Législatives : parachutage, pouvoir d’achat, disparition des services publics et santé au cœur du débat de la 4e circonscription du Loiret

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Écrit par Julie Postollec .

France 3 Centre-Val de Loire se mobilise pour vous faire vivre la campagne des élections législatives 2022. Retour sur les temps forts du débat entre cinq candidats en lice sur la 4e circonscription du Loiret dont l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer. Une émission animée ce mercredi 1er juin par Rebecca Benbourek.

Cinq candidats étaient invités à débattre ce mercredi 1er juin sur le plateau de France 3 Centre-Val de Loire. L'enjeu : l'élection législative de la 4e circonscription du Loiret. Avec Anne Oger de France Bleu Orléans, Rebecca Benbourek les a interrogés sur des thématiques comme le pouvoir d’achat, les services publics ou la désertification médicale. 

Voir ou revoir le débat :

Les cinq candidats présents étaient, par ordre alphabétique :

  • Jean-Michel Blanquer : haut fonctionnaire, ancien ministre de l’Education Nationale et candidat de la majorité présidentielle
  • Ariel Lévy : ingénieur, conseiller départemental du canton de Montargis, investi par Les Républicains pour l’union de la droite et du centre et soutenu par le député sortant Jean-Pierre Door
  • Thomas Ménagé : cadre dans l’immobilier, directeur de cabinet pendant cinq ans de Nicolas Dupont-Aignan, conseiller régional du Centre-Val de Loire et candidat du Rassemblement National
  • Philippe Moreau : cadre, maire ex-LR de Nogent-sur-Vernisson, candidat indépendant soutenu par le Mouvement pour la ruralité (ex Chasse, pêche, nature et traditions)
  • Bruno Nottin, greffier, élu communiste aux conseils municipal et communautaire de Montargis, candidat investi par la Nupes (Nouvelle Union populaire, écologique et sociale). 

Quatre autres personnes sont candidates sur la circonscription. Il s'agit de :

  • Dominique Clergue, LO
  • Alexandre Cuignache, Reconquête !
  • Romain d’Isoard de Chenerilles, Parti animaliste
  • Sylvie Lechevalier, Les Patriotes
  • Olivier Rohaut, sans étiquette.

Le "parachutage" de Jean-Michel Blanquer

Avant de rentrer dans le vif du sujet, les candidats ont été interrogés sur le fait que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale dans le gouvernement Castex, soit candidat dans le Montargois. Les quatre candidats présents ont saisi l’opportunité pour critiquer soit son "parachutage", soit le bilan de son action de ministre et plus largement du gouvernement, soit les deux.  

Le principal intéressé a mis en avant qu’il n’a justement pas choisi "la solution de facilité" en se présentant dans la 4e circonscription du Loiret mais qu'il était là pour offrir des solutions.

Son "parachutage" ne semblait en tout cas pas être un frein ces derniers jours, car selon un sondage de l’IFOP réalisé entre les 19 et 24 mai, Jean-Michel Blanquer arriverait en 2e position avec 23% des intentions de vote, derrière le RN Thomas Ménagé (28%) et devant Bruno Nottin de la NUPES (22%).    

Bouclier thermique VS baisse de la TVA  

Après des premiers échanges tendus sur le plateau a été abordée la problématique du pouvoir d’achat, et notamment du prix des carburants. Cette question est en effet cruciale sur un territoire où 74,7% des habitants dépendent de la voiture d’après l’INSEE. 

Jean-Michel Blanquer a défendu le "bouclier thermique" du gouvernement pour "limiter la hausse de l’essence". "C’est d’ailleurs pour cela que la France est au sein de l’Union Européenne le pays qui a le moins d’inflation. On est à 5,2%", affirme-t-il Ce chiffre, publié ce 31 mai par l’INSEE, est en effet inférieur à ceux de l’Allemagne (7,9%) et de l’Espagne (8,7%). Cette barre des 5% n’avait cependant pas été franchie depuis 1985.   

