Rénovation énergétique : les associations augmentent la pression avant le vote de la loi "climat et résilience"

GreenPeace Tours organisait aujourd'hui un rassemblement devant la permanence du député LREM Philippe Chalumeau ce 26 mars. Un peu partout en France, les associations environnementales accentuent le mouvement avant le vote à l'Assemblée Nationale, qui démarre lundi 29.

Les militants de GreenPeace devant la permanence du député Philippe Chalumeau, à Tours.
Les militants de GreenPeace devant la permanence du député Philippe Chalumeau, à Tours. © GreenPeace / Fabrizio Tommasini

"On est devant la permanence du député pour lui demander de renforcer la loi climat et résilience, qui passe en plénière à l'Assemblée Nationale à partir de lundi prochain. Mr Chalumeau travaille beaucoup sur les aspects sociaux, et la précarité énergétique, c'est le lien entre social et énergie" soutient Anael Biger, membre de GreePeace Tours.

Ce vendredi 26 mars, à 15h sonnantes, un petit groupe de militants s'est rassemblé sous les fenêtres de la permanence du député LREM d'Indre-et-Loire, Philippe Chalumeau. L'objectif de l'association de défense de l'environnement est clair : "Nous voulons rendre obligatoire la rénovation performante de toutes les passoires énergétiques d'ici 2028" dans le cadre de la loi climat et résilience, qui passe ce 29 mars dans les mains de l'Assemblée Nationale.

Passoires thermiques, ces logements mangeurs d'énergie

Les passoires énergétiques, aussi appelées passoires thermiques, ce sont ces logements mal isolés, dur à chauffer, gourmands en énergie... Bref, ces maisons et appartement de classe énergie F ou G, et qui consomment entre 331 et 450 kWh par mètre carré et par an, ou au-delà.

En France, seul 6.6% du parc de logements sont considérés comme basse consommation, avec un classement A ou B. De plus, selon l'ADEME, l'agence de la transition écologique, le logement représente 30% des consommations finales d'énergie et 14,5% des émissions nationales de CO2 (chiffres 2018). A cela s'ajoute un chiffre plus local, fourni par GreenPeace : en Indre et Loire : "44 000 logements sont des "passoires", soit 15% du parc immobilier." L'enjeu est donc colossal.

Mais telle que la loi climat et résilience est pour l'instant prévue, l'obligation de rénover les passoires thermiques prendra effet à partir de 2028, et ne s'appliquera qu'aux logements en location. "Cela représente 2 millions de logements parmi les 5 millions qui sont classés F et G, relativise Anael Biger. Et parmi ces deux millions, ça ne va concerner en réalité que les logements mis en location par les agences et les bailleurs."

"On enjolive ces logements, sans réel gain"

Pourtant, la lutte contre les passoires thermiques inscirte dans cette loi semble plutôt passer par des mesures incitatives. D'abord, les loyers des logements classés F et G ne pourront plus être augmentés à partir de 2023. En 2028, ils ne seront plus considérés comme des logements décents, ce qui devrait enrayer la mise en location de ces biens. La loi climat votée en 2019 prévoyait déjà la fin des passoires énergétiques et, sans obligation générale, ni critère de performance (une rénovation pour arriver à un classement A ou B), le texte ne marque donc pas une grande avancée.

"Si on fait ces rénovations par petits pas comme ce qui est préconisé et appliqué depuis plusieurs années, ça nous coûte très cher et la performance n'est pas au rendez-vous. Il n'y a pas de réelle économie que ce soit du point de vue de l'énergie ou des gaz à effets de serre. On enjolive ces logements, mais sans réel gain. Sans l'obligation pour tous les propriétaires, nous n'arriveront pas à tenir les engagements de l'accord de Paris et passer sous les 1,5 degrés. Ce ne sera techniquement pas possible" prévoît la militante environnementale.

Et l'association a bien conscience que prendre en charge la rénovation énergétique d'un logement n'est pas accessible à tous. "Il faut donner des moyens, car les personnes qui vivent dans cette précarité énergétique vivent souvent dans la précarité tout court. Il faut mettre en place des aides qui incitent très clairement à la rénovation performante" demande Anael Biger.

11 "marches pour une vraie loi climat" en Centre-Val de Loire

Si les manifestants n'ont cette fois pas pu joindre le député Chalumeau, ils l'invitent de nouveau à la table des négociations. Ce travail d'argumentation auprès des députés est commun à plusieurs associations comme la fondation Abbé Pierre, NégaWatt ou encore le réseau Action Climat.

Le 28 mars, ce sont plus de 300 organisations qui ont allié leurs forces pour organiser une vaste "marche pour une vraie loi climat", avec quelque 140 événements à travers la France. Dans la région Centre-Val de Loire, les villes de Tours, Blois, Orléans, Chinon, Vierzon, Châteaudun, Chartres, Dreux, Bourges, Nogent-le-Rotrou et Châteauroux sont concernées.

"Les marches pour une vraie loi climat sont faites pour interpeller tous nos parlementaires et en particulier ceux de la majorité à renforcer cette loi qui est pour l'instant hors de nos objectifs. On met l'accent sur la partie de la loi qui correspond au logement aujourd'hui, mais on a fait beaucoup de propositions pour se déplacer, se nourrir, l'aspect fiscalité, avec un impôt sur la fortune-climatique... Toutes les associations du collectif climat seront réunies, on essaie de faire front commun."

 

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