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BD Boum en prison : “C'est un déclic, à un moment ou un autre”

Jean-Pierre Baron, ancien surveillant pénitentiaire et organisateur de BD Boum. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
Jean-Pierre Baron, ancien surveillant pénitentiaire et organisateur de BD Boum. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire

Jean-Pierre Baron, ancien surveillant à la maison d'arrêt de Blois, fait partie de l'organisation de BD Boum. Chaque année, une rencontre est organisée entre les murs avec des détenus. Un véritable outil de réinsertion. 

Par Yacha Hajzler

"BD Boum est avant tout un festival qui s’adresse à tous, y compris au public empêché, pour diverses raisons."  Jeudi 22 décembre, le festival de bande dessinée a, comme depuis 30 ans, passé les portes de la maison d'arrêt de Blois pour un atelier en prison. 

Micaël, dessinateur de presse franco-argentin est venu discuter de ses dessins, de sa vision de l'actualité. A la manoeuvre de ce projet entre les murs : Jean-Pierre Baron, ancien surveillant, qui fait maintenant partie de l'organisation du festival BD Boum. 

"En 1990, on a fait une dédicace, avec cinq auteurs, et une expo. C’est BD Boum qui tenait à y venir, on m’a confié le projet parce qu'à l’époque je gérais les activités socio culturelles et la formation. Puis on a fait des ateliers, des dédicaces, des matchs de foot entre auteurs et détenus... Des vraies rencontres."
 

"Ils sont venus prendre des nouvelles"


Grâce à ces ateliers, le festival crée en 1996 la série en BD "Paroles de taulards", qui se déclinera au fil du temps : paroles de parloir, de "tox", d'illettrés... Des initiatives qui permettent aux détenus de garder prise avec l'extérieur, d'échanger des points de vue et des histoires de vie.

Jean-Pierre Baron se souvient d'un atelier, en 2015. Il invite Coco et Besse, dessinatrices de Charlie Hebdo. C'était trois mois avant les attentats. 

"On avait des personnes incarcérées qui étaient assez virulentes concernant les dessins, le prophète… Coco avait déroulé, en leur expliquant qu’elle ne les empêchait pas de croire à ce dont ils avaient envie, mais qu’ils ne pouvaient pas l’empêcher de faire de même, bon. Après l’attentat, j’ai revu ces gars, qui sont venus prendre des nouvelles. Ils m’ont dit : "c’est pas nous, on n’y est pour rien. C’est pas notre religion à nous". Cet échange leur avait au moins permis de partager, et de se connaître."
 

Outil de réinsertion 


Bien sûr, un atelier de trois ou quatre heures suffit difficilement à changer une vie. Mais, parfois, on touche quelque chose chez quelqu'un. Jean-Pierre Baron a quelques exemples en tête. Un détenu, il y a longtemps, qui grâce à l'atelier intègre à sa sortie une école de graphisme, et revient, avec lui, faire de la prévention auprès des collégiens. 

Un autre, recroisé ici, au festival BD Boum, avec sa mère. . "Elle me disait : "Depuis qu’il a travaillé avec vous, il a changé du tout au tout. Par contre, il y a un gros inconvénient : il me fait faire tous les festivals de France !" Ce sont des petits exemples. Malheureusement ça ne suffit pas. Moi, je dis toujours aux gars : "Je peux pas me bouger à votre place". C’est un déclic, à un moment ou un autre."

Si Jean-Pierre Baron ne peut pas bouger à leur place, les ateliers BD Boum ont au moins le mérite de lancer le mouvement. 

"Quand la bande dessinée s'invite en prison", le reportage de Christine Launay et Pierre-Dominique Lepais. 

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