Affaire Jana : aux assises, une mère partie en Syrie avec quatre enfants en rejette la responsabilité sur son ex-mari

Elle était partie en Syrie en 2014 rejoindre les terres du jihad avec son compagnon, leur bébé d'à peine 1 mois et 3 fillettes dont Jana, une loirétaine âgée alors de 3 ans née d'une précédente union. Le procès de Jihane Makhzoumi, a commencé lundi devant les assises spéciales de Paris.
 

(Archives) TGI de Paris
(Archives) TGI de Paris © Sadak Souici / Le Pictorium / MAX PPP
"Je demande pardon (...) et c'est la faute d'Eddy": si elle a souhaité s'excuser, une mère jugée pour terrorisme a une nouvelle fois rejeté sur son ex-mari la responsabilité de leur départ en Syrie avec quatre jeunes enfants, jeudi aux assises de Paris. Polaire rose bonbon sous un manteau noir, Jihane Makhzoumi, 38 ans, est volubile et répond avec aplomb aux questions de la cour d'assises spéciale, n'hésitant pas interrompre les magistrats, quitte à se faire reprendre. Elle est jugée notamment pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, soustraction d'enfant et délaissement de mineur.
En août 2014, elle avait quitté l'Isère avec son compagnon Eddy Leroux, radicalisé comme elle, et aujourd'hui présumé mort au combat en Syrie, en compagnie de trois fillettes nées de leurs précédentes unions -âgées alors de 3 à 5 ans- et de leur bébé de trois semaines. Parmi les enfants, Jana, une filette de 3 ans originaire de Malesherbes, dans le Loiret, que le père radicalisé a enlevé à sa mère

"Je suis partie sur un coup de tête, sans réfléchir" a affirmé l'accusée, disant croire en la promesse du groupe jihadiste Etat islamique (EI) d'un "eldorado" où "les familles s'entraident". Mais elle le martèle, ce départ sur les terres du jihad, c'est une situation qu'elle a "subie" : Eddy Leroux les auraient forcés à modifier leur projet initial d'émigrer au Maroc, car

il ne voulait pas d'un islam "couscous". 

Arrivée à Raqa, elle déchante très vite: "J'ai vécu un cauchemar, deux mois enfermée dans une maison avec tout le temps la boule au ventre, la peur des bombardements." Elle dit avoir voulu rentrer dès la fin 2014 et saisi un tribunal de l'EI pour récupérer leurs passeports confisqués. Après la mort présumée d'Eddy Leroux en juillet 2015, elle affirme avoir demandé en vain à la justice du califat de récupérer la garde de la fille de son compagnon, Jana, qui avait été confiée à un couple sans enfants. Nul n'aura plus de nouvelles de la fillette.
Jihane Makhzoumi dit avoir tout tenté pour récupérer l'enfant, sans convaincre l'accusation. "On a l'impression que parfois vous êtes capable de choses exceptionnelles, (...) et parfois vous êtes incapable des choses les plus banales comme envoyer une photo de Jana à sa mère", assène l'avocat général. L'accusée est finalement rentrée en France en octobre 2016, avec ses trois enfants, et enceinte de sept mois d'un autre combattant de l'EI qui l'aurait violée.
L'ex-femme d'Eddy Leroux, Zahia Bey, partie à la même période en Syrie et également recherchée, est, comme lui, jugée par défaut par la cour d'assises spéciale.
 
Le verdict est attendu ce vendredi.

 
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