"Ça ne peut plus durer, on gâche notre avenir" : les étudiants d'Orléans mobilisés contre la précarité

Depuis mars 2020, les étudiants français ont subi la crise de plein fouet. Ce 26 janvier, ils se sont mobilisés à travers la France, comme à Orléans. Leurs attentes : un retour en cours accompagné et planifié, et des aides pour ceux dont la situation est la plus difficile.

Ce 26 janvier, des étudiants et des salariés de l'Education nationale ont manifesté dans plusieurs villes de France, comme ici à Toulouse. Photo d'illustration
Ce 26 janvier, des étudiants et des salariés de l'Education nationale ont manifesté dans plusieurs villes de France, comme ici à Toulouse. Photo d'illustration © DENISE ROSSANO / MAXPPP

Drôle de société, qui juge "non-essentiel" son propre avenir. Comme un peu partout à travers la France, des étudiants du campus d'Orléans se sont mobilisés ce 26 janvier, afin de protester contre les conditions de précarité dans lesquelles ils étudient. Si le sujet de la précarité étudiante faisait déjà l'objet de plaintes avant la crise sanitaire, elle a en effet explosé depuis un an. Sur le plan financier, alimentaire, universitaire, mais aussi sur celui de la santé mentale, les syndicats et associations étudiantes rapportent une détresse qui va de pair avec les privations, mais aussi des tentatives de suicide.

A Orléans, la fédération des associations étudiantes ÔCampus a mené ces dernières semaines une étude à laquelle 984 étudiants ont répondu, pour se faire une idée de la situation. Selon la présidente d'ÔCampus, Jade Delpy, ils sont 83% à s'être sentis "mal ou très mal" depuis mars 2020. "La crise a amplifié des précarités qui étaient déjà présentes", poursuit Jade Delpy.

Pas de visibilité sur une sortie de crise

En plus de la précarité alimentaire, cette étude révèle la précarité informatique. Un étudiant sur deux a rencontré des problèmes pour suivre les cours à distance car il ne possédait tout simplement pas de matériel adapté, et 68% ont eu des difficultés liées à des problèmes de connexion, qui peuvent survenir en plein cours, voire en plein examen.

Se rajoutent encore des problématiques spécifiques à certains cas, comme celui des étudiants étrangers qui ont de plus en plus de mal à suivre le rythme. Ou encore les étudiants qui, repartis chez leurs parents pour échapper à la solitude, continuent à payer un loyer sans savoir s'ils pourrotn retourner en cours, et quand. "Et puis il y a un sentiment de démotivation", achève la présidente d'ÔCampus, qui constate que même les professeurs d'université peinent à rester motivés. "On n'a aucune visibilité sur une sortie de crise, les profs et le personnel administratif non plus. Ça ne peut plus durer, on gâche notre avenir !"

Sentiment de déconnexion

Face à ces difficultés, les étudiants espèrent un geste des collectivités, comme la Région ou la Métropole d'Orléans, sur le modèle des 100 euros alloués par la commune de Saint-Jean-de-la-Ruelle aux étudiants résidant sur son territoire. Ils espèrent aussi voir le système d'aide alimentaire mis en place par l'État se pérenniser "tant qu'il y aura un besoin".

Et les mesures du gouvernement, comme les repas à 1 euro ou les "chèques psy" pour faciliter les consultations chez un psychologue ? Elles vont dans le bon sens, mais restent brouillonnes aux yeux des étudiants. Pire, à l'heure où les cours ne sont plus que virtuels, certaines idées donnent l'impression d'une complète "déconnexion" entre le gouvernement et l'université. "Les repas à un euro c'est une revendication très ancienne, et on est très heureux qu'elle ait été entendue mais... les restaurants universitaires sont fermés", fait par exemple remarquer l'étudiante. Et même si les CROUS s'organisent pour distribuer des repas équilibrés, tous les étudiants d'en sont pas satisfaits, et certains s'inquiètent de répercussions sur leur santé.

Quant à la santé mentale, là encore les effets d'annonce ont pris le pas sur l'efficacité réelle. "On nous a dit par exemple qu'on allait doubler le nombre de psychologues dans les universités. Sur le papier c'est très bien mais concrètement on passe juste d'un seul psy pour 20 000 étudiants à ... deux", s'indigne Jade Delpy. "Alors qu'il y a un gros manque de personnel dans l'administration : on n'a que deux assistantes sociales à l'université, qui reçoivent une trentaine de demande par jour." L'une d'elles a d'ailleurs démissionné, croit savoir l'étudiante. L'autre serait en arrêt maladie. Cerise sur le gâteau : pour être remboursée, la consultation chez le psy doit avoir été prescrite par un médecin, ce qui, dans un désert médical, ne manque pas de sel.

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