Hécatombe dans un EHPAD de l'Indre : 40 résidents contaminés et 12 décès dûs au Covid-19

Une prime va être versée au personnel des EHPAD / © L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP
Une prime va être versée au personnel des EHPAD / © L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Le premier avril, la direction annonçait aux proches des résidents 3 cas de Covid-19. Le 22 avril, ils étaient 56, dont 40 confirmés. Que s'est-il passé dans l'EHPAD du Centre Hospitalier de Buzançais ? Les familles veulent des réponses.

Par Y.H avec Rebecca Benbourek et Charly Krief

"Je me disais que ça allait être dur, mais je l'ai laissée là parce que je la sentais en sécurité, entourée de professionnels, de spécialistes, qui feraient tout pour la protéger. Et c'est l'hécatombe."  C'est très émue que Nathalie Jouannet nous confie son désespoir. A 92 ans, sa maman, Georgette, a contracté le Covid-19 au sein de l'EHPAD du Centre Hospitalier de Buzançais, dans l'Indre. Elle est désormais en fin de vie.
 
 

"Si vous ne faites rien, je me jette par la fenêtre"


Le 1er avril, la direction annonce aux proches des résidents la détection de trois cas de Covid dans l'établissement. Les deux premiers, un résident et un soignant, ont été constatés en même temps. Le 22 avril, nouveau courrier. Il annonce 56 cas parmi les résidents, dont 40 confirmés, et 21 chez les soignants, dont 13 confirmés. 12 résidents sont aujourd'hui décédés du Covid.

"Il y a 15 jours, ma famille et moi avons appris que ma mère était testée positive au Covid, raconte Nathalie Jouannet. Depuis, on a plein de questions. Comment c'est possible ? Elle était confinée seule dans sa chambre. Ma mère ne marche pas, donc n'a pas pu toucher ni poignée de porte, ni rampe, ni rien. Ces questions, toutes les nuits, on se les pose..."

Incompréhension, colère. Des sentiments partagés par Catherine Billet, dont la grand-mère âgée de 99 ans, logée dans le même établissement, a également été infectée. Puisqu'elle n'est pas en fin de vie, impossible de lui rendre visite.

"Elle est en grande détresse psychologique. Elle pleure au téléphone, elle demande à nous voir, à ce qu'on la sorte de là, et les paroles de ce matin, c'était "si vous ne faites rien, je me jette par la fenêtre". Ils ne méritent pas cette fin de vie là. A 99 ans, leur seul but dans la vie, c'est de voir leurs proches" implore Cahterine Billet.
 

"Des négligences ? Peut-être" avance la direction de l'EHPAD


Comment le coronavirus a-t-il pu passer la porte de l'établissement, alors que les visites sont interdites depuis la mi-mars et les résidents confinés en chambre depuis le 27 mars ? Avant le 8 avril, les soignants disposaient d'équipements attribués selon les chambres, notamment pour entrer en contact avec les patients atteints ou suspects. Depuis cette date, les protections sont individuelles.

"Tous les agents sont équipés d'une surblouse, de lunettes de protection et de masques chirurgicaux, de surchausses et de gants et tabliers pour entrer dans les chambres" énumère Sandra Rotureau, cadre de santé de l'EHPAD. De plus, l'établissement n'a jamais manqué de personnel.

"Pour moi, nous avons mis en place tout ce qu'il fallait. Est-ce qu'il y a eu des négligences ? Peut-être. Aujourd'hui, nous n'en savons rien. Si le virus continue de se propager, c'est qu'il y a eu des ratés dans la continuité du soin", reconnaît la cadre de santé.

Même discours pour Serge Barrat, directeur par intérim du CH de Buzançais. "Buzançais n'est pas un cas isolé, malheureusement. Je comprends l'angoisse des familles. On connaît fort mal le fonctionnement de cette maladie, et peut-être y a-t-il eu des difficultés dans la prise en charge. Mais tout a été mis en place dès qu'on a reçu les recommandations gouvernementales qui nous indiquaient quelles pistes suivre", plaide-t-il.
Mais pour le directeur, Buzançais est aussi potentiellement victime de sa configuration très particulière : de très nombreuses chambres doubles, et beaucoup de chambres simples partageant une salle de bain commune. "Même en mettant en place les mesures barrière, il peut y avoir des contacts et la maladie se propage", regrette Serge Barrat.
 

Un proche ? Un soignant ? Un soigné ?


En l'absence de certitudes, plusieurs pistes sont envisagées concernant le cas initial. Les soignants, en contact avec le monde extérieur, ont aussi pu introduire, "à leur corps défendant", le virus dans les murs.

Autre hypothèse envisagée, celle d'une contagion à l'hôpital. "On a des personnes qui sont revenues d'un centre hospitalier extérieur, a priori exemptes du covid, mais dont on a malheureusement découvert très vite qu'elles étaient atteintes de la maladie. C'était l'un de nos premiers cas confirmés." Sandra Rotureau, la cadre de santé, se souvient également d'une patiente revenue "fiévreuse" d'une séance de dialyse, imposée trois fois par semaine sans certitude. Un symptôme qui peut être du à la dialyse elle-même.

Précision très importante, le manque de connaissance sur le virus a pu jour dans le phénomène. "On nous a dit, au début : l'incubation est de l'ordre de 6 ou 7 jours. Puis on est passé à 14, et aujourd'hui on se rend compte que ça peut être trois semaines, rappelle le directeur. Il y a des gens qui ont pu contracter le virus avant même le confinement", via un proche.

Un état de fait qui rend également possible toutes les autres hypothèses, et qui aurait rendu caduque un isolement inférieur à 3 semaines.
 

Les visites prochainement ré-instaurées


La direction a également répondu aux angoisses de Catherine Billet concernant les visites.

"Le ministre de la santé a annoncé une réouverture progressive, il avait annoncé lundi, mais il y a une organisation à mettre en place, qui ne peut pas se faire en aussi peu de temps. Les visites pourront reprendre, mais à un rythme très contraint, et sur demande des résidents, à partir du début de la semaine prochaine" assure Serge Barrat.

A Buzançais, aucun nouveau cas ne s'est déclaré au cours des dernières 48h.

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