Jeu vidéo : dans les coulisses de Shadow of the Guild, développé dans la sueur et les larmes à Orléans

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Après des années d'effort, le jeu d'action et d'aventure Shadow of the Guild est sorti ce 10 novembre. Un beau succès pour l'industrie du jeu vidéo régionale, encore balbutiante.

Aridia est une planète hostile, où l'eau est une denrée rare. La Guilde des marchands de pluie en est l'organisation commerciale la plus puissante. Sa spécialité : traquer les rares nuages depuis sa forteresse volante et les vendre à prix d'or aux nations de la surface. De quoi dégager une belle marge et se payer les services de Yarán, à la fois assassin, duelliste et sorcier de la guilde.

Sorti ce 10 novembre sur PC, Shadow of the Guild est un jeu d'action et d'infiltration qui suit les aventures de l'assassin Yarán à travers la planète Aridia. Premier jeu de Guild Studio, entreprise de développement fondée en banlieue d'Orléans, il a été lancé en grande pompe lors d'une soirée dans le campus orléanais de la prestigieuse école de commerce ISC Paris.

Un accouchement difficile pour un petit miracle

Alors oui, c'est vrai, manette en main, le jeu est un peu brut de décoffrage. Malgré un vrai charme rétro et des décors dessinés à la main, de petits défauts viennent grever l'aventure et la fluidité des combats n'est pas toujours au rendez-vous.

Mais le souffle épique et la direction artistique entièrement dessinés à la main raviront les amoureux du genre et les nostalgiques de Prince of Persia. Plus important encore : il s'agit d'une première œuvre aboutie, qui permet à The Guild, et à tout un écosystème, de mettre le pied à l'étrier. En d'autres termes : un petit miracle.

Car ce n'est pas évident de développer un jeu vidéo en Centre-Val de Loire, contrairement aux régions voisines de Nouvelle Aquitaine et d'Île-de-France. Sans structures de formation, sans entreprises déjà implantées et sans programme de subvention, les autodidactes de The Guild ont essuyé les plâtres.

Tout seul, on va plus vite...

En 2021, en recherche de financement, le studio avait reçu une déconvenue avec l'échec de son financement participatif sur Kickstarter, qui avait réuni 8000 euros sur les 30 000 espérés. "Le Kickstarter, ça a été une claque énorme", raconte Robin Buisson, président et fondateur de The Guild. "On s'est pris un bon gros KO. On s'est vraiment posé la question : 'et maintenant qu'est-ce qu'on fait ?'" 

Dans la foulée, la petite équipe de quatre à cinq personnes retrousse ses manches et revoit sa copie. Les faits sont là : malgré leurs qualités artistiques, ils vont avoir besoin d'une réelle stratégie d'entreprise pour sortir la tête de l'eau, grâce notamment à la CCI du Loiret. "On a été accompagnés pour restructurer l'activité, et surtout pouvoir aller chercher des financement : via Loiret Initiatives et aussi la Caisse d'Épargne, qui nous a suivi."

Au fil des mois, d'autres partenariats suivent, comme avec l'ISC Paris, qui se retrouve elle-même intégrée au jeu en tant qu'Institut des sciences célestes. En tout, sans compter les heures qu'il ne s'est pas payé, Robin Buisson estime que Shadow of the Guild aura représenté un budget de plusieurs dizaines de milliers d'euros entre 2015 et 2022. "Un projet comme ça, si tu dois le chiffrer dès le départ, c'est un billet d'environ 200 à 300 000 euros", estime Robin Buisson.

...ensemble, on va plus loin

Cet accompagnement, Guild Studio le doit en partie à Pixel Players, cluster d'entreprise du divertissement numérique créé en novembre 2021. Avec tout juste un an d'existence, l'association regroupe une cinquantaine d'acteurs du numérique, notamment de grosses entreprises disposant d'une implantation locale (LDLC, ESL...) ou de petits acteurs du jeu vidéo qui tentent de sécuriser leur activité, comme Guild Studio et la demi-douzaine d'autres studios et créateurs de jeux vidéo de la région.

L'un des objectifs principaux de Pixel Players, comme l'explique Mélanie Paris, sa déléguée générale, est de "créer des ponts entre les acteurs du secteur et les partenaires institutionnels". De fait, solliciter une subvention ou un prêt n'est pas forcément facile dans une région qui, à l'heure actuelle, n'est pas très fertile du point de vue vidéoludique. "Notre objectif, c'est de créer un cercle vertueux qui permette et incite l'émergence de nouveaux acteurs, et de prouver que le Centre-Val de Loire peut devenir une terre d'accueil."

Et sur ce point, malgré le peu de projets déjà mis sur pieds, le Centre-Val de Loire a de beaux atouts, même si Orléans ne va pas dès demain concurrencer Bordeaux ou Montpellier.

En particulier, la proximité avec Paris et la qualité de vie, poursuit Mélanie Paris. Si faire l'aller-retour Paris-Montpellier dans une journée de travail relève de la gageure, Orléans et Tours sont toutes deux à seulement une heure de train de la capitale. "Aujourd'hui, post-covid, de plus en plus de salariés ont goûté, via le télétravail, au confort d'avoir une maison, un jardin, et c'est quelque chose qu'on ne peut pas avoir à Paris."

Il aura donc fallu des années au Centre-Val de Loire pour voir bourgeonner l'industrie du jeu vidéo, dont le chiffre d'affaires mondial a atteint 300 milliards d'euros en 2021, dont 5,3 milliards en France. Guild Studio, pour sa part, ne va pas s'arrêter là, et travaille déjà sur son prochain projet. Ce dernier puisera son inspiration, nous confie Robin Buisson, du côté de Metal Slug. 

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