PORTRAIT. Artisan du vitrail, Pascal Rieu fait découvrir les secrets d'un art fragile et moderne

Dans le quartier des Arts, au cœur du Vieux-Tours, Pascal Rieu a installé son atelier de vitrailliste en 2020 après une reconversion professionnelle. Dans une région riche d’un patrimoine important de vitraux à conserver et à restaurer, l’artisan d’art a choisi de se tourner surtout vers la création pour les particuliers.

Graphiste dans la communication pendant 20 ans à Paris, c’est à 40 ans que Pascal Rieu a décidé de tourner la page. Et de devenir vitrailliste. "J’en avais un petit peu marre et j’ai décidé de changer de métier pour embrasser un métier plus manuel, le métier d’artisan et vitrailliste, raconte-t-il. J’ai choisi ce métier après une reconversion professionnelle et ce qui me plaisait, c'est qu'on travaille le visuel essentiellement, le dessin, les couleurs, la peinture."

Le métier de vitrailliste évoque avant tout les vitraux d'inspiration religieuse, que l'on trouve beaucoup dans les églises, les chapelles, les cathédrales. Mais ils constituent aussi un élément majeur de la décoration. Ainsi, depuis le 19e siècle, le vitrail se trouve dans les appartements privés. C’est la voie choisie par Pascal : "Je me suis plus dirigé vers la création de vitraux pour les particuliers en créant des visuels contemporains et en essayant de renouveler l’idée qu’on a du vitrail."

Le quotidien du vitrailliste

Son quotidien, c’est avant tout de travailler sur des projets. Avec, tout d'abord, la phase de conception graphique du vitrail, le travail du dessin, avant tout le façonnage du vitrail. C'est-à-dire la découpe de verre, la peinture sur verre, le sertissage, les soudures jusqu’à la pose. Autant dire un emploi du temps bien rempli, auquel il faut ajouter tâches administratives, rendez-vous clientèle et quelques travaux de restauration de vitraux. "C’est assez varié, c’est ce que j’aime aussi."

J’ai décidé à 40 ans de changer de métier et pour rien au monde je n’en changerai aujourd’hui car c’est un métier qui est vraiment devenu une passion où je découvre et j’apprends tous les jours

Pascal Rieu, artisan vitrailliste à Tours

Tendre vers la perfection

Le métier a très peu évolué dans la façon de travailler les vitraux, sauf pour la peinture qu’on peut imprimer sur le verre. Pascal Rieu a choisi de travailler de façon traditionnelle, comme il l’a appris pendant 10 mois avec un maitre verrier à Paris avant d’obtenir son CAP. Après avoir installé un atelier à Paris, puis à Montélimar, il s'installe à Tours.

Face à ses confrères vitraillistes, il affirme avoir "un petit plus" : "Quand j’ai travaillé comme graphiste dans la communication, j’ai appris à utiliser des logiciels de dessin et de conception graphique." Des outils qui lui ont permis, pendant 20 ans et sur ordinateur, de "grossir ou faire des zooms au millième de millimètre". Et qui, désormais, lui servent pour ses créations. "Ça m'aide à avancer beaucoup plus vite et à réaliser tout ce que j’ai envie de faire."

Car, pour lui, "il faut que ce soit parfait". Une recherche de la perfection dont Pascal Rieu arrive peu à peu à se détacher au fil des années, même s’il passe beaucoup de temps - peut-être trop, souligne-t’il  sur la peinture.

"Je suis plutôt perfectionniste mais des fois je suis un peu trop pointilleux.J’aime bien que le résultat final corresponde exactement avec ce que j’ai dans la tête Le résultat ne sera pas parfait comme il l’est sur des images numériques sur ordinateur puisque c’est la main qui intervient. On essaie de tendre vers la perfection, mais on n’aura jamais un geste parfait."

Un vitrail à domicile

Aujourd’hui Pascal, réalise 80 % de ses créations pour des particuliers. Vitraux d’inspiration Art déco, contemporains, qui jouent avec l’ombre et la lumière, sculptures, objets de décoration, le vitrail n’est plus seulement cantonné aux fenêtres. Il continue un espace de créativité sans limites, entre l’artisan d’art et le client.

Pascal a réalisé le souhait d’un couple de particuliers d'habiller une fenêtre monumentale de 3,10 mètres de haut sur 1,45 mètre de large dans une demeure tourangelle. "Ma dernière création a été un véritable défi. C’est le plus grand vitrail que j’ai jamais réalisé."

L'œuvre est inspirée de l'univers d’Alfons Mucha, célèbre affichiste magnifiant la nature et la femme, et star de l'Art nouveau. "La Ligérienne" est une figure féminine, accompagnée d'éléments du Tourangeau, comme des plantes des bords de Loire, ou des raisins qui symbolisent les vins de Loire. Un vitrail spectaculaire qui a demandé des mois de travail et des solutions adaptées au gigantisme de l’œuvre.

Le vitrail s’invite en boutique

Plus récemment, Pascal Rieu a réalisé une envie de longue date : réaliser un vitrail pour un commerce. "J’ai toujours voulu faire un vitrail pour une boutique, pour la décoration d’un bar, d’un pub, d’un restaurant, explique-t-il. Et là, j’ai été contacté par une grande marque britannique de chaussures qui m’a enfin donné la possibilité de faire un vitrail décoratif pour sa nouvelle boutique à Tours".

52 pièces de verre d’un puzzle qui, une fois assemblé, trouvera sa place dans un caisson rétroéclairé. Et coup de chance, "c’est une marque que je connais depuis que je suis adolescent et à laquelle je suis attaché." Il tient à préciser : "Je ne dis pas ça parce que c’est mon client, mais ça me rappelle une certaine partie de ma vie et je suis très honoré et très fier de travailler pour cette marque car ça me permet d’avoir encore plus de visibilité."

 La transmission des métiers d’art

L’artisan vitrailliste fait partie des 24 métiers d’art qui cherchent à recruter. La transmission est un aspect essentiel pour partager des savoir-faire ancestraux tout en étant créatif et à l’écoute de son imagination. Seulement, Pascal dit préférer travailler seul. "Je suis un peu sauvage donc je n’embauche personne. Je prends de temps en temps des stagiaires mais comme je suis seul, ce n’est pas facile."

Pascal a donc choisi de transmettre son savoir-faire avec des cours de vitraux. Des ateliers découverte qui permettent de réaliser un vitrail, dans le respect des techniques traditionnelles. Après ces initiations de quelques heures ou plus, certains et certaines de ses stagiaires ont décidé de continuer aussi dans l'univers du vitrail.