Opération "Vitesse de la lumière": comment Pfizer-BioNTech a gagné la course au vaccin

Tout commence avec deux chercheurs allemands, qui vont entraîner avec eux toute une chaîne de petits acteurs.

Une dose du vaccin Pfizer, arrivé aux hôpitaux de Paris.
Une dose du vaccin Pfizer, arrivé aux hôpitaux de Paris. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Un matin d'hiver dans une cuisine en Allemagne, un couple de chercheurs est attablé pour le petit-déjeuner. Özlem Türeci et Ugur Sahin, dirigeants de la start-up de biotechnologie BioNTech, tombent d'accord pour "donner le coup d'envoi" des recherches sur un vaccin contre un nouveau virus qui sévit en Chine.

Pas un jour de répit

Ugur Sahin vient de lire une publication scientifique décrivant la propagation fulgurante de ce virus à Wuhan. "Il en a conclu qu'il y avait de fortes chances qu'une pandémie puisse être imminente", raconte Mme Türeci, son épouse. Ensemble, ils aboutiront à l'élaboration du premier vaccin contre le Covid-19 autorisé dans le monde occidental. Une prouesse réalisée en un temps record.

Ugur Sahin et Özlem Tureci lors de leur nomination pour un prix allemand, décembre 2020.
Ugur Sahin et Özlem Tureci lors de leur nomination pour un prix allemand, décembre 2020. © MAXPPP

Le 24 janvier, le couple décide que toutes les ressources de leur PME, allouées jusqu'ici à la recherche sur les immunothérapies contre le cancer, seront désormais consacrées à mettre au point un remède contre cette pneumonie virale d'origine inconnue. L'opération est baptisée "vitesse de la lumière". "Depuis cette date (...), il n'y a pas eu un jour où nous n'avons pas travaillé sur ce projet", affirme Özlem Türeci.

En février, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) désigne pour la première fois le nouveau mal : covid-19.

Les PME sur le pied de guerre

Au printemps, l'épidémie chinoise se transforme en pandémie mondiale. Déjà, le "Mittelstand", ce réseau de petites et moyennes entreprises (PME) qui fait le succès de l'économie allemande, se retrousse les manches pour relever le défi qui s'annonce. Particulièrement à Mayence, ville qui abtrite le siège de BioNTech.

Entre en scène un spécialiste du verre dont le nom est peu connu du grand public : Schott. C'est en fait un acteur majeur de l'industrie pharmaceutique grâce à ses flacons utilisés par millions pour les recherches cliniques sur le virus.

Le vaccin BioNTech/Pfizer nécessite d'être conservé à -70 degrés ? ça tombe bien, le verre très spécifique que travaille Shott peut supporter jusqu'à -80°C. D'ici la fin 2021, l'entreprise compte produire assez de fioles pour deux milliards de doses de vaccin.

Le "super-congélateur", allié indispensable

Alors que la pandémie continue d'enfler, c'est au tour des transporteurs de se mobiliser. A Francfort, plus grande plaque tournante européenne du transport pharmaceutique, le centre pharmaceutique de la compagnie Lufthansa Cargo se prépare à faire transiter des millions de doses de vaccin.

Le site possède 12 000 m2 climatisés réservés à ce type de produits. Les températures nécessaires s'obtiennent dans des containers spéciaux grâce à des blocs de glace carbonique, du CO2 en forme solide à -78,9 degrés.

La société Binder, une autre PME allemande inconnue du grand public, va comme les autres apporter un savoir-faire supplémentaire : elle fabrique des "super-congélateurs" dans lesquels "il fait plus froid que dans l'Arctique", selon les médias allemands. L'entreprise basée à Tuttlingen, une des leaders du marché, a d'abord fourni les laboratoires, puis la logistique et travaille désormais avec les autorités allemandes pour équiper les centres de vaccination.

Les congélateurs Binder peuvent descendre jusqu'à -90°C.
Les congélateurs Binder peuvent descendre jusqu'à -90°C. © THOMAS KIENZLE / AFP

Depuis août, "la demande est telle que nous travaillons 24 heures sur 24, nous recrutons des employés et nous en cherchons", souligne la chargée de communication.

La campagne de vaccination lancée en Europe

Le 18 novembre, à peine dix mois après avoir décidé de se lancer dans l'aventure, BioNTech annonce avec son partenaire américain Pfizer, que son vaccin est sûr et efficace à 95 %. Un niveau similaire à celui de la firme américaine Moderna, son concurrent.

Le 2 décembre, le Royaume-Uni devient le premier pays occidental à octroyer une autorisation d'urgence au vaccin BioNTech/Pfizer.

Solidement encadrés de policiers armés, les premiers camions chargés de doses de vaccin ont finalement quitté le centre de production de Pfizer en Belgique ce mercredi 23 décembre. Le lancement officiel de la campagne est programmé pour dimanche en France. En Centre-Val de Loire, c'est le CHRU de Tours qui assurera la campagne de vaccination à partir de lundi 28 décembre.

 

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