Face à la détresse des étudiants de médecine, l’Université de Tours réfléchit à des solutions

Le confinement et la crise sanitaire ont aiguisé le mal-être vécu par les étudiants, en particulier ceux de médecine. Ces derniers sont plus souvent victimes de surmenage et de dépression à cause de leur cadence de travail et de la pression mise par certains enseignants.

“Tolérance zéro, engagement total”. On dirait un slogan contre le trafic de stupéfiants et la petite délinquance. Il n’en est rien.

C’est par ce “mot d’ordre” qu’Olivier Véran, ministre de la Santé, et Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, ont rappelé leur préoccupation envers les étudiants de santé.

Dans leur communiqué, ils indiquent en effet que “ces derniers mois, plusieurs rapports ont mis en lumière des situations de maltraitance, de harcèlement et de violences morales ou sexuelles à l'encontre des étudiants en santé, aussi bien dans les établissements de santé qu'à l'université ou dans les instituts de formation.” 

Souffrances plus intenses

A cette “situation intolérable”, s’ajoutent un mal-être et une détresse psychologique aggravés par la crise sanitaire. Des étudiants en santé étaient en effet placés en première ligne, pour aider les soignants à gérer l’afflux de malades du Covid-19. 

Au point que plusieurs internes se sont suicidés en France cette année. Interrogé sur ce point, Patrice Diot, le doyen de la faculté de médecine de Tours, assure qu’il n’y a eu dans la région aucune tentative de suicide recensée, ni aucun burn-out. "Mais clairement on a des remontées de mal-être plus importantes, des souffrances plus intenses que celles auxquelles on est habitué."

Les raisons sont pour lui multiples : "l’apprentissage des métiers de la santé expose à la souffrance des autres et à la mort. Par ailleurs, le milieu soignant - en particulier l’hôpital - est attentif aux soignants mais pas toujours aux autres."

Un euphémisme pour parler de certains supérieurs qui mettent une pression énorme sur les stagiaires, parfois victimes de harcèlement moral.

Surcharge avec le Covid

Patrice Diot le rappelle, les études de santé sont parmi les plus difficiles d'un point de vue psychologique : "les indicateurs de qualité de vie et de santé sont dégradés par rapport aux autres étudiants de l’université. Ce n’est pas une spécificité française. Mais ce n'est pas une raison pour s’en satisfaire."

Patrice Diot a donc présenté en conférence de presse ce lundi 31 mai avec Katia Béguin, la rectrice de l’académie Orléans-Tours, un nouveau plan d’action de la conférence nationale des doyens de médecine. Il sera déployé au sein de la faculté de médecine de Tours.

Ce dernier repose “sur la création de structures dédiées à la maîtrise des risques psycho-sociaux”, "sur la mise en place de dispositifs locaux de signalements qui permettent aux étudiants de se manifester" - de façon anonyme ou non - et d’instruire des enquêtes administratives. 

"On n’est pas là pour faire la justice, on est des formateurs et des enseignants", nuance le doyen, mais il reconnaît que dans certaines situations, "l'on peut être amené dans l’intérêt de tous à suspendre de façon conservatoire" les personnes signalées, "ou de réaffecter les étudiants".

Enseignement de la bienveillance

Le plan prévoit aussi de développer "des modules d’enseignement de la bienveillance, du management des étudiants".

"On n’a pas la solution d’un coup de baguette magique à tous les problèmes mais il y a une prise de conscience et une volonté commune de tous les partenaires", affirme Patrice Diot. 

Une évolution certaine par rapport à l’époque où "on se regardait parfois en chien de faïence". Pour la rectrice, c'est une façon d'apporter de la "sérénité" aux étudiants de santé. Reste à voir, une fois le plan mis en place, la réalité et l'ampleur de son efficacité.

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