Il était seul face aux candidats du Rassemblement National, de la Nupes, des Républicains et du Mouvement pour la ruralité qui se sont retrouvés autour de baisse de la TVA sur les carburants de longue durée, avec quelques variantes cependant. Thomas Ménagé promet de faire passer "la TVA de 20% à 5,5% sur l’énergie, le gaz, le fioul, l’essence". Philippe Moreau évoque le chiffre de 10%. Bruno Nottin veut aller plus loin avec "l’interdiction de monter les tarifs, notamment pour des groupes comme Total qui reverse des dividendes à leurs actionnaires et qui continuent d’augmenter le tarif de l’essence". 

Ariel Lévy affirme quant à lui qu’il se battra pour faire descendre le prix de l’essence à la pompe à 1,5 €  "en baissant les taxes sur les carburants". Pour donner l’image d’un homme de terrain et plus de chair à ses propos, il a d’ailleurs donné un exemple concret.

Revaloriser les pensions  

Le candidat des Républicains en a profité pour aborder les retraites. "La désindexation des pensions de retraite sur l’inflation, et la hausse de la CSG faite dès le début du quinquennat Macron est une catastrophe", assène-t-il. Il promet donc de faire l’inverse, à l’instar de Bruno Nottin qui souhaite indexer les pensions sur le coût de la vie et donne des chiffres précis : "la retraite à 1.500 € nets pour une carrière complète et 1.063 € pour le minimum vieillesse".  

Il est par ailleurs allé plus loin en mentionnant l’augmentation des salaires.

Attaqué sur les choix gouvernementaux, Jean-Michel Blanquer n’a pas manqué de réagir : "On voit que les partis d’opposition sont toujours dans le ‘y’a qu’à faut qu’on’ avec l’idée que tout est toujours possible sur le plan financier". Pour ne pas être en reste, il a rappelé qu’il y aura "indexation des retraites, le président de la République s’y est engagé. Il y aura 4,5% d’augmentation au 1er juillet des retraites, 1.100 euros de minimum vieillesse." Il a par ailleurs mis en avant un bouquet de mesures et notamment le projet de loi sur le pouvoir d’achat

Remettre de l’humain  

Sur les services publics, la plupart était d’accord pour "remettre de l’humain" dans les espaces d'information, les guichets, etc., mais le débat s’est cristallisé autour des transports et de la sécurité. Côté mobilité, Montargis a certes des atouts avec sa proximité de Paris et le réseau routier dense autour, idéal pour les entreprises. Mais cette circonscription qui comprend une grande partie du Gâtinais reste rurale.

Le 1er à aborder cette question est le candidat des Républicains. D’après lui, "on a besoin de financer cette mobilité qui permet à nos jeunes et à ceux qui veulent travailler de pouvoir se déplacer de commune en commune. C’est pour ça que nous dans le projet que nous portons, nous souhaitons investir un euro dans le monde rural dès qu’on investit un euro dans la politique de la ville." Pas de précisions cependant sur ce qui sera concrètement financé.  

Pour le candidat RN, des lignes de train qui pouvaient disparaître sont heureusement "maintenues" mais avec "des horaires qui ne correspondent pas aux usages actuels", en référence aux navetteurs de plus en plus nombreux à se rendre à Paris. Il ne fait cependant pas de proposition à ce sujet, même s'il évoque le maintien des guichets ouverts dans la gare de Montargis et les mobilités douces avec les pistes cyclables.  

Le candidat communiste souhaite de son côté rouvrir des lignes ferroviaires comme Montargis – Orléans pour désenclaver l’Est du Loiret ce qui inciterait des cadres à venir. Il mentionne d’ailleurs le projet de la Nupes : "On veut un pôle public des transports et de la mobilité autour de la SNCF réunifiée 100% publique."   

Face à ses adversaires, le candidat indépendant soutenu par le Mouvement pour la ruralité a critiqué l’aspect soi-disant "technique", et a décrit les dysfonctionnements du transport à la demande. Il n’a cependant pas apporté de solution précise, déclarant simplement qu’il fallait travailler en lien avec les mairies et les communes.  

Plus de policiers mais…  

Philippe Moreau a tenu par ailleurs à intervenir sur la sécurité et la baisse du nombre de policiers ou de gendarmes.

L’agression en question était un caillassage de son domicile en pleine nuit.  Il interpelle d’ailleurs Jean-Michel Blanquer sur cette question et lui assure que la subvention de l’Etat pour la vidéo protection s’élève à seulement 15%, le reste étant donc compensé par les citoyens. Un chiffre inexact selon les informations contenues dans le livre blanc des aides financières liées à la vidéo protection, qui évalue le taux de subvention entre 20% et 50% selon la nature du projet.   

