Harcèlement scolaire : "J'avais tellement honte de ne pas savoir me défendre et de continuer à me faire rouer de coups. Je voulais que ça s'arrête. Je voulais mourir"

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À 16 ans, Killian Pichot rêve d'un monde sans harcèlement scolaire. Harcèlement qu'il a subi pendant huit ans à partir du CE2 jusqu'à l'été dernier. En mai, il a créé une association "Lutte contre le harcèlement" pour accompagner les jeunes victimes comme lui et intervenir dans les établissements scolaires. Son combat : que la parole des enfants soit entendue.

Ce lundi 18 septembre, le ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, a convoqué tous les recteurs d'académie. En cause, une lettre qualifiée "de courrier de la honte" dans lequel le rectorat de Versailles qualifiait d'inacceptable les propos des parents de Nicolas qui alertait sur le harcèlement scolaire subi par leur enfant. Début septembre, l’adolescent s’est suicidé.

Killian Pichot a transformé ses années de souffrance en combat. Ce qui s'est passé avec le rectorat de Versailles ne l'étonne pas du tout.

"Les seules fois où j'ai parlé de ce que les autres me faisaient subir, c'était à une surveillante qui ne m'a pas cru. On dit toujours que c'est de la faute de la victime qui est harcelée. Il faut prendre en compte la parole de l'enfant. Sinon, le silence qui entoure le harcèlement, j'appelle ça de la complicité de harcèlement scolaire", s'insurge le jeune homme arborant un tee-shirt aux couleurs de l'association qu'il a créée en mai : "Lutte contre le harcèlement".

Poussé dans les couloirs, insulté, violenté : pendant 8 ans, Killian a subi un harcèlement scolaire quotidien

À partir du CE2, la vie de Killian s'est transformée en enfer. Fragilisé par la mort de sa grand-mère, il s'est mis à pleurer à l'école. À partir de là ça a été l'engrenage : "J'étais poussé dans les couloirs, insulté, traité de tapette parce que je pleurais". En 6e, des jeunes harceleurs arrivent en bas de chez lui. Là, il se défend et est embarqué par les forces de l'ordre appelées par un voisin. "Les policiers n'ont pas pris en compte mon récit d'années de harcèlement. Ils m'ont dit que c'étaient des chamailleries entre enfants. Le problème, c'est que beaucoup de jeunes gardent le silence parce que la police refuse de prendre en compte leur souffrance et leur plainte. "

J'avais tellement honte de ne pas savoir me défendre et de continuer à me faire rouer de coups. Je voulais que ça s'arrête. Je voulais mourir.

Killian Pichot, ancienne victime de harcèlement scolaire

France 3 Centre-Val de Loire

Ensuite, Killian parle de descente aux enfers : " Je me suis enfermé en m'inventant une vie meilleure. Je ne parlais plus des violences que je subissais. Je préférais être dans le déni, comme ça, c'est comme si elles n'existaient pas. J'avais tellement honte de ne pas savoir me défendre et de continuer à me faire rouer de coups. Et un jour, on craque et on tente de mettre fin à ses jours. C'est arrivé plusieurs fois. Je voulais juste que ça s'arrête. J'avais envie de mourir."

Une association pour intervenir dans les établissements scolaires et montrer que le harcèlement tue

En 2018, Killian rencontre Yolan en vacances. Ils se rendent compte qu'ils traversent les mêmes épreuves. Ils échangent sur les réseaux sociaux. "On est devenu très amis. Mais malheureusement, il est mort un mois avant que je vienne à son anniversaire". C'était en avril 2019. Il avait treize ans. "Notre projet était de créer une association pour accompagner les jeunes victimes. On voulait aller dans les collèges et les lycées pour en parler. Dire que le harcèlement tue". 

Cette association : "Lutte contre le harcèlement", Killian Pichot l'a créée le 24 mai 2023 : " Avec l'association, je suis davantage pris au sérieux par les médias et les institutions. J'aimerais pouvoir entrer dans les établissements scolaires mais les portes se ferment souvent". 

Le jeune homme a déjà prévu le contenu de ses interventions. "Vu que j'ai à peu près leur âge, je pense que ça va libérer la parole", espère Killian. Son objectif : raconter l'histoire de Yolan et leur montrer que le harcèlement tue. "Malheureusement, il faut un peu choquer pour que les jeunes comprennent que même si on dit pardon après avoir frappé ou insulté, le mal est fait. Et des vies sont détruites,"explique-t-il. Il envisage pendant son intervention de faire des quizz pour détecter les jeunes harcelés et les jeunes harceleurs. 

De grands espoirs portés sur le ministère de l'Éducation nationale

Aujourd'hui, Killian Pichot compte sur l'engagement du ministère de l'Éducation nationale. Il a d'ailleurs rencontré Gabriel Attal en mars dernier, qui lui a assuré que la lutte contre le harcèlement scolaire serait "sa grande cause". 

"J'y crois et quand je vois qu'il a convoqué les recteurs d'académie aujourd'hui, je me dis qu'enfin, les adultes censés nous protéger vont prendre leurs responsabilités et vont devoir rendre des comptes."

Avec son association, Killian Pichot accompagne pour le moment deux jeunes collégiens victimes de harcèlement. "Je rêve d'un mode sans harcèlement scolaire. Je voudrais devenir moniteur ou éducateur pour aider les jeunes et les moins jeunes. " Une vocation de soignant née dans la souffrance. 

3020 : un numéro à appeler en cas de harcèlement

Le 3020 est une plateforme téléphonique gratuite d’aide aux victimes de harcèlement. Ce dispositif téléphonique propose écoute, conseil et orientation aux appelants. Lorsque les situations de harcèlement sont repérées et avec l’accord des personnes concernées, elles sont transmises aux référents harcèlements de l’éducation nationale grâce à une application sécurisée fournie par l’administration. Les professionnels qui répondent sont diplômés en science de l’éducation, en psychologie ou sont des travailleurs sociaux formés à l’écoute à distance par l’association EPE-IDF qui les recrute.

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