Tours : attachée et silencieuse, Aurore, prof de yoga, veut frapper les esprits

C’est un ras-le-bol qu’exprime Aurore Flaugère, professeure de yoga. Depuis le 17 janvier elle pratique le jeûne et chaque soir, en silence, elle s’attache à sa barre de pôle dance, pendant quatre heures, en direct sur facebook.

Cours de yoga et pôle dance à Spicy Lotus
Cours de yoga et pôle dance à Spicy Lotus © Spicy Lotus

"Be free or not to be" une performance pour alerter

Studio fermé, empêchée de travailler, Aurore veut dénoncer la fermeture des salles de sport et de spectacle à travers sa situation personnelle et attirer l’attention sur les structures associatives. C’est de 18h à 22h aux heures habituelles de ses cours qu’Aurore propose sa performance en direct sur facebook.

© Luc Pérot
Mains liées pour cette professeure de Yoga à Tours
Mains liées pour cette professeure de Yoga à Tours © Luc Pérot
Figure de Yoga dans le club Spicy Tours
Figure de Yoga dans le club Spicy Tours © Luc Perto

"Mon acte relève d’un ras-le-bol ! Mon engagement, dans cette pratique de jeûne et cette action silencieuse, est là pour mettre un relief artistique et exprimer un certain malaise qui touche tous les acteurs de la culture et du sport. On est empêché de travailler, c’est une demande de liberté."

Un problème financier mais aussi moral

Aurore a créé son association Pole Dance Tours fin 2019 pour ouvrir sa propre structure, Spicy Lotus, un studio où pratiquer la pole dance, le yoga et d’autres activités aériennes. Une activité qui démarrait plutôt bien avec 130 adhérents et qui, depuis mars 2020, a fait le yoyo entre confinement et reprise partielle d’activité, jusqu’à une nouvelle fermeture en novembre.

On le vit plus mal qu’un véritable confinement, car il y a une différence de traitement entre les acteurs du sport.

"Le gouvernement va trouver des solutions pour la ligue de football par exemple mais nous, nous sommes prisonniers de décisions prises dans les hautes sphères, sans connaissance de nos structures et sans intermédiaires pour faire le lien."

Pourtant les délégués départementaux, régionaux existent pour le sport amateur. Il faudrait regarder ce qui se passe sur le terrain.

"A Tours j’ai une salle de 80 mètres carrés pour 8 personnes avec 4 fenêtres, les précautions sanitaires sont respectées et en ce moment je ne peux proposer qu’une séance de yoga en live d’une heure tous les midi. Pour la pole dance seulement des évolutions au sol pour la pole dance, sinon avec la tête en bas, les personnes peuvent se blesser à la maison."

Un problème financier et moral

Aujourd’hui Aurore pioche dans ses économies pour vivre, elle n’a pas d’aide de l’Etat. En janvier son premier bilan d’activité, si tout s’était passé comme prévu, aurait pu lui permettre de créer un premier poste de salarié, grâce à l’aide de Cap’Asso qui accompagne les associations sur la région.

"Ce mois-ci, je partais dans l’idée de pouvoir créer un poste, j’en suis à ne pas pouvoir payer mon loyer. Heureusement qu’il y a des personnes comme mon propriétaire qui a accepté de geler mes loyers. J’ai une belle communauté, un grand soutien, des élèves qui continuent à payer un abonnement pour des cours par internet."

Aux problèmes financiers, sanitaires, Aurore voit d’autres problèmes toucher les personnes autour d’elle. 

"On va vers une double pandémie avec des maux psychologiques, moraux, si les esprits et les corps ne sont ne sont pas en bonne santé, ils ne pourront pas lutter contre les virus, moi je ne tiens qu’avec le yoga."

Une pratique intensive du yoga qui lui permet de réaliser cette performance prévue chaque soir, une assise méditative de 4 heures attachée et un jeûne, après un sevrage nutritionnel, qu’elle ne conseille surtout à personne. Elle nous rassure et nous assure que tout est maitrisé, mais il fallait frapper fort pour être entendue et c’est le cas.

Je suis d’un naturel optimiste et je suis une sacrée teigne, je m’accroche !

La préfète d’Indre-et-Loire est touchée par le message d’Aurore. Ce jeudi 21 janvier, Aurore Flaugère a pu s’entretenir avec Marine Souil, cheffe du bureau de la représentation de l’Etat à la préfecture. Aurore nous a confié avoir reçu une écoute bienveillante pour dresser un état des lieux de sa situation personnelle, mais aussi pour voir comment les services de l’Etat pouvaient répondre aux problématiques du sport et de la culture sur le terrain.

"Il y a des incohérences, du flou au niveau des aides, pas assez d’information." Des questions très concrètes sur le gel des loyers ou des aides aux associations devraient être également transmises au gouvernement par Marie Lajus, la préfète du département.

En attendant Aurore continuera sa performance chaque soir, une performance toujours accompagnée d’un débriefing avec les internautes pour garder un lien social essentiel en cette période de pandémie. Un combat pour la liberté de travailler qu’elle espère bien gagner.

 

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