La question de la délinquance est cependant réelle car d’après la préfecture du Loiret, les atteintes aux personnes ont augmenté de 37% en cinq ans. Une délinquance qu’Ariel Lévy et Thomas Ménagé expliquent par la baisse du nombre de forces de l’ordre. S’engage alors un bras de fer avec Jean-Michel Blanquer qui rappelle l'arrivée de "10 policiers" à Montargis [leur nombre s’élève en fait à 12, NDLR] et l’engagement du gouvernement à "doubler le nombre de forces publiques sur la voie publique". "Les deux majorités précédentes de 2007 à 2017 avaient elles supprimé des postes de policiers, nous, nous en avons créé", assène-t-il.  

Mais les candidats de droite et d’extrême-droite rebondissent immédiatement, reprenant les informations d’un syndicat de police qui affirmait à la République du Centre qu’il manquait 18 policiers. "Entre les départs à la retraite et les mutations, il y a moins de policiers qu’au moment de l’annonce", pointe Thomas Ménagé.  

1 quart des habitants sans médecin  

Moins de policiers, mais surtout moins de médecins et d’infirmiers, c’est l’un des problèmes majeurs que rencontre la circonscription, mais aussi la région Centre-Val de Loire dans son ensemble. Un habitant sur quatre n’a pas de médecin traitant dans le Loiret. 

Face à cette désertification médicale, le candidat RN évoque sans entrer dans le détail des solutions à court terme comme la télémédecine ou la santé mobile. Sur le long terme, "nous avons soutenu […] l’arrivée de ce CHU à Orléans, de cette faculté de médecine", précise-t-il. Et d’ajouter qu’il faudra "être vigilant" par rapport à cette annonce faite "en pleine période électorale".

Il en profite par ailleurs pour critiquer une décision du gouvernement.  

Visé, Jean-Michel Blanquer réagit en soulignant qu’à moyen terme, la suppression du numerus clausus et la nouvelle faculté de médecine signifient plus d’étudiants qui feront leurs stages sur le territoire et s’y établiront peut-être. "Nous prendrons des mesures pour encourager cela", poursuit-il. 

Il reconnaît qu’à court terme, "les choses seront difficiles", et il souhaite d’ailleurs "augmenter la capacité de formation des infirmières" et proposer "toutes les formules qui permettent d’attirer des jeunes médecins dans le Loiret". "Un jeune médecin, vous l’attirez s’il y a des commerces, la fibre, la bonne école pour les enfants", liste-t-il.  

Formation VS salaire

Du côté des Républicains, Ariel Lévy défend d’une part le bilan du député sortant Jean-Pierre Door qui a installé des cabines de télémédecine. D’autre part, il affirme vouloir passer de 12.000 étudiants formés en médecine "à au moins 20.000" par an, sachant que le temps de formation s’échelonne de 9 à 12 ans. Si l'on en croit ce site destiné aux étudiants, le chiffre avancé par le candidat de droite est probable car le nombre d'étudiants en 2021 formés en médecine était sous les 11.000.

Il avance une seconde mesure : celle d’allonger de trois à quatre ans la durée de spécialisation des jeunes médecins pour devenir généralistes, et leur imposer sur cette année supplémentaire de pratiquer sur les territoires en manque de médecins.  

Sans parler d’obligation, Philippe Moreau insiste lui aussi sur le fait de "participer à la formation de nos jeunes", et "d’avoir un contrat avec eux, d’exercer sur le territoire". Une proposition qu’il prétend être le seul à avancer, ce que réfute immédiatement Jean-Michel Blanquer.  

Bruno Nottin critique de son côté le Ségur de la Santé et propose de revoir "largement les grilles" de salaire. Il pointe du doigt également le manque d’attractivité du Loiret pour les professionnels de santé qui préfèrent aller pratiquer d’après lui "à Fontainebleau ou Melun qui sont des hôpitaux refaits". 

Après 54 minutes de débat, les candidats ont eu 45 secondes face caméra pour s'adresser aux téléspectateurs. Vous pouvez visionner ou revisionner ce débat en cliquant ici.

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