Orléans : les chenilles processionnaires au menu des chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique

Les scientifiques de l’unité de recherches de zoologie forestière (URZF) de l’INRA d’Orléans étudient l’écosystème de ces insectes. Le réchauffement climatique et nos modes de vie ont façonné leur développement, parfois exponentiel.

Une chenille processionnaire.
Une chenille processionnaire. © Karim MANJRA / Unsplash

Malgré une recherche résolue, la biologie des chenilles processionnaires conserve toujours une part d’ombre et de mystère. Pour mieux les connaître, les chercheurs les élèvent en laboratoire dans des caissons climatisés et à des températures différentes. Ils peuvent ainsi scruter le développement de l’œuf et les différents stades larvaires. Jérôme Rousselet, qui dirige l’unité de recherches de zoologie forestière, est intarissable sur le sujet.

Combien de jours faut-il et à quelle température pour qu’une chenille se développe ? [Cette étude] Cela va nous permettre de comprendre à quel stade les chenilles sont urticantes. Ainsi, on pourra limiter les risques en donnant l’alerte.

Jérôme Rousselet, chargé de recherche à l’URZF, centre INRA Val de Loire.

"Le réchauffement climatique et nos modes de vie ont favorisé l’éclosion des processionnaires…"

"A cause du réchauffement climatique, de nouveaux territoires ont été colonisés vers le nord et en altitude. Ces dernières années, on a planté beaucoup de pins presque partout.  Ces arbres ornementaux ont trouvé un terreau fertile avec les îlots de chaleur urbain. Les villes sont plus chaudes. D’où une prolifération des processionnaires du pin."

Processionnaires du pin et processionnaires du chêne ne sont pas des frères ennemis. Leur rencontre n’est pas fortuite. Elle est due à l’homme.

"Naturellement, le pin ne poussait pas en région Centre, à la différence du chêne. Force est de constater que les villes et les forêts s’interpénètrent."

Les chercheurs voient des similitudes et des analogies avec le virus du Covid-19. Les humains colonisent des espaces qui avaient leur propre écosystème. Cette immixtion favorise l’émergence de "nuisibles" dans notre environnement. Des équilibres écologiques sont perturbés avec des conséquences et des effets indésirables sur nos modes de vie.

Quelles stratégies face aux chenilles processionnaires ? Une lutte à plusieurs visages.

Les chenilles processionnaires développent des poils urticants pour se défendre des prédateurs. Elles se déplacent en rang serré comme des légions romaines pour être moins vulnérables. Le réchauffement climatique, la multiplication des conifères expliquent l’irruption des processionnaires dans notre quotidien.

Il faut savoir que les chenilles ont leur place dans l’écosystème. Elles participent au recyclage de la matière.

Jérôme Rousselet, chargé de recherche à l’URZF, centre INRA Val de Loire.

"Ce sont des défoliateurs. On a pu déterminer que leur nid pouvait renfermer 70 espèces d’insectes différentes. La lutte contre les nuisibles doit être ciblée… Les traitements chimiques sont désormais interdits. Même dans des zones à tolérance zéro c’est-à-dire proches des écoles, des lieux de vie. Le remède ne doit pas être pire que le mal".

Pour mener une lutte résolue et raisonnable contre les chenilles processionnaires, les chercheurs agissent sur plusieurs fronts.

"Parmi nos armes, il y a d’abord l’information. Il faut bien connaître les périodes où les chenilles sont dangereuses. Plus la population est informée et plus on diminue les risques. Le paysage ensuite. C’est la deuxième arme. Il y a 30 ans, on plantait des pins noirs en région Centre. Les processionnaires du pin n’étaient pas connues. Aujourd’hui, ce serait irresponsable de le faire. L’ignorance est excusable. Pas la connaissance. Désormais, on connait les essences. Evidemment, on ne va pas abattre tous les pins qui ont 50 ans. Ce serait un crève-cœur. Ils ont une valeur patrimoniale et écologique".

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Parmi l’arsenal de mesures pour lutter contre les chenilles, il y a également la lutte biologique et surtout, la lutte intégrée. "Il faut assoir différentes méthodes. Des pièges hormonaux à phéromone, des nichoirs à mésanges, des aspersions de bacillus sur les arbres…"

Les chercheurs invitent également, les populations, les élus, les collectivités à mener ensemble, des actions concertées. Agir ensemble. "On a par exemple observé que sur l’agglomération orléanaise, sur 10.000 arbres, les ¾ sont privés".

Et si toutes ces actions ne suffisent pas, les chercheurs gardent sous le coude, l’arme fatale, l’arme ultime.

"Le Bacille de Thuringe. Il s’agit d’une lutte microbiologique. Une bactérie utilisée pour ses propriétés insecticides". Jérôme Rousselet reste très mesuré pour ne pas dire réticent à ces pulvérisations. Le Bacillus Thuringiensis est une bactérie homologuée biologique. Les pulvérisations exigent un vrai savoir-faire. Les risques de pollution involontaire sont élevés. On l’a compris. On n’écrase pas une mouche avec un canon.

VIDEO. Une tout autre arme face aux chenilles processionnaires :

 

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