Régionales 2021 et présidentielles 2022 : la droite en quête d'une boussole

A quelques mois des élections régionales et à un an de la présidentielle, le principal parti conservateur s'interroge sur ses priorités, ses orientations, et surtout sur la personne qui devra les porter au pouvoir. Et le Centre-Val de Loire fait figure de jalon essentiel sur ce chemin.

Christian Jacob, président de LR, accompagné de son vice-président, le député du Loir-et-Cher Guillaume Peltier. Photo d'illustration
Christian Jacob, président de LR, accompagné de son vice-président, le député du Loir-et-Cher Guillaume Peltier. Photo d'illustration © Vincent Isore / Maxppp

Quel avenir pour les Républicains ? En 2017, au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron, dans le monde d'avant-le-covid, le premier parti de droite semblait défait. Son candidat, François Fillon, était empêtré dans une affaire d'emplois fictifs dont, après une première condamnation en première instance en 2020, il n'est toujours pas sorti. Les barons du parti hésitaient entre une alliance malaisée avec LREM, ou une opposition "constructive".

Des clins d'oeil à gauche qui passent mal

Depuis, le parti présidentiel a subi l'érosion de sa majorité sur fond de crise économique, sanitaire et politique, tandis que la droite retrouve quelques couleurs. "Les choses ont changé", affirme Olivier Marleix, député LR d'Eure-et-Loir et vice-président du parti, qui voit 2021 et 2022 sous l'angle de la reconquête et du retour de thèmes chers à la droite, parmi lesquels l'accroissement économique et les frontières. "Il y a trois ans en Macronie on me riait au nez quand je parlais industrie, quand on parlait de frontières on était has-been" constate le député qui dresse dans un livre publié ce 4 février un bilan très critique des années Macron.

Mais qui saura profiter de ce rebond chez les Républicains ? Et au profit de quel programme ? Entre les oeillades de Xavier Bertrand à l'ancien ministre Arnaud Montebourg, l'invitation du secrétaire général de la CFDT Laurent Berger à une convention sur le travail en décembre, ou la proposition de Guillaume Peltier en novembre 2019 d'augmenter le Smic de 20%, certains craignent le virage à gauche, même timide. "Quand j'entends que l'on va chercher Montebourg, j'ai mal à ma droite", confiait cet hiver au Parisien la présidente de la région Pays de la Loire Christelle Morançais.

"Il y a toujours eu des sensibilités différentes", tempère Nicolas Forissier, député de l'Indre. Alors que LREM a changé les équilibres stratégiques il y a trois ans, la tentation de réaffirmer l'héritage du "gaullisme social" ou de poursuivre une veine plus libérale divise les élus de droite. "Il y a, en ce moment, des centaines de réunions de travail", poursuit le député, qui assume sa sensibilité "libérale" et proche des entreprises. Et même si "certains font des proposition un peu iconoclastes", il ne se dit "pas très inquiet" sur la capacité du parti à s'unir. "La priorité c'est de remettre l'église au milieu du village. Les propositions ne doivent pas tourner à la caricature. Moi, quand on me parle maintenant de mondialisme comme si c'était le diable, je bondis !"

 

Le Centre-Val de Loire, première étape sur le chemin de l'Élysée

De fait, la désignatin d'une figure de proue attendra l'élaboration d'une ligne commune, si l'on en croit les cadres républicains. "L'élection présidentielle, ça doit arrêter d'être un concours de beauté", afffirme Olivier Marleix lorsqu'on lui demande qui pourrait mener la droite à la victoire en 2022. Alors que beaucoup appellent une nouvelle primaire de leurs voeux, les élus LR hésitent encore, et préféreraient voir émerger "naturellement" un candidat ou une candidate.

"Si on avait un Jacques Chirac, la question serait résolue", plaisante Serge Grouard, maire d'Orléans et président départemental de LR dans le Loiret. Préconisant d'unir la droite et le centre-droit sur un "projet fort", en attendant de trouver une personnalité pour le porter. Il craint néanmoins "que sans un procédé de désignation incontestable, on ait affaire à des divisions, des candidatures insatisfaites". Même si la question présidentielle doit encore attendre, elle va devoir être tranchée rapidement. En attendant, les élections régionales et départementales pourraient, si elles ont lieu comme prévu en juin 2021, poser un jalon très important sur le chemin vers l'Élysée.

En effet, les différents cadres LR de la région Centre-Val de Loire s'accordent au moins sur une chose : cette dernière est une "anomalie" politique sur plusieurs plans. En effet, alors que la droite contrôle plusieurs conseils régionaux, comme l'Île de France avec Valérie Pécresse ou les Hauts de France avec Xavier Bertrand, le Centre-Val de Loire, qui abrite pourtant des barons bien implantés, comme le numéro 2 de LR Guillaume Peltier, lui a toujours échappé. Alors que les six conseils départementaux sont acquis à la droite, tout comme un quart des sièges de députés, la coalition du PS et des écologistes semble toujours indéboulonnable. "La gauche ne tient que grâce à la présence du RN", analyse Olivier Marleix, très critique vis-à-vis de la "faiblesse de l'exécutif régional". "Il y a une usure de la majorité", entrevoit quant à lui Nicolas Forissier, "je suis convaincu qu'on peut reprendre cette région". "C'est une chance historique qui se présente à nous !"

Et pour la reprendre, les Républicains font pour l'instant corps derrière Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher et numéro 2 national du parti. Coqueluche des médias parisiens, il a rappelé sur le plateau du Figaro le 26 janvier dernier les trois piliers sur lesquels les Républicains comptent s'appuyer pendant les deux prochaines années : être "le parti de l'ordre et de la laïcité face à l'islam politique", "le parti du travail et non pas de l'assistanat, du socialisme que nous combattons" et "le parti de la liberté des provinces face à la bureaucratie parisienne".

L'enjeu de 2021, pour la droite, sera donc de charmer à nouveau les électeurs partis vers l'extrême-droite et le centre depuis trois ans. Et de trouver une place entre une extrême-droite qui déploie tous les efforts pour normaliser son discours, un parti présidentiel qui s'effrite et tente péniblement de rallier sa droite (au point de reprendre à son compte les théories de "l'islamo-gauchisme" et de "l'ensauvagement") et une gauche boostée par les écologistes lors des municipales 2020. 

 

 

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