"Faites bien vos calculs !" : dans l'Indre, l'ouverture des restaurants aux ouvriers du BTP inquiète les syndicats

Dans l'Indre, les employés du bâtiment vont pouvoir redécouvrir le plaisir des repas aux restaurants, sous certaines conditions.

Un restaurateur prépare un plat chaud - Photo d'illustration
Un restaurateur prépare un plat chaud - Photo d'illustration © ROSSANO/MAXPPP

Dans un communiqué diffusé le 20 janvier, la préfecture de l'Indre détaille les conditions dans lesquelles les entreprises des deux secteurs pourront passer entre elle des conventions qui permettront aux salariés du BTP, et uniquement eux, de venir se restaurer.

"Dans ce cadre, une entreprise peut conventionner avec un ou plusieurs restaurateurs, tout comme un restaurateur privé peut, sous sa propre responsabilité, conventionner avec plusieurs entreprises" détaille la préfecture. Cette mesure, déjà en place dans d'autres départements, était réclamé par certaines fédérations locales du syndicat des métiers de l'hôtellerie.

La condition : ne pourront déjeuner dans les mêmes établissements que des employés travaillant sur un même chantier. Un restaurant ne pourra pas s'associer avec un syndicat pour recevoir l'ensemble des entreprises du secteur, "afin de ne pas créer un brassage social à risque".

Le port du masque hors du repas, la distanciation et la limitation des places seront en vigueur, tout comme le protocole d'aération et de désinfection à respecter par le restaurateur.

Le problème, selon Véronique Gaulon, président générale de l'Umih 36/18, c'est que le processus a en réalité été mis en marche quelques jours plus tôt. Donc avant la diffusion de ce document de cadrage par la préfecture. "Il y a déjà eu des contrôles, certains qui se sont avérés négatif, à cause d'un manque d'information et d'encadrement préalable, regrette Véronique Gaulon. Là, si un cluster se déclare, la responsabilité va au restaurateur."

"Attention, faites bien vos calculs !"

Le système en lui-même est d'ailleurs problématique pour la représentante syndicale. Les comptes n'y sont tout simplement pas. "Dans le communiqué de presse, ce qui n'avait pas été précisé, c'est cette condition d'accueillir les ouvriers d'un même chantier. Et ça, ça change tout !" estime-t-elle.

"On veut une reprise d'activité, mais qui soit rentable ! Vous savez, parfois sur un chantier, vous avez deux plombiers, trois électriciens et un trois maçons... Donc si c'est pour rouvrir un restaurant pour 8 personnes, je me pose de grandes questions. Il faut savoir aussi qu'un repas ouvrier, on est entre 12 et 15 euros. Je dis aux restaurateurs : attention, faites bien vos calculs ! Relancer le chauffage, l'eau, l'électricité, est-ce que ça va valoir le coup ?" s'inquiète Véronique Gaulon.

Ouvrir en même temps pour la vente à emporter ? Ce sont des coûts de personnel et toute une gestion à développer. Créer des créneaux pour accueillir à la suite les différentes chantiers ? Il faudra respecter un timing très précis, et pouvoir assurer les obligations de nettoyage, aération et désinfection à chaque changement. En résumé, l'opération risque de ne pas être rentable pour de nombreux professionnels.

Une meilleure solution déjà existante ?

La dirigeante de l'Umih a déjà discuté avec la préfecture des autres solutions envisageables. "Je comprends le côté humain de la chose, pour les ouvriers du BTP. Manger dehors sur un banc par 3 degrés, ce n'est pas idéal... Mais moi, je défends les restaurateurs et je ne voudrais pas que les conséquences soient négatives pour eux. Je pense que ça aurait dû être organisé comme ce qu'on a fait pour les routiers, avec un maillage du territoire en positionnant des restaurants à Issoudun, La Châtre, Le Blanc..."

En réalité selon elle, la meilleure solution est peut-être celle qui existe déjà. "Il est rappelé que l’État autorise depuis le 15 décembre dernier les entreprises du BTP à conventionner avec des municipalités pour la mise à disposition d’une salle communale à titre gracieux afin d’accueillir leurs salariés qui souhaiteraient y déjeuner" mentionne le communiqué préfectoral.

"Les municipalités ont bien entériné la responsabilité qui leur incombe, et les coûts de nettoyage et de désinfection. La meilleure solution serait qu'il y ait cette salle à disposition, et les restaurateurs pourraient assurer de la vente à emporter alentours, ou livrer directement sur place. Là, ça permettrait un partage des coûts et des responsabilités", conclut Véronique Gaulon.

La restauration, un secteur en souffrance

Le secteur de la restauration a pris de plein fouet la crise du covid-19. Selon les chiffres de l'INSEE parus en septembre 2020, la perte d'activité économique de l'hébergement-restaurtion aurait atteint -53% au deuxième trimestre, enregistrant ainsi "la plus forte baisse parmi les services marchands".

En Centre-Val de Loire, dans une première étude parue mai 2020, 950 répondants du secteur du tourisme estimaient à -80% leur baisse de chiffre d'affaire. "L'hôtellerie est le secteur touristique le plus touché (en volume de chiffre d'affaires), suivi par la restauration" constate le comité régional du tourisme.

 

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