Santé : du gaz hilarant pour traiter la dépression, l'étonnante découverte d'une équipe de chercheurs

Une équipe de chercheurs du CHU de Tours a publié le 17 août un article dans la revue Molecular Psychiatry, détaillant les effets sur le cerveau d'un mélange de dioxygène et de protoxyde d'azote, dans le cadre du traitement de syndrôme dépressif.

Une "première mondiale", made in Indre-et-Loire. Une équipe de l'université de Tours vient peut-être de participer à une révolution dans le traitement médical de la dépression. Dans un article publié dans la revue Molecular Psychiatry le 17 août, des chercheurs montrent les effets sur le cerveau de l'exposition de patients dépressifs à du gaz hilarant.

Des effets "évidents, qui nous confirment dans nos résultats", explique à France 3 le professeur Thomas Desmidt. Coauteur de l'article, il est professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Tours, médecin au CHU de Tours et chercheur à l'Inserm, l'institut national de la santé et de la recherche médicale. En se fondant sur ces résultats, le professeur estime que le gaz hilarant pourrait "faire partie de la nouvelle génération d'antidépresseurs".

Disparition des syndromes dépressifs

Depuis plusieurs années déjà, les scientifiques disposent de données "qui laissent penser que le gaz hilarant, sous sa forme médicale utilisée pour le traitement des douleurs, pourrait avoir un effet antidépresseur". L'équipe tourangelle a souhaité identifier ce qui se passe au sein du cerveau après exposition au produit, pour tenter d'en expliquer les effets.

L'étude a été menée sur un petit échantillon de 30 femmes volontaires, âgées de 25 à 50 ans, au sein du CHU de Tours. Toutes ont passé une IRM, puis ont été soumises à une séance d'exposition à du gaz hilarant d'une heure, avant de passer une nouvelle IRM. Près de la moitié de ces femmes a répondu au traitement, avec une "absence quasiment totale des symptômes dépressifs les semaines suivantes, voire plusieurs mois après pour certaines patientes".

Comment ça marche

Le fonctionnement neurologique des symptômes dépressifs est bien connu : "Le cerveau fonctionne sur le mode du réseau, explique Thomas Desmidt. Différentes parties s'activent de façon synchrone, pour les fonctions cognitives classiques chez une personne non-dépressive. Mais cette activation synchrone peut produire des symptômes de la dépression, comme les ruminations, la négativité, les idées noires..."

Concrètement, les scientifiques de Tours, en partenariat avec une équipe américaine de l'université de Pittsburgh, ont pu constater un "soulagement d'une certaine hyperactivation de certaines zones du cerveau associées à des symptômes dépressifs" après exposition au gaz hilarant, précise le professeur.

Mieux comprendre ce mécanisme ouvre des portes dans le futur. De nouvelles études sont en cours au CHU de Tours, et pourraient "se terminer d'ici deux ans", selon Thomas Desmidt.

Vers une utilisation généralisée en médecine ?

Si bien que, "si les résultats sont probants, on pourrait commencer à utiliser le gaz hilarant en soins courants dans quatre ou cinq ans", espère-t-il. Sous réserve de validation par les autorités du médicament.

Si sa mise en circulation est très attendue, c'est que le gaz hilarant possède un avantage très concret : son efficacité à court terme, dès les heures suivant une exposition au produit.

Les antidépresseurs ont souvent un effet retardé. Il leur faut quelques semaines, voire quelques mois, pour avoir une efficacité patente... quand ils ont une efficacité.

Thomas Desmidt, professeur de psychologie, Fac de médecine et CHU de Tours

Car, selon lui, "environ 30% des patients sont résistants aux antidépresseurs conventionnels, aux méthodes médicamenteuses et à la psychothérapie".

Il ne faut pas prendre du "proto" pour soigner la dépression

Le produit utilisé par l'équipe tourangelle, qualifié de gaz hilarant, porte le doux nom scientifique de "mélange équimolaire d'oxygène et de protoxyde d'azote", ou MEOPA. Soit un mix à quantités égales de dioxygène (le même que l'on trouve dans l'air) et de protoxyde d'azote (le même que l'on trouve dans les siphons de chantilly).

Ce dernier est par ailleurs utilisé, depuis plusieurs années, de manière récréative sous sa forme pure, avec des effets graves "au niveau pulmonaire à court terme, et neurologique à long terme", avertit Thomas Desmidt. Le protoxyde d'azote est d'ailleurs interdit à la vente pour les mineurs depuis 2021, et est contre-indiqué en milieu médical. Le MEOPA est, de son côté, un produit médical, utilisé dans un cadre précis et surveillé.