Indre-et-Loire : pour lutter contre le manque de main d'œuvre, l'agriculture veut former des réfugiés

MaxPPP - Les vendanges par des travailleurs étrangers (photo d'illustration). / © Christian Watier / MaxPPP
MaxPPP - Les vendanges par des travailleurs étrangers (photo d'illustration). / © Christian Watier / MaxPPP

Dès janvier 2020, une plateforme va accompagner l'insertion sur le territoire de l'Indre-et-Loire de 150 réfugiés par an. L'objectif : compenser le manque de main d'œuvre dans le secteur agricole, et notamment chez les saisonniers.

Par Thomas Hermans

C’est ce qu’on appelle faire d’une pierre deux coups. Une plateforme sera inaugurée fin janvier 2020 à Tours pour permettre à des réfugiés de s’inscrire dans une démarche d’insertion professionnelle dans le domaine agricole.

Issue d’un partenariat entre l’association Entraide et Solidarités, le Groupement d’Employeurs de Touraines et l’UDSEA 37, la plateforme a pour objectif d’aider 150 des 350 réfugiés qui arrivent chaque année en Indre-et-Loire.
 

D'emplois saisonniers en emplois qualifiés


"On va leur proposer d’abord des emplois saisonniers non-qualifiés, puis les orienter sur des formations vers des métiers plus qualifiés et plus facilement pérennisés, explique Julien Primault, coordinateur du Groupement d’Employeurs de Touraine. Par exemple, la cueillette des fruits, qui ne nécessite pas une grande maîtrise de la langue."
Terre de Touraine - Signature de convention sur la plateforme d'aide aux réfugiés en Indre-et-Loire / © Terre de Touraine
Terre de Touraine - Signature de convention sur la plateforme d'aide aux réfugiés en Indre-et-Loire / © Terre de Touraine


Et si l'aide à l'insertion sur le territoire de l'Indre-et-Loire profite aux réfugiés, les agriculteurs aussi y trouvent leur compte. Ces nouveaux emplois pourront permettre de pallier au manque de main d’œuvre chronique de la filière agricole. En particulier chez les saisonniers.

"Les agriculteurs ont du mal à monter des équipes conséquentes sur une courte durée, comme à l’occasion des vendanges et de la récolte des fruits et légumes, déplore Julien Primault. Cette année, un exploitant de cerises du côté d’Orléans a dû renoncer à récolter par manque de personnel."

Forte offre d'emplois, faible demande


En 2017, les viticulteurs et abroriculteurs salariés étaient le métier au plus grand nombre de projets de recrutement dans la région Centre-Val de Loire. Juste devant... les agriculteurs salariés. Tout en ne rencontrant pas le nombre de candidatures espérées.
 

Une situation en partie explicable, selon Julien Primault, par un problème d’image. "Nous faisons un travail de communication avec l’ANEFA (Association Nationale pour l’Emploi et la Formation en Agriculture) pour expliquer la diversité des métiers agricoles", promet-il. De plus, il regrette la difficulté des exploitants à fidéliser les saisonniers d'une année sur l'autre.

Ce manque de main d’œuvre a poussé de nombreux agriculteurs à engager de la main d’œuvre venue de Bulgarie, engagée sous contrats français. D’autres ont également recours au travail détaché, avec des contrats "plus ou moins légaux", précise Julien Primault.

En 2015, les 18 977 travailleurs détachés du secteur agricole en France représentaient 6,6 % des travailleurs détâchés, tous secteurs confondus. Le secteur agricole ne constituait pourtant que 2,8 % des emplois du pays. Le Groupement d'Employeurs de Touraine chiffre de son côté à 3 258 le nombre de salariés détachés pour le seul secteur agricole d'Indre-et-Loire en 2017.

Il est cependant difficile de distinguer le recours à des travailleurs détâchés justifié par le manque de main d'œuvre sur le territoire, et ceux embauchés pour réduire les coûts de l'employeur en économisant sur les cotisations sociales.
 

Favoriser les emplois sur le territoire


La future plateforme devrait donc permettre de fixer sur la main d'oeuvre manquante sur le territoire de l'Indre-et-Loire, et d'ainsi éviter le recours à des travailleurs détâchés.

Concrètement, la plateforme devrait aider les réfugiés dans leurs démarches administratives, d'hébergement et de mobilité, en plus de l'aide à l'insertion sur le marché du travail. L'objectif de la plateforme, selon Julien Primault, est que"70% des 150 personnes que nous suivront chaque année soit en situation d'emploi ou de formation professionnelle" à l'issue de l'accompagnement.

L'accueil de la plateforme, basée à Tours, comptera "trois ou quatre conseillers en insertion", précise Julien Primault. Plusieurs services seront délocalisés dans le département. 

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