“Nous nous sommes sentis abandonnés” : trois Loirétains racontent la longue attente avant le rapatriement en France

De nombreux ressortissants français sont encore dans l'attente d'une date de rapatriement / © Nhac NGUYEN / AFP
De nombreux ressortissants français sont encore dans l'attente d'une date de rapatriement / © Nhac NGUYEN / AFP

Tout juste rentrés d'Australie ou en attente d'un billet d'avion pour être rapatriés du Costa Rica, trois Loirétains et leurs familles racontent l'angoisse d'être bloqué au bout du monde, en pleine crise du Covid-19 alors que le monde entier se confine.

Par Salomé Dionisi

En août dernier, Louane Letuillier a décidé de partir travailler un an en Australie. Elle est d'abord jeune fille au pair, puis vendeuse dans une boutique de cosmétiques. La jeune fille de 21 ans achète même des billets d'avion pour voyager deux mois à travers l'Asie au printemps.

Lorsque l'épidémie du Covid-19 commence à se propager dans le monde, cette habitante de Ménestreau-en-Villette (Loiret) se voit contrainte d'annuler ses déplacements. Très vite, les situations compliquées s'enchaînent, et l'angoisse d'être seule au bout du monde apparaît. 

"Quand j'ai réalisé l'ampleur de l'épidémie, j'ai voulu rentrer en France pour être auprès de ma famille. C'est là que j'ai vu les premières difficultés apparaitre et que j'ai commencé à être stressée."

Mireille et Fabrice Farneault, habitants de Férolles (Loiret) partis au Costa Rica pour des vacances d'une dizaine de jours, ont vécu une histoire similaire. Un voyage organisé avec une agence qui s'est vite avéré compliqué, puisque le groupe de 13 Français a été mis en quarantaine sur place après des suspicions de Covid-19 parmi les touristes. "Le moral de mes parents a été très mauvais à la fin du séjour, puisqu'ils ont dû rester confinés et que l'agence de voyage ne proposait pas de solution de retour", témoigne aujourd'hui leur fille Laëtitia.

Au bout du monde et sans ressources

En quarantaine ou bloqué à l'étranger, le premier problème qui se pose aux touristes français est celui du logement. Où dormir ? Comment financer les nuits d'hébergement à l'autre bout du monde pour une durée indéterminée ?

Louane s'est rapidement posé la question, d'autant que son colocataire habituel a dû quitter leur logement, la laissant sans pied-à-terre sur place.

Difficile de trouver une maison sur place avec des loyers avoisinant les 350 dollars la semaine : "la fin de séjour ne s'est pas très bien passé pour moi, puisque j'ai dû trouver une solution pour me loger dans un pays qui coûte très cher. Je devais aussi acheter un billet d'avion pour le retour, alors que j'ai perdu mon emploi en boutique à cause de l'épidémie".
 
Louane Letuillier a dû mettre un terme brutal à son séjour d'un an en Australie / © Photo personnelle - Louane Letuillier
Louane Letuillier a dû mettre un terme brutal à son séjour d'un an en Australie / © Photo personnelle - Louane Letuillier

Sans salaire, difficile pour Louane de se payer un billet d'avion pour retourner en France, puisque les seuls vols qui n'étaient pas annulés par les compagnies coûtaient 10 000 dollars. Après deux vols annulés, les parents de la jeune femme paniquent.

Nous étions complètement perdus et nous avions très peur pour elle car nous ne trouvions pas de solution à lui apporter, Laurent Letuillier, père de Louane

Du côté du couple Farneault, les problèmes ont été les mêmes : ils ont dû se confiner dans un autre hôtel que celui de leur séjour, plus proche de l’hôpital. L’agence avec laquelle ils voyageait leur a refusé un retour anticipé, et ne donnait pas de réponse à leur demande de remboursement pour les frais engagés sur place.

En plus des questions matérielles, les inquiétudes sanitaires ont commencé à faire face chez nos trois Loirétains. D’un côté Louane, grande asthmathique, dont les parents craignaient une crise, et de l’autre côté Fabrice, qui a commencé à voir apparaitre les premiers symptômes du Covid-19.

Mon père a eu de la fièvre, de la toux et une très grosse fatigue. Il dormait vingt heures par jour. Mes parents étaient dans un état de stress et d'épuisement permanent.", Laëtitia Del Bello

Une angoisse d'autant plus grande qu'avec la propagation du Covid-19, beaucoup de compagnies d'assurance dans le monde ont décidé de ne plus couvrir les frais médicaux liés aux épidémies.

Au stress d'être seul et malade au bout du monde s'ajoute l'angoisse de ne pas réussir à avoir de contact avec son pays d'origine et ses proches à cause du décalage horaire.

Après la pluie...

Louane aura attendu une semaine pour obtenir une solution de rapatriement, Fabrice et Mireille deux. Dans les deux cas, nos Loirétains et leurs familles ont passé plusieurs jours à essayer d'obtenir des réponses des ministères, consultats et ambassades... C'est finalement du côté de Louane que la situation s'est décantée en premier.

La jeune fille est recontactée par l'ambassade, qui lui propose de négocier ses billets d'avion avec la compagnie aérienne. Les Français ayant un visa touristes sont prioritaires sur les détenteurs d'un visa de travail ; mais lorsque Louane explique sa situation, elle est finalement acceptée sur un vol. 2 500 dollars le billet... Avec une avance du Trésor public, elle fonce ! 

Au final, je suis satisfaite de la solution proposée par l’ambassade, il y a simplement eu une grosse période où l’on était complètement délaissé et dans l’attente, Louane Letuillier

Louane a finalement atteri en France vendredi 3 avril au matin et retrouvé sa famille, enfin rassurée par l'issue de cette histoire.

Du côté de Fabrice, la fièvre a commencé à baisser à mesure que les bonnes nouvelles sont arrivées. Avec l'aide du sénateur Damien Regnard et de la médiatisation de leur cas, Mireille et Fabrice ont réussi à obtenir une promesse de remboursement intégral des frais engendrés de la part de leur agence de voyage.

Toujours confiné à l'hôtel en attendant de connaître la date du rapatriement, le couple de 63 ans vient d'installer WhatsApp pour pouvoir enfin revoir, même virtuellement, ses petits enfants.
 

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