Le budget d'1 milliard € pour l'égalité hommes-femmes “une escroquerie” du gouvernement pour les associations féministes

Marlène Schiappa à Paris, le 18 octobre 2019. / © Thomas Padilla/MAXPPP
Marlène Schiappa à Paris, le 18 octobre 2019. / © Thomas Padilla/MAXPPP

L'annonce d'un budget transversal de 1,1 milliard d'euros par Marlène Schiappa pour lutter contre les inégalités femmes-hommes a été accueillie avec un mélange de scepticisme et d'exaspération : ce chiffre a en réalité été largement grossi.

Par Bertrand Mallen

"Le gouvernement a consacré 544 millions à l’égalité femme-homme en 2019. En 2020, 1,116 milliard sera investi dans cette politique transversale." Cette affirmation de la secrétaire d'État à l'égalité homme-femmes dans les colonnes de la Voix du Nord n'a pas manqué de surprendre. Alors qu'une femme décède tous les deux jours en moyenne sous les coups de son compagnon ou de son ex-compagnon, les associations féministes attendaient une telle annonce de pied ferme. Bonne nouvelle donc ?

 

Une "escroquerie" pour la présidente de Nous Toutes

En réalité, pas vraiment. Le chiffre avancé par Marlène Schiappa est en réalité un montage cumulant plusieurs données. En réalité, la somme de 1,116 milliard correspond à "la limite supérieure des dépenses pouvant être engagées" selon Bercy. Les crédits de paiements, qui correspondent au budget réellement alloué représentent en réalité 557 millions d'euros environ.

"Moi je veux bien qu'on m'annonce 1,116 milliard de budget mais pour le moment, le crédit de paiement inscrit c'est un peu plus de 500 millions", constate Sophie Auconie, députée de l'Indre-et-Loire. "J'ai l'impression qu'une fois de plus on n'est tout simplement pas à la hauteur des enjeux."

Passée cette première surprise, le document de politique transversale (DPT) récapitulant ces dépenses regorge d'approximations, que la militante féministe et présidente de l'association Nous Toutes Caroline De Haas va jusqu'à qualifier "d'escroquerie". En effet, 72% du milliard promis (qui n'est donc sécurisé qu'à moitié) sera alloué à la "diplomatie culturelle", c'est-à-dire à des investissements dans des programmes de coopération internationale.

 

Un budget contre les violences en réalité "quasiment identique" d'une année à l'autre

Le DPT compte aussi le salaire des enseignants de premier et de second degré, soit 138 millions d'euros, parmi ces crédits de paiement, sous prétexte qu'ils doivent parler d'égalité à leurs élèves. D'autres sommes, comme des investissements sur trois ans ou 73 postes de psychologues créés depuis 2007 sont comptés dans le budget de la seule année 2020, comme le sont d'ailleurs 560 places d'hébergements pour les victimes qui "auraient été créées en 2019" et dont les associations "n'ont pas vu la couleur", d'après Caroline De Haas.
 


Quant au budget de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, il augmente de 5% mais reproduit "quasiment à l'identique" des mesures déjà existantes. "Il y a un décalage entre l'action de l'État et le discours qui nous est tenu", tranche Caroline De Haas. "Marlène Schiappa ne pense pas en terme d'action publique, mais en termes de communication politique."
 

 

Une "grande cause du quinquennat" qui passe à la trappe

"On doit se donner les moyens" de lutter contre les violences faites aux femmes "à travers un arsenal législatif", juge quant à elle Sophie Auconie, citant la récente loi Pradié, votée à la quasi-unanimité, qui autorise la pose d'un bracelet électronique anti-rapprochement à un conjoint violent avant même toute condamnation afin de protéger la victime. "Mais on doit aussi s'en donner les moyens financiers."

A titre d'exemple, au moment d'une visite d'un établissement pénitentiaire d'Indre-et-Loire à l'occasion des 20 ans du Service pénitentiaire d'insertion professionnelle (SPIP), l'élue s'aperçoit que l'établissement ne possède en tout et pour tout qu'un seul de ces bracelets. "Demain, si on veut éloigner l'auteur, dangereux potentiellement, de sa victime, il va falloir s'équiper de ces dispositifs, et cela coûte cher", concède la députée, qui ajoute toutefois "quand on fait de cette cause là une cause du quinquennat, il faut qu'on s'en donne les moyens."

Ces moyens, promis par le gouvernement depuis l'été dernier, notamment via la création de places en hébergement d'urgence, tardent à arriver, contrairement aux annonces fracassantes. Entre le 1er janvier et le 21 octobre 2019, 123 femmes ont perdu la vie sous les coups de leur compagnon ou de leur ex, c'est déjà deux de plus qu'en 2018. Les associations féministes, parmi lesquelles Nous Toutes, ont appelé à des mobilisations pour le mois de novembre contre les violences faites aux femmes.
 

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