Orléans : ils risquent 5 ans de prison et 75 000 € d'amende pour avoir décroché le portrait d'Emmanuel Macron

Franzeska Bindé, Samuel Chanonier et Vincent Lombard ont rendez-vous avec la justice le 13 septembre. Ils comparaîtront pour “vol en réunion” après la réquisition d’un portrait d’Emmanuel Macron dans la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle, le 3 mars dernier. / © Action non violente-COP21
Franzeska Bindé, Samuel Chanonier et Vincent Lombard ont rendez-vous avec la justice le 13 septembre. Ils comparaîtront pour “vol en réunion” après la réquisition d’un portrait d’Emmanuel Macron dans la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle, le 3 mars dernier. / © Action non violente-COP21

Le 2 mars, 13 activistes d'ANV COP21 avaient réquisitionné le portrait présidentiel de la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle. Trois d’entre eux seront jugés le 13 septembre au tribunal de grande instance d'Orléans.

Par Barbara Gabel

Franzeska, Vincent et Samuel seront jugés le vendredi 13 septembre pour "vol en réunion", un délit passible de 5 ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende. En mars, ils ont décroché et emporté le portrait officiel d’Emmanuel Macron de la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle avec ANV COP21 Orléans. Leur but ? Dénoncer l'inaction de l'État face aux changements climatiques.

Il s’agira du cinquième procès des "décrocheurs" du portrait du président après ceux de Bourg-en-Bresse, Strasbourg, Lyon et Paris - ce dernier aura lieu le 11 septembre. Lundi, la procureure de Lyon a requis 500 euros d’amende à l’encontre de deux militants écologistes pour les mêmes faits. Le délibéré sera rendu le 16 septembre.

 

La désobéissance civile est la seule solution pour dénoncer l'inaction du gouvernement


Avant de décrocher le portrait d’Emmanuel Macron du mur de la mairie de Saint-Jean-de-la-Ruelle, les militants connaissaient les risques juridiques. "Comme toute action menée par notre collectif, on savait que l’on risquait d'être convoqués", assure Vincent, 31 ans. "Mais pour moi, la désobéissance civile est la seule solution pour dénoncer l'inaction du gouvernement face aux enjeux climatiques."

Identifiés par la police sur les photos et vidéos d’ANV COP21, Vincent, Franzeska et Samuel ont été convoqués et placés 9 heures en garde à vue et ont vu leur domicile perquisitionner en mai, avant de devoir se rendre au tribunal de grande instance d'Orléans la semaine prochaine. "Un procès ça fait peur… Je vais sûrement avoir le cœur qui bat très vite face au juge", avoue Franzeska, 26 ans. "Néanmoins, je reste confiante car on prépare bien notre défense."

Si Franzeska Bindé milite depuis de quelques années, c’est "pour une question de vie ou de mort". La jeune femme, chargée de communication pour le mouvement écologiste Alternatiba Loiret, s’inquiète de l'urgence climatique et de l'effondrement de la biodiversité.

"Il s'agit de notre propre survie", appuie-t-elle. "Le rapport du GIEC démontre qu’il nous reste entre 2 et 5 ans pour faire changer les choses et éviter un emballement climatique. Mais il faut agir maintenant."
 
Des motivations qui ont également poussé Vincent Lombard à devenir militant écologiste il y a un an. "Avant, j'étais plutôt quelqu’un qui changeait ses habitudes du quotidien : trier mes déchets, faire pousser mon propre potager, signer des pétitions", énumère-t-il. "Puis, j’ai pris conscience de la mesure du défi climatique qui est le plus grand défi de l'histoire de l'humanité."
 

Le chaos climatique qui nous attend est beaucoup plus effrayant que ce procès


"Nous pensons que notre action est profondément légitime et nécessaire", poursuit la jeune femme. "Je ne pourrais pas me regarder dans le miroir sans agir... Le chaos climatique qui nous attend est beaucoup plus effrayant que ce procès." Même discours chez Vincent : "Forcément, je stresse un peu à l’approche de ce procès, mais ce qui m'inquiète le plus, c'est notre avenir : on est face à un véritable écocide."

La veille du procès, Franzeskza est convoquée sur reconnaissance préalable de culpabilité pour le refus de prélèvement ADN pendant sa garde à vue. "C'est inacceptable de prélever l'ADN de quelqu'un qui a mené une action symbolique et non violente", dénonce-t-elle.
 
Et à Vincent d’ajouter : "La seule réponse du gouvernement à notre appel à protéger l’environnement, c’est la répression… Je me suis retrouvé menotté pendant la perquisition de mon domicile, alors que je cherchais à intervenir face à une situation injuste… Au lieu de protéger ses citoyens, ils nous traitent comme des délinquants."

Le jour du procès, les avocates des trois militants plaideront l’état de nécessité et demanderont au juge leur relaxe. À leurs côtés, les prévenus pourront compter sur le soutien de trois témoins : un climatologue, un homme politique et un agriculteur bio. Lundi, à Lyon, près de 150 personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal correctionnel, dont Cécile Duflot, directrice générale d'Oxfam France.
 

Un procès de l'inaction climatique


Avant l’audience, l’ANV COP21 appelle à un rassemblement devant le tribunal de grande instance d’Orléans dès 8 heures. Les trois militants veulent profiter de ce procès pour éveiller les consciences. "C’est notre manière à nous de faire un procès sur l’inaction gouvernementale face aux changements climatiques."

Pour ce qui est du portait du président de la République, celui-ci est conservé dans un lieu tenu secret par le collectif. "On rendra le portrait quand le gouvernement respectera ses engagements en matière d’environnement", martèle Franzeska. "Mon rêve, c'est qu’un jour je n'ai plus besoin de m'engager pour des causes écologiques."

 

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