"Qu'ils mettent des bottes !" : le nouveau secrétariat d'Etat à la ruralité, signe fort ou coup de comm ?

La nomination de Joël Giraud comme secrétaire d'État à la ruralité a répondu à une demande de la part de certains élus ruraux, y compris en région Centre-Val de Loire. Mais au-delà de l'effet d'annonce, quelles sont les attentes de ces acteurs locaux ?

Un tracteur épandant des pesticides dans un champ. Photo d'illustration
Un tracteur épandant des pesticides dans un champ. Photo d'illustration © Sebastien Jarry / Maxppp
Ce 26 juillet, le député des Hautes-Alpes Joël Giraud a été nommé secrétaire d'État à la ruralité auprès de la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault. Une annonce qui était attendue de pied ferme par un certain nombre de parlementaires, y compris en Centre-Val de Loire, qui avaient signé une lettre ouverte demandant la création de ce poste.

C'était le cas notamment de Sophie Auconie, députée UDI de l'Indre-et-Loire, ou encore de François Jolivet, député LREM dans l'Indre. "Nous l'attendions", a d'ailleurs réagi ce dernier sur les réseaux sociaux. "Nos terres sont les symboles des traditions mais aussi des terres de solutions. L’avenir du pays ne se fera pas sans nous."
   

Quels moyens pour quels objectifs ?

"Au-delà de la qualité de l'homme se pose la question des moyens qui lui seront donnés", tempère quant à lui André Laignel, maire (PS) d'Issoudun et vice-président de l'Association des maires de France. Si l'élu n'a aucun doute sur les compétences de Joël Giraud, qui fut son collaborateur au Comité des finances locales, il émet néanmoins des doutes sur "l'ampleur des moyens juridiques, techniques, financiers" qui lui seront donnés pour faire face aux crises multiples du monde rural.

En effet, après l'annonce des sites "clés en main" pour dynamiser la ré-industrialisation des territoires excentrés, loin des grandes métropoles, la création de ce secrétariat est avant tout un pas pour résorber le gouffre ouvert depuis la crise des gilets jaunes entre le gouvernement et les territoires. Depuis la crise agricole jusqu'à la désertification médicale en passant par les réseaux de transports, les sujets ne manquent pas.
 
"L'aménagement du territoire, le maintien et surtout la reconquête des services publics" seront des défis majeurs pour le nouveau secrétaire d'État, diagnostique André Laignel. Et cela passe, pour le maire d'Issoudun, par le fait de redonner aux communes les moyens financiers et les compétences politiques de faire face aux besoins de leurs administrés, deux sujets qui sont devenus autant de pierres d'achoppement entre l'État et les élus locaux. "Nous avons vu une nouvelle fois pendant la crise du covid-19 que les maires étaient en première ligne", note l'édile, qui insiste sur la nécessité du "renforcement des libertés locales".
 

A l'épreuve de la crise agricole

En pleine période de moissons, qui s'annoncent d'ailleurs compliquées, cette nomination reste un "signe fort", concède le président de la Chambre régionale d'agriculture, Philippe Noyau. Mais désormais, l'effet d'annonce a laissé la place aux attentes. "On attend du gouvernement qu'il retranscrive réellement les enjeux agricole", poursuit ce dernier. "Qu'il y ait un 'parler vrai' et que les ministres ou les secrétaires d'État mettent des bottes et viennent parler avec les premiers concernés."

Plus que le reste, les agriculteurs attendent une "vision globale" de leurs problématiques, plutôt qu'un gouvernement qui saute de sujet en sujet. Philippe Noyau cite notamment la situation de l'élevage dans l'Indre, où d'un côté les éleveurs sont tentés de jeter l'éponge face à leurs difficultés économiques et à la baisse de la consommation de viande, mais où les logiques de développement durables devraient encourager selon lui le maintien de cette activité, qui entretient les terres et fournit du fumier propre à être utilisé comme engrais naturel. "Nous devons rapprocher à la fois les citoyens et les politiques de ce monde agricole et rural."

 
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