Jeu vidéo : pourquoi le swatting n'est pas une blague

En décembre 2019, les tourangeaux de Solary étaient pour la troisième fois victime de "swatting", une pratique venue des Etats-Unis. Loin du canular, cette pratique a de nombreuses conséquences, parfois tragiques.
Un gamer néerlandais prépare la CampZone - PHOTO D'ILLUSTRATION
Un gamer néerlandais prépare la CampZone - PHOTO D'ILLUSTRATION © Piroschka van de Wouw / AFP
"Des forces de l'ordre arrivent aux locaux et prennent position autour des locaux. On commence à regarder par la fenêtre, on voit des voitures, des gens en arme qui s'approchent. On commence à stresser un peu. A ce moment-là, ils vont rentrer dans les locaux, prendre possession de l'espace : ne bougez plus ! Mains en l'air !" revit Marco "Jingko" Garnier, directeur des opérations chez Solary.
 

2015, premier cas en France


En décembre 2019, c'est la troisième fois que cette entreprise esportive basée à Tours, est victime de swatting. "Le swat est une pratique qui nous vient des Etats Unis, qui vise à exhiber l'intervention des forces de police dans le cadre d'une nuisance contre la personne visée, et bien souvent il faut que ce soit du live" détaille le service d'information et de communication de la police. Le phénomène a fait sa première victime en 2014 en France, avec le streamer Aypierre. L'incident faussement signalé, une fuite de gaz, rend l'incident assez bénin. En 2015, les faussaires montent d'un cran, avec le gamer Bibix. Cette fois, l'affaire est grave. "Au téléphone, on nous indique qu'il vient de tuer sa conjointe, retrace la police. En général, ce sont les BAC qui sont appelés, puisque ces unités sont formées à ce type d'intervention. Il faut intervenir au plus vite pour éviter ce qu'on appelle un "périple meurtrier" c'est-à-dire une personne qui sort du lieu dans lequel il est, réalise ce qu'il a commis et aller continuer ailleurs."
 

Des conséquences parfois tragiques


Chez Solary, en décembre, le scénario est celui d'une prise d'otage. "Les collègues y sont allés avec les armes longues" précise le service d'information. Pour les tourangeaux, c'est la surprise, voire le choc. "Il y en a que ça ne touche pas vraiment. Dès que ça a été terminé ils ont relancé la partie en cours. Il y en a pour qui ça a été plus compliqué, il y a cet état de choc, cette peur de se dire : j'ai été braqué par une arme mortelle alors que dans ma tête il ne se passait absolument rien" partage Marco Garnier.

Car si la pratique est parfois vue comme un canular par ceux qui s'en rendent coupables, elle peut avoir des conséquences bien plus graves que prévu. En 2017, le gamer américain Andrew Finch est mort abattu par la police à son domicile. Dirigés à son domicile par un faux appel pour une prise d'otage, les agents ont cru qu'il s'apprêtait à dégainer une arme et ont ouvert le feu. L'homme a l'origine du coup de téléphone a écopé de 20 ans de prison pour "homicide involontaire".

Dans le cas de Bibix, première victime française en 2015, les trois instigateurs ont été condamnés à des peines allant de six mois avec sursis à deux ans de prison ferme, pour le meneur. Le swatting tombe en effet sous le coup de l'article 322-14 du code pénal qui dispose : "Le fait de communiquer ou divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu'une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est punie de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende."
 

"C'est vraiment l'impact que je veux avoir dans ce monde ?"


Pourtant, ces faits sont en pleine recrudescence en France. Les streamers Jeel, Sardoche, ou Kameto en ont été récemment victimes. La vidéaste Jeel a d'ailleurs pointé du doigt sur twitter l'autre effet pervers de cette pratique : la mobilisation inutile des forces de l'ordre. "On ne peut pas le prendre à la légère, c'est le problème, abonde le service d'information de la police. Quand on est appelés, même si comme pour Solary ça fait trois fois qu'on crie au loup, il faut qu'on y aille avec la même énergie. Vous imaginez, si on prend tranquillement deux heures pour faire des vérifications alors que le signalement est réel ?"

Tant de risques, d'enjeu et de nuisances pour une simple blague ? "Une personne n'a rien de spécial et se dit : je peux faire en sorte qu'il se passe quelque chose sur un live qui est vu par des milliers de personnes. J'ai l'impression que ça vient de là, décrypte Marco Garnier. Je dirais qu'il faut voir l'être humain en face, et se rendre compte qu'en faisant ça ça peut avoir des conséquences sur autrui. Il faut se dire : est-ce que créer de la violence, c'est vraiment l'impact que je veux avoir dans ce monde ? Il faut sortir de ce côté "Ah c'est fun, ça fait du bordel aux locaux".
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