Législatives 2022 : le bilan de François Jolivet, député Renaissance de la 1ère circo de l'Indre, un homme de droite qui s'assume mal

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Écrit par Thomas Hermans .

À l'approche des élections législatives, France 3 sollicite les députés sortants du Centre-Val de Loire pour faire le bilan des cinq années écoulées. Spécialiste des questions de logement, François Jolivet s'est aussi illustré par des prises de position peu progressistes qui ont fait couler beaucoup d'encre.

Il est de ces prises de parole, de ces prises de position qui éclipsent tout un travail politique. Par ses sorties sur l'écriture inclusive, par son positionnement un peu plus à droite que ses camarades de la majorité présidentielle, François Jolivet a réussi, un peu malgré lui, à faire oublier ses travaux parlementaires.

Au-delà de nos différences

Briscard indrien de la politique, François Jolivet a débuté sa carrière sous l'étiquette du RPR, avant de suivre ses camarades à l'UMP. En 1995, il est élu maire de Saint-Maur, petite ville de la banlieue nord-ouest de Châteauroux. Une fonction qu'il occupe jusqu'à son élection à un poste "qui nécessite un regard plus haut, plus national", explique-t-il. 

Car, en 2017, alors que l'investiture LR échoie à Paulette Picard, François Jolivet se présente aux législatives dans la 1ère circo de l'Indre avec la toute neuve étiquette de La République en Marche. Avec succès : il l'emporte au 2e tour avec plus de 70% face au Rassemblement national.

Aujourd'hui, il trouve le qualificatif d'"homme de droite" "un peu sévère". En 2021, il a en tout cas rejoint à sa création le mouvement Horizons, fondé par Édouard Philippe pour rassembler l'aile droite de la macronie. "Mais je suis très ouvert d'esprit", assure-t-il, défendant son appartenance à Renaissance (nouveau nom de LREM) par une passion commune pour "le dépassement des différences". 

Croisade anti-wokiste

Et les différences, il semble en garder plus d'une avec la "ligne" macroniste, qui se définit par un certain progressisme (du moins affiché). François Jolivet, lui, a gardé son indépendance sur certains sujets sociaux à l'Assemblée, s'opposant notamment à la loi Bioéthique et à la PMA pour toutes. Une décision qui aurait "rompu la solidarité du couple" lorsqu'elle s'applique aux femmes seules, estime-t-il. "J'ai eu dans ma famille des gens qui sont décédés, et qui heureusement n'ont pas eu d'enfants tous seuls, sinon ils auraient été laissés à l'assistance publique."

Par le passé, il avait également déclaré qu'il n'aurait pas voté la loi du mariage pour tous. "J'étais soumis au lobby des gens homosexuels qui disaient : "On va nous stigmatiser.", assure-t-il aujourd'hui. Beaucoup de gens homosexuels n'étaient pas favorables à ça à l'époque." En 2012, les membres de la communauté LGBT+ à s'opposer à la loi étaient pourtant très minoritaires. Depuis, François Jolivet a officié lors d'un mariage homosexuel à Saint-Maur, lorsqu'il en était encore maire. 

Plus récemment, le député s'est illustré par des prises de position bien ancrées à droite : une croisade contre le "wokisme", un soutien à l'idée de sanctionner les parents de mineur·e·s délinquant·e·s, et une proposition de loi visant à interdire l'usage de l'écriture inclusive dans l'administration. Un texte déposé début 2021, pas encore examiné, qui avait beaucoup fait parler sur les réseaux sociaux, jusqu'à ce que François Jolivet devienne l'une des cibles favorites de la page "Memes berrichons". 

Entre fidélité et ténacité

En dehors de ces frasques, le député Jolivet s'est distingué par une certaine fidélité aux textes présentés par la majorité, votant pour la plupart d'entre eux. Assurant n'avoir "jamais reçu d'instruction de vote", il s'est abstenu sur la loi Climat, et a voté en faveur des lois sécuritaires. 

