Surmenage, précarité, dépression : pour les étudiants de la santé, "le pronostic mental est engagé"

Quinze syndicats d'étudiants de la santé ont publié un rapport pour alerter sur la dégradation de leur santé psychologique. Souvent liée à une précarité financière et à des cadences de travail infernales, celle-ci a été encore plus fragilisée par la crise du covid-19.

Les internes en médecine ont également contesté le Ségur de la Santé au mois de juillet. Photo d'illustration
Les internes en médecine ont également contesté le Ségur de la Santé au mois de juillet. Photo d'illustration © Christophe Morin / Maxppp

Sur dix étudiants en médecine, six subissent un stress quotidien, et deux ont déjà eu des idées suicidaires. C'est l'une des conclusions dérangeantes d'un rapport d'une soixantaine de pages publié par quinze syndicats d'étudiants de la santé. Depuis les élèves infirmiers aux internes en médecine en passant par les orthphonistes ou les sages-femmes, toutes les vocations subissent stress, précarité et dépression.

Les quinze organisations ont également publié une lettre ouverte, demandant aux pouvoir publics d'agir face à l'immense détresse rapportée par les étudiants vis-à-vis de leur charge de travail, de leur précarité financière ou de leurs perspectives d'avenir.

 

Des cadences infernales et un encadrement mal formé

"Précarité étudiante, manque d’encadrement, conditions d’études difficiles sont autant de facteurs qui dégradent la santé mentale des étudiants", note le rapport dans son introduction. Des problèmes qui n'ont rien de nouveau, mais qui restent très présents malgré les "15 engagements pour le bien-être des étudiants en santé" pris en 2018 par le ministère de la Santé, alors occupé par Agnès Buzyn, et par le ministère de la Recherche et de l'Enseignement supérieur.

"On constate qu'il y a beaucoup plus d'anxiété, de dépression que dans la population générale", explique notamment Morgan Caillault, président de l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes en médecine (ISNAR-IMG). "Or, des internes en mauvaise santé, ça signifie des patients qui courent un risque." Ces jeunes médecins, variable d'ajustement peu onéreuse du management hospitalier à flux tendu, sont régulièrement soumis à des cadences infernales, de jour comme de nuit, avec plus de 48 heures travaillées par semaine.

Ajoutez à cela des ambiances de travail en compagnie de professionnels épuisés, des heures mal rémunérées, et des cas de harcèlement moral qui poussent certains à quitter la profession. De tels exemples, Morgan Caillault peut en citer plusieurs, comme celui d'un "co-interne dans un service d'urgences gynéco" l'année précédente, obligée d'effectuer des semaines de plus de 72 heures et mise sous pression par son encadrement. Ou de cette étudiante de 4e année, quelques années plus tôt, qui a fini par changer de voie après avoir travaillé dans un service de pneumologie sous une pression intense et constante.

Et cette détresse ne touche pas que les jeunes médecins hospitaliers. Ainsi, "7 étudiants sages-femmes sur 10 présentent des symptômes dépressifs et plus de 25% souffrent d’une dépression modérée liée aux études", pointe le rapport, tandis que "3 étudiants en odontologie sur 4 présentent une anxiété presque quotidienne".

Le spectre de la précarité

Même une fois passées les portes de l'hôpital, la galère ne s'arrête pas, puisqu'un grand-nombre d'étudiants en santé, comme les étudiants français en général, sont touchés par une forte précarité financière. Ainsi, 35,5% des étudiants en soins infirmiers et jusqu'à 48,5% des étudiants en médecine ont eu du mal à conjuguer leurs études et leur santé financière. Parmi les étudiants en médecine, 1 sur 4 a déjà songé à abandonner ses études pour des raisons pécuniaires. Et comme dans la population générale, ceux qui devraient avoir droit aux aides n'y ont pas accès, faute d'en être suffisamment informés.

 

Les chiffres parlent d’eux-même :17,72% d’étudiants en pharmacie sont en situation de fortes ou très fortes difficultés financières, parmi eux 28,43% n’ont pas fait de demande d’aide , seulement 22,6 % des étudiants en médecine connaissent les aides spécifiques du CROUS, et seuls 11 % savent à quoi elles servent .

"Pronostic Mental Engagé", 2020, p. 37

"La situation est dramatique", conclut le rapport, "et n’ira pas en s’améliorant : si la détresse des étudiants s’est aggravée avec la Covid, il serait illusoire de croire que la sortie de la crise sanitaire permettra de faire disparaître le problème". Au contraire, les organisations syndicales émettent un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles un meilleur accompagnement psychologique des étudiants, mais aussi une formation au management et à la pédagogie pour les professionnels de santé destinés à les encadrer, ainsi que des sanctions pour les établissements et maître de stage qui font peser une trop fort pression sur leurs étudiants.

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