Régionales 2021 en Centre-Val de Loire : l'écologiste Charles Fournier, nouvel homme fort de la majorité de gauche ?

Avec 39,1% des voix, le président sortant PS François Bonneau a largement devancé ses concurrents au second tour des régionales ce 27 juin. Une victoire aidée par les voix des écologistes, dont l'influence devrait se faire sentir au sein de la majorité pour le mandat à venir.
Charles Fournier le 8 janvier 2021.
Charles Fournier le 8 janvier 2021. © Thomas Padilla/MaxPPP

"Le vrai vainqueur de ce soir, c'est Charles Fournier." Voilà la réaction quelque peu désabusée d'Alexandre Avril, maire DVD de Salbris en Loir-et-Cher, sur le plateau de France 3 Centre-Val de Loire après l'annonce de la large victoire de François Bonneau au second tour des régionales en Centre-Val de Loire ce dimanche 27 juin. 

Le président sortant PS a en effet réussi à prendre la tête, durant l'entre-deux-tours, d'un rassemblement de la gauche comprenant le Parti communiste, Europe Ecologie-Les Verts, les Radicaux, la France insoumise... Car Charles Fournier, à la tête d'une liste écologiste ayant emporté près de 11% au premier tour, avait décidé de fusionner ses forces avec celles de François Bonneau. Tout un beau monde décidé à garder la région à gauche, avec le succès que l'on connaît.

La petite voix de l'écologie

Mais alors pourquoi, selon Alexandre Avril, le réel vainqueur de la soirée serait un candidat qui n'était même plus tête de liste régionale au deuxième tour, rangé derrière le patron qu'est François Bonneau ? Pour le maire de Salbris, Charles Fournier "va trouver, là, matière à développer son influence au sein de la majorité plurielle". Alexandre Avril affirme avoir "vu les derniers mois à quel point il avait pris de l’importance dans cette majorité alors qu’il n’avait fait que 6%" des voix en 2015.

Car les écologistes partaient de loin aux précédentes élections régionales. Avec 11,6% au premier tour, Europe Ecologie avait pesé lourd sur l'union de la gauche en 2010, qui avait consacré, déjà, François Bonneau. Mais en 2015, déjà emmenés par Charles Fournier, les écologistes n'avaient emporté que 6,6% des suffrages, réussissant malgré tout à négocier un contrat de majorité intéressant.

Ainsi, sur le mandat 2015-2021, la majorité régionale était composée de 39 conseillers de gauche sur 77. Une majorité toute juste, qui n'en était plus une dès qu'un seul conseiller décidait de dévier de la ligne officielle. Et au sein de cette majorité, 10 conseillers (soit plus du quart) étaient issus de la liste écologiste, et constituaient un groupe à part. 

Vers plus de responsabilités pour les écolos ?

Cette fois-