Selon le site "Nos députés", François Jolivet fait partie des bons élèves en temps de présence à l'Assemblée, ainsi qu'en nombre de rapports rendus et de propositions de loi écrites. 

Ses principaux dossiers : les projets de loi de finances. Lors de leur examen, le député s'exprime sur les questions de logement notamment. Entre 1995 et son élection à l'Assemblée, il a en effet occupé diverses fonctions dans le domaine du logement social, et a à ce titre intégré la commission des Finances pour intervenir sur ces questions. "J'ai été amené à m'exprimer sur les niches fiscales dans le domaine du logement" :

J'ai pu donner des avis défavorables sur des amendements, y compris sur ceux du gouvernement, et j'ai été suivi.

François Jolivet, député de la 1ère circo de l'Indre

Privilégiant l'équité à l'égalité, il fait "reprendre" une réforme du gouvernement sur le logement social, militant pour des "mécanismes de compensation" à destination des bailleurs sociaux à moindres revenus. La mesure vise notamment les petites sociétés HLM de la ruralité, qu'il connaît bien sur sa circonscription. "Sans remontée, on ne peut pas bien faire son travail", estime-t-il, misant sur "mon domaine d'expertise et ma ténacité" pour imposer ses positions. 

Son autre domaine d'expertise, justement, c'est "l'hébergement" d'urgence. Un sujet dont le budget a augmenté en 2021 et en 2022, à la grande satisfaction de François Jolivet. Résultat : le nombre de relogés a progressé ces dernières années, se félicite-t-il. Ce que reconnaissait en 2020 la fondation Abbé-Pierre, tout en notant que le nombre de sans-abris, lui-aussi, augmentait.

Quasi unanimité

"Vous savez, le temps du logement et de l'hébergement, c'est le temps long", explique le député pour justifier une promesse non-tenue d'Emmanuel Macron, datant de 2017. Le président avait alors affirmé qu'il ne souhaitait plus avoir de demandeurs d'asile vivant dans la rue. Un an plus tard, en réunion médias sans micro, il reconnaissait avoir échoué à respecter sa parole. 

Malgré ses prises de parole récurrentes sur le logement, la "plus grande fierté" du député Jolivet est ailleurs : "J'ai eu l'honneur de déposer une proposition de loi, adoptée à l'unanimité." Son sujet : attribuer le statut de pupille de la Nation aux enfants de soignants décédés du Covid‑19. Une proposition approuvée par Emmanuel Macron, permettant une plus grande protection par l'État des orphelins de la crise sanitaire. À noter que le texte n'a pas été tout à fait adopté à l'unanimité. 573 députés ont bien voté pour, qu'ils soient de la majorité, Républicains, socialistes, insoumis ou du RN. Seul un député s'est abstenu : l'ancien LREM Joachim Son-Forget, qualifié de troll politique par plusieurs médias, depuis passé à l'extrême-droite avec le mouvement d'Éric Zemmour.

Malgré ses positions, François Jolivet continue de plus ou moins rejeter son classement dans la case "homme de droite". Ironie du placement à l'Assemblée nationale, du fait du grand nombre de parlementaires adhérents au groupe LREM, le député de l'Indre siège à 2 mètres de Jean-Luc Mélenchon dans l'hémicycle.

Investi par la majorité présidentielle, François Jolivet se représente sur la 1ère circonscription de l'Indre. Comme en 2017, il retrouvera face à lui Mylène Wunsch, candidate du Rassemblement national. Alix Fruchon, assistante parlementaire de Nicolas Forissier sur le mandat se terminant, représentera Les Républicains, tandis que l'union de la gauche a choisi l'insoumise Eloïse Gonzalez, professeure d'anglais à la ville. Le Parti animaliste, Lutte ouvrière et Reconquête enverront aussi chacun un candidat. 

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