Saint-Jean-de-la-Ruelle : les enseignantes de l'école maternelle François Mitterrand en grève ce lundi 18 mai

L'école maternelle de Saint-Jean-de-la-Ruelle devait rouvrir pour les élèves de Grande section ce 18 mai mais les enseignantes se sont mises en grève pour exprimer leur opposition à la réouverture de leur école. Elles dénoncent l'hypocrisie du protocole sanitaire. 

Une partie des enseignantes de l'école maternelle François Mitterrand de Saint-Jean-de-la-Ruelle dans le Loiret
Une partie des enseignantes de l'école maternelle François Mitterrand de Saint-Jean-de-la-Ruelle dans le Loiret © autoportrait des enseignantes de l'école maternelle de Saint-Jean-de-la-Ruelle/ DR

 L'école n'est pas une mascarade. 

C'est la phrase que les enseignantes de l'école maternelle François Mitterrand de Saint-Jean-de-la-Ruelle dans le Loiret ont affiché sur le mur d'enceinte de l'école ce lundi 18 mai. " Nous avons dû l'enlever au bout de quelques minutes à la demande de l'Inspection académique", nous confie Marie-Pierre Regnault, directrice de l'école maternelle et enseignante chargée d'une classe de Toute petite section (TPS) de maternelle. 

C'est en tant qu'enseignante gréviste et non en tant que directrice d'établissement que cette professeure des écoles témoigne. " Nous nous sommes toutes mis en grève symboliquement en ce jour de reprise pour avoir le droit de nous exprimer et bien expliquer aux parents d'élèves nos inquiétudes". 
 

La façade de l'école maternelle François Mitterrand à Saint-Jean-de-la-Ruelle avec l'affiche installée par les enseignantes grévistes : "L'école n'est pas une mascarade"
La façade de l'école maternelle François Mitterrand à Saint-Jean-de-la-Ruelle avec l'affiche installée par les enseignantes grévistes : "L'école n'est pas une mascarade" © Marie-Pierre Regnault - enseignante Toute petite section de maternelle/ DR

L'impossibilité de respecter les gestes barrières et la distanciation sociale en maternelle

L'équipe enseignante de l'école maternelle François Mitterrand a mis en place le protocole sanitaire demandée par le ministère de l'Education nationale. Plus de jeux, de coins jeux ou lecture, réorganisation des classes. " Comme on s'en doutait, il est impossible pour des enfants de maternelle, même les grandes sections, de respecter les gestes barrières et les distanciations sociales. Que ce soit entre élèves ou entre élèves et enseignants".


Marie-Pierre Regnault poursuit : " S'habiller, se déchausser, se moucher, se coucher, aller aux toilettes, s'essuyer... certains enfants vont avoir le sentiment d'être rejetés par les adultes si on ne prend pas soin d'eux comme d'habitude."  
 

Imaginez un enfant qui fait pipi dans sa culotte. Si on lui dit de se changer seul, il le vivra très mal. Nous sommes aussi là pour prendre soin d'eux au plus près en cas de détresse. Ce qui est impossible avec les règles du protocole sanitaire. 

Marie-Pierre Regnault, professeure des écoles en Toute petite section. 

Les gestes barrières sont enseignés en maternelle. Eternuer dans son coude, jeter son mouchoir usagé, se laver les mains régulièrement. Les enseignantes n'ont pas attendu l'arrivée d'une épidémie pour les transmettre à leurs élèves. " Cela fait partie de l'éducation à la santé. C'est notre rôle mais il faut plus que le temps de la maternelle pour que les élèves les intègrent." 

Une grève d'une journée pour dénoncer "l'hypocrisie du protocole sanitaire"

L'équipe pédagogique de cette école maternelle qui compte habituellement 156 élèves répartis en 7 classes, n'est pas opposée au protocole sanitaire. " Nous voulons dénoncer l'hypocrisie du protocole sanitaire à appliquer tout de suite. Il faut rouvrir en septembre et utiliser le temps entre maintenant et septembre pour accueillir chaque famille avec leur enfant individuellement. Il faut les rassurer et prendre le temps d'organiser une rentrée sereine."

Marie-Pierre Regnault poursuit, inquiète, après 38 ans d'enseignement : " La forme d'école que nous proposons n'est pas la solution. Cela risque de créer d'autres problèmes". 

"Une école maternelle très éloignée de celle qu'elle doit être"

Par cette journée de grève, l'équipe enseignante dénonce aussi la forme d'école que le protocole sanitaire impose.

Pas d'expérimentations, impossible d'apprendre à vivre ensemble, de développer les capacités motrices. C'est la base des apprentissages en école maternelle qui est mise à mal selon ces enseignantes grévistes. '" L'école maternelle que nous proposons une fois que le protocole sanitaire est mis en place est très loin des besoins physiologiques et pédagogiques des enfants de cet âge." 

L'enseignante-directrice constate : "Après l'enseignement à distance très difficile pour les élèves de maternelle, c'est la deuxième fois qu'on demande aux enseignants quelque chose qui n'a rien à voir avec l'école. " 

Alexandra est la maman de deux enfants : une est en moyenne section de maternelle à l'école François Mitterrand, l'autre en CP. Elle comprend ce mouvement de grève et soutient les enseignantes grévistes.

Elle a d'ailleurs choisi de ne pas remettre ses enfants à l'école avant le mois de septembre.  

" Il n'y a aucun intérêt à remettre nos enfants à l'école. Notamment ma petite en maternelle. Elle ne pourra pas apprendre sans les matériaux et les objets utilisés d'habitude pour les apprentissages. Elle n'aura aucun confort avec les copains et la maîtresse. On leur a expliqué qu'ils pouvaient y retourner et quelles étaient les conditions et ils ne veulent pas y aller.

Cette maman rajoute : "J'ai la chance d'avoir un jardin et de pouvoir m'occuper de mes enfants jusqu'en septembre si besoin. En plus comme ils sont deux, ils ne s'ennuient jamais.
 

Rouvrir pour 13 élèves : " Est-ce que cela en vaut la peine ? Non" 

L'école maternelle va rouvrir demain, mardi 19 mai pour 4 élèves de Grande section puis pour les 9 élèves de petite et moyenne section lundi 25 mai. "On va reprendre du service en essayant d'accueillir les enfants de la façon la plus agréable possible, " annonce Marie-Pierre Regnault. L'objectif de l'équipe pédagogique : remettre du commun et du collectif avec des situations très individualisées. "Tout un défi", souffle l'enseignante. 

Elle conclut : "Ouvrir l'école pour 13 élèves. Cela en vaut-il la peine ? La réponse est non. Ce n'est pas imaginable pour les enfants de revenir dans une école avec des règles si différentes. Cela risque d'apporter des perturbations dans les règles d'apprentissage." 

 
 
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