PORTRAIT. "Queen-a-Man", Le spectacle de majorettes masculines en hommage à Freddie Mercury

Tous issus du milieu circassien, du théâtre de rue, de la jonglerie, de l'improvisation et du clown, les "Queen-a-Man" font le show

Ce documentaire de François Guillement marche dans les pas cadencés d'une troupe de majorettes singulière et talentueuse. Un spectacle hors pair né dans l'imagination de Cécile Le Guern, qui a su faire de ses rêves une réalité. À l'âge de dix-huit, en voyant un spectacle de clowns, elle se projette sur scène en ayant le sentiment d'avoir trouvé sa place et de pouvoir faire partie de cette famille de saltimbanques.

Elle reste quelques années sur les gradins et se nourrit professionnellement de jobs alimentaires. Une vie tristounette qui fait couler des larmes sur les joues de celle qui avait avalé un clown quelques années plus tôt. Elle se confie à sa mère qui l'incite à écouter sa petite voix et à décrocher les étoiles.

Là, j'ai carrément des petites ailes qui me sont poussées dans le dos.

Cécile Le Guern

Un mois, plus tard, Cécile passe l'audition de l'école du clown professionnel de Samovar à Bagnolet. Pendant quinze ans, elle fait de la scène, en région parisienne puis à Nantes. En solo, en duo et en trio avant de jouer doublement son plus beau rôle.

J'étais en train de perdre gentiment, mais sûrement mon travail suite à l'arrivée de mes petites jumelles adorées.

Cécile le Guern

Des nuits d'insomnie à cogiter, et au bout du tunnel, ce rêve éveillé : "J'étais en Freddie Mercury, entourée de lascars du coin, tous moustachus, et qui faisaient de la majorette sur Queen. " Cécile en déjà fait l'expérience, les rêves ne sont pas faits que pour être rêvés, et quand ils passent à votre portée, ils sont une invitation qu'il ne faut pas manquer.

À son réveil, elle parle de son projet à son compagnon Cyrille. "J'ai vu qu'il y avait quelque chose qui allait être super et j'ai trouvé ça bien. J'étais très motivé en tant que jongleur, de par mon passé. Moi, j'avais hâte de me remettre à la jongle et à la manipulation du bâton."

Aussitôt dit, aussitôt lancé. Cécile contacte d'anciens compagnons de scènes de la région Nantaise et monte la troupe de son rêve.

Certains y croient instantanément, d'autres comme Smoul tentent le coup au petit bonheur la chance.

L'idée de son spectacle de majorettes, dans les rues, avec des mecs, j'ai dit waouh, elle est tarée cette meuf et j'avoue que je n'y croyais pas trop à la base.

Smoul

La curiosité, le défi et l'appel du spectacle l'emportent sur la raison comme par magie.

En avant la musique !

Dans les années 80, dans les villages, en bottes blanches, jupette et chapeau, les majorettes défilaient lors des manifestations avant d'être détrônées par le twirling en salle, ouvert aux compétitions.

Pour la chorégraphie, Cécile, alias cap'taine Mercurec'h, fait appel à Éric Martin. Le prestigieux danseur, collaborateur de Philippe Decouflé sur plusieurs créations, chorégraphe du film "Aline" de Valérie Lemercier et danseur majorette pour Marta Izquierdo-Munoz, entre autres. Une pointure internationale aux multiples talents pour vibrer au rythme de Freddie Mercury, véritable performer et chanteur du groupe Queen, sujet à controverse tout au long de sa carrière.

Je mise sur le travail d'Éric pour nous rendre beaux et heureux.

Cécile Le Guern

La maîtrise des déplacements et le domptage du bâton donnent du fil à retordre aux apprentis "Queen-a- man", selon leurs aptitudes et leurs expériences. Ils ne lâchent rien, avec humour et autodérision, ils sont Tous Freddie. "Gay ou hétéro, on s'en fout, faire ce qu'on veut, avec ce que l'on est.

Cécile Le Guern qui a elle-même, autrefois manié le bâton, ne manque pas d'imagination pour faire sauter les verrous des clichés et des préjugés. Les majorettes, en marcel blanc, pantalon moulant et lunettes teintées, vont faire le show sur Don't Stop Me Now, We Will Rock You, Bohemian Rhapsody...

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Un contact intime avec le public ©France télévisions

Un spectacle de rue qui fait l'émerveillement d'un public intergénérationnel. "On ne s'imagine pas ce que ça peut produire chez les gens ce que l'on fait. Quand les gens, à la fin viennent te voir et parlent aussi de leur vie, en te disant : je n'allais pas bien et vous me redonnez de l'espoir. Nous sommes des gens du peuple qui touchent les gens du peuple."

Des applaudissements, des étoiles dans les yeux et des sourires sur les lèvres.

Métamorphose

Les artistes ne sont pas des novices dans l'univers circassien et ne manquent pas de dextérité et de personnalité scénique. La particularité de l'enjeu demande toutefois d'apprivoiser d'autres compétences avec rigueur et ténacité, selon ses atouts et ses failles. Chacun, individuellement, se glisse dans la peau de Freddie Mercury pour ne faire qu'un, dans un ensemble qui transporte tout un chacun.

Le travail est intense, les corps endoloris par les épreuves du temps retrouvent peu à peu le goût de l'effort, mis en stand-by professionnellement pendant la période Covid. Une pause imposée, difficile à gérer et à dépasser, quand les perspectives et les contrats s'amenuisent.

Je pensais que la page était tournée, que la carrière de cirque était pliée quand Queen-a-Man a relancé la machine alors que je ne m'y attendais pas.

Cyrille, le compagnon de Cécile

Un nouveau souffle, une nouvelle naissance pour ces artistes qui en oublient face au public leurs deux fois vingt ans, au moins.

Une danse de la vie qui s'exprime en toute liberté et qui se partage en osmose. Une émancipation, un équilibre intérieur pour se livrer en toute sincérité. Le public, ne s'y trompe pas !

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Le lâcher prise ©France télévisions

L'aventure Queen-a-Man est une belle histoire illustrée teintée d'humour, à l'image de son nom. Un jeu de mots, et un deuxième sens en référence à la spécialité bretonne, le Kouign-amann.

Un clin d'œil amusé de la capitaine bretonne. Un bel hommage à Freddie Mercury, cet amoureux de la vie, parti trop tôt qui aurait certainement apprécié cette audace et cette originalité.

Cécile Le Guern, sensible à l'équilibre des siens, jongle avec attention entre vie professionnelle et familiale.

Je pense que j’ai fait ce spectacle pour mes filles. C'est une forme de transmission pour elles, pour qu'elles se donnent les moyens d'être libres, heureuses.

Cécile le Guern

Un chemin de vie empreint de ténacité et de bienveillance, un bel exemple, pour croire en ses rêves et pour les réaliser.

Un documentaire réalisé par François Guillement, une coproduction France Télévisions et Lucien TV Centre, diffusé ce jeudi 14 décembre à 23 h sur France 3 Centre-Val de Loire, à retrouver en replay sur France.tv.