Pédophilie dans le sport : comment les prédateurs passent-ils à travers les mailles du filet ?

Entre 2008 et 2018, le parcours d'un professionnel du golf condamné pour des faits de corruption de mineurs l'a entraîné dans près d'une dizaine de structures sportives à travers la France, où il continuait d'encadrer les mineurs. 

Depuis le mois d'octobre 2019, la ligue Centre-Val de Loire de football fait l'objet d'une expérimentation pour vérifier le passé des bénévoles sportifs. Photo d'illustration
Depuis le mois d'octobre 2019, la ligue Centre-Val de Loire de football fait l'objet d'une expérimentation pour vérifier le passé des bénévoles sportifs. Photo d'illustration © Alexis Sciard / Maxppp
Qui encadre les encadrants sportifs ? Le parcours étonnant d'un directeur de golf du Loir-et-Cher condamné pour des atteintes sexuelles sur mineurs entre 2008 et 2011, pose la question de savoir si les antécédents des professionnels du sport sont suffisamment vérifiés.

Selon l'article L. 212-9 du code du sport, "nul ne peut exercer les fonctions" d'éducateur sportif, "à titre rémunéré ou bénévole, s'il a fait l'objet d'une condamnation" pour un certain nombre de crimes et de délits, parmi lesquels figurent les violences sexuelles, le trafic de stupéfiants ou encore le proxénétisme. Pour vérifier leur passé, les éducateurs professionnels ont l'obligation de fournir un extrait du bulletin n°2 de leur casier judiciaire.

Cependant, jusqu'à récemment, de nombreuses personnes à risques passaient au travers des mailles de ce système. Les bénévoles, en particulier, ne font pas l'objet de telles vérifications en règle générale. Etant donné le simple nombre de personnes concernées, il s'agirait d'une gageure : pour "seulement" 149 239 éducateurs sportifs recensés par le ministère des Sports, on dénombre au moins 3,5 millions de bénévoles. Concernant ces derniers, le contrôle reste, au mieux, expérimental, à l'image de ce que teste la ligue Centre-Val de Loire de football depuis le mois d'octobre 2019.


"Un cas particulier"

Dans le milieu associatif, "Colosse aux pieds d'argile" milite pour lutter contre les violences sexuelles envers les mineurs dans les structures sportives. Le référent régional de l'association, Fabien Lefèvre, explique dans le cas du golf de la Carte qu'il s'agit "d'un cas particulier". "C'est un 'salarié lambda', si on peut dire, qui est concerné. Ce n'est pas un éducateur sportif et à ce titre il n'a pas à fournir de casier judiciaire." En d'autres termes, l'encadrement des mineurs n'étant pas l'une des mission d'un cadre managérial, celui qui officiait à la Carte avait les mains libre pour migrer de club en club et "se refaire une virginité" d'après Fabien Lefèvre.

"C'est aux structures d'être vigilantes à partir du moment où il y a des enfants", poursuit le référent. De son côté, il dit souhaiter voir intervenir "Colosse aux pieds d'argile" sur le site de la Carte, afin de sensibiliser les joueurs, et en particulier les parents, aux risques posés par les prédateurs sexuels dans les clubs sportifs. "La plupart du temps, s'il n'y a pas de dépôt de plainte, un agresseur va simplement changer d'endroit et recommencer ailleurs." Selon les chiffres de l'association, seulement 7% des agressions sexuelles sur mineur font l'objet de plainte.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
pédophilie faits divers justice société jeunesse famille golf sport