y a des craintes et des interpellations. On est là pour y répondre. On continuera à chaque étape de ce projet à répondre aux questions et à organiser ces moments de discussion qui sont vraiment nécessaires pour que le projet soit accepté par l'ensemble de la population", confie Emmanuel Denis à France 3 après la réunion.