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Non à la désertification culturelle : Saint-Agil, le village au chapiteau 

Illustration représentant un bus entouré d'instruments d'arts et de musique. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre
Illustration représentant un bus entouré d'instruments d'arts et de musique. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre

Dans ce petit village du Loir-et-Cher, une compagnie de cirque internationale s'est installée il y a quinze ans, soutenue par l'agence de développement locale. Ensemble, ils rythment la vie du village, et ont fait refleurir les écoles. 

Par Yacha Hajzler

L'histoire commence avec un propriétaire qui en 2004 ouvre sa ferme à une troupe d'artistes fraîchement sortis de l'école de cirque. Ils devaient rester huit jours. 15 ans plus tard, ils sont toujours là. "Je pense qu'on s'est un peu fait avoir... rit Guillaume Dutrieux. Un peu sans s'en apercevoir, d'année en année, on est restés."
 

Par-dessus les haies


Avec ses camarades de promo, il a fondé la compagnie de cirque Cheptel Aleïkoum. Devenue internationale, elle affiche un chiffre d'affaires annuel qui affleure le million d'euros. Mais le camp de base est toujours dans le Loir-et-Cher, dans ce village de 200 habitants nommé Saint-Agil. "Ils ont tous acheté des maisons à droite, à gauche... Oh, dans tout un petit rayon d'ailleurs !" se moque gentiment Yves Tourneux, le propriétaire de la ferme. La maison que Guillaume Dutrieux a fait construire se trouve en face de chez lui. 
 
Guillaume Dutrieux sur le terrain d'Yves Tourneux. Au fond, une caravane habitée par les nouveaux arrivants. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre
Guillaume Dutrieux sur le terrain d'Yves Tourneux. Au fond, une caravane habitée par les nouveaux arrivants. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre

En 2004, à leur arrivée, les circassiens sont accueillis par une toute jeune association, L'Echalier, agence rurale de développement culturel. Un échalier, c'est cette petite échelle qu'on utilise dans les pays de bocage, pour voir par-dessus les haies. Tout un symbole. "S’il s’agit de vivre à la campagne, il s’agit de ne pas perdre le fil de l’invention collective, technique, industrielle, scientifique, mais aussi artistique. Nous ne vivons pas reculés, nous vivons espacés" peut-on lire sur le site internet

"C'est le manque qui a créé l'échalier, raconte Florent Violante, chargé de développement. C'était en 2000, la médiathèque n'avait pas encore été créée. Des habitants, plutôt des jeunes parents, ont fait un constat : "On est très heureux de vivre là, mais on a envie aussi que nos enfants aient accès à une proposition artistique, culturelle, comme en ville." L'Echalier devient le premier lieu d'accueil du Cheptel Aleïkoum, et son meilleur partenaire. L'association accueille chaque année une dizaine de compagnie d'artistes en résidence, qui profitent du chapiteau mis à disposition par les circassiens.
 

La fourmilière culturelle


Ce soir, le Cheptel Aleïkoum a invité une fanfare brésilienne, Techno Brass. Près du chapiteau blanc, un four à pizza chauffe le repas des enfants des membres de la compagnie, qui courrent partout. Le public commence à arriver et se joint à l'auberge espagnole. Pierre-Marie, dit "PimPamPoum", le stagiaire du Cheptel, se roule dans l'herbe, pris d'assaut par les gosses. 
 

"C'est très joyeux, festif, très ouvert, bon enfant, c'est très vivant... Ça fait 8 ans que je viens dès qu'il y a quelque chose. Maintenant qu'il y a une liste de diffusion par mail, c'est encore mieux ! C'est comme ça que j'ai su pour ce soir", raconte Véronique, une habitante du village. "Ce sont des bulles, poursuit son amie Raphaëlle. Souvent liées à un esprit festif mais aussi écolo, avec des valeurs humaines, on n'est pas dans le consumérisme... On peut vivre seul dans sa campagne, et rencontrer toujours plein de monde !" 

Activités dans les écoles et les collèges, spectacles, ateliers lectures avec des auteurs et illustrateurs... La présence de L'Echalier et du Cheptel a transformé Saint-Agil en fourmilière culturelle et en machine à beaux souvenirs. "Un moment de fierté, c'était le 11 novembre dernier, quand le Cheptel est venu jouer en fanfare pour la cérémonie du centenaire de la Première guerre mondiale. C'est un geste symbolique pour nous", retrace Guillaume Dutrieux. "C'était magnifique", souffle Karine Gloannec-Maurin. 
 

"Je vois ça comme la résistance"


Conseillère municipale à Saint-Agil depuis 24 ans, l'élue vient de terminer un mandat de député européenne. Au Parlement de Strasbourg comme chez elle, elle essaie de convaincre ses confrères de l'importance d'une vraie proposition culturelle. A Saint-Agil, les effets sont plutôt visibles : les artistes vont au café, à la boulangerie, au restaurant..."C'était un élément déterminant pour mes collègues élus. C'est de l'emploi, de la captation de financement. Ils ont vu les écoles se remplir, avec ces jeunes qui sont restés et qui ont fait des bébés." 
 
Au pied du chapiteau, la troupe du Cheptel Aleïkoum entame le repas. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre
Au pied du chapiteau, la troupe du Cheptel Aleïkoum entame le repas. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre

Au niveau européen, il faut défendre une vision plus large. "La ruralité est aussi un territoire d'avenir, qui pourra accueillir des populations devenues trop denses dans les zones urbaines, expose Karine Gloannec-Maurin. On a besoin de conserver nos services publics de manière générale, mais il ne faut pas négliger la culture. Ce n'est pas une cerise sur le gâteau !" 

Pourtant, tout n'est pas rose dans la bulle. A Saint-Agil, la programmation culturelle est soutenue par l'Etat, la région, le département et la communauté de communes de Couëtron-au-Perche. Il persiste, tout de même, ce sentiment de toujours devoir se battre. "On dresse un portrait idyllique, je veux mettre un bémol quand même, avertit Florent Violante, dont le poste est suspendu à une aide à l'emploi devenue incertaine. Il y a toujours des discussions au sein de la communauté de communes, à chaque budget, il faut encore argumenter. Il y a encore des gens et des élus qui sont contre, qui ne voient pas en quoi c'est favorable au territoire." 

Guillaume Dutrieux, dont la troupe se paie à peine au SMIC pour assurer les coûts des spectacles, conclut : "Moi, je vois ça comme la résistance On ne peut jamais baisser les bras."
 

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