Centre-Val de Loire : printemps difficile pour les abeilles, la récolte de miel est sérieusement compromise

On a beaucoup évoqué les dégats du gel, début avril, dans les vignobles et les vergers. Mais la météo printanière de 2021 a aussi été désastreuse pour les ruches, au-delà même de ce violent coup de froid. Le point sur la situation avec un apiculteur du Loiret, Jean-Pierre Brulant.

De fortes gelées, puis un printemps frais et pluvieux, sale temps pour les abeilles!
De fortes gelées, puis un printemps frais et pluvieux, sale temps pour les abeilles! © JP Brulant

Sale temps pour les abeilles ! Pour bien saisir pourquoi ce printemps 2021 a été désastreux dans les ruches, il faut comprendre le fonctionnement d'une colonie d'abeilles. Jean-Pierre Brulant, apiculteur passionné, n'a pas son pareil pour le raconter :

"L'abeille est un animal solaire, qui suit la course du soleil. La reine pond de plus en plus à partir du mois de mars, et à partir du 21 juin, au solstice d'été, cela commence à ralentir. Le beau temps favorise la dynamique de la ruche : à partir de 14-15°C, les abeilles sortent pour aller au ravitaillement, et ramener pollen et nectar, les deux ingrédients qui nourrissent la ruche."

Jean-Pierre Brulant, du Rucher de Villechaumont, est installé à Cravant, au sud-ouest d'Orléans
Jean-Pierre Brulant, du Rucher de Villechaumont, est installé à Cravant, au sud-ouest d'Orléans © JP Brulant

Le mois de mars a été exceptionnellement chaud, avec des températures estivales, et la nature a explosé. Puis les fortes gelées, pendant plus d'une semaine, ont brulé les jeunes pousses, les bourgeons et les fleurs.

"Parmi les premières pousses sur l'acacia, se trouve la hampe florale, c'est à dire la promesse de la fleur, reprend l'apiculteur. Le gel a détruit la floraison à plus de 95%. En plus, en période de froid, les abeilles ne partent plus au ravitaillement, elles vivent sur les réserves. Pour le couvain, les oeufs, larves et nymphes, la température doit être maintenue autour de 36°. Si les abeilles ne sont plus assez nombreuses, elles vont finir par manger les larves, détruire les oeufs, la colonie ne peut plus se développer."

Printemps 2021, la double peine pour les abeilles

Face au manque de nourriture, la reine risque de s'en aller, d'essaimer avec une partie des abeilles. Celles qui restent élèvent une nouvelle reine. Mais celle-ci ne dispose que de quelques jours pour se faire féconder par des mâles, et si le temps ne s'y prète pas...

Après la période de grand froid, s'est installé pour une longue durée un printemps frais et pluvieux, une double peine pour les abeilles.

"La reine avait pondu, mais, même après le gel, les abeilles ont continué à ne pas sortir, avec ce temps, et à vivre sur les réserves, explique Jean-Pierre. De toute façon la floraison des tilleuls, et, dans une moindre mesure, du colza, avait aussi été affectée par les grands froids. Moi, j'ai eu une petite réserve avec le colza, je ne me plains pas trop, mais en certains endroits, des ruches sont littéralement mortes de faim. Pour la récolte de printemps, au moins en ce qui concerne l'acacia, plus de 50% est fichue."

Une saison apicole, ce sont des floraisons qui se succèdent ou se chevauchent. Jean-Pierre déplace ses 200 ruches en production dans une zone d'une trentaine de kilomètres autour de Cravant, sur des parcelles agricoles où il sait que se trouvent les ressources alimentaires en nectar.

Val de Loire, Petite Beauce ou Sologne, une forte diversité florale pour l'apiculteur
Val de Loire, Petite Beauce ou Sologne, une forte diversité florale pour l'apiculteur © JP Brulant

"Après l'aubépine et le colza, viennent les acacias, puis les tilleuls, la lavande, les chataigniers, les tournesols... J'ai la chance de travailler sur trois massifs différents, Sologne, Val de Loire et Petite Beauce. Dans la Petite Beauce, les agriculteurs se diversifient de plus en plus, avec carottes, persil, oignons, fèveroles, etc. Mon emplacement me permet une production de miel très diversifiée, donc, même avec ce printemps, je vais sans doute m'en sortir.  Mais tout le monde n'a pas cette chance. Les collègues en grosse production, peu diversifiée, avec des employés, il leur faut au moins 30 tonnes de miel, juste pour payer les frais de fonctionnement."

La production de miel de Jean-Pierre Brulant s'élève, bon an, mal an, à 4 ou 5 tonnes, mais il a choisi de ne pas vendre en gros, au fût. Tout est mis en pots. Cela demande plus de travail, mais c'est un choix, une façon de mener son cheptel et d'orienter sa production. Du miel que l'on peut retrouver notamment sur le marché de Meung-sur-Loire.

 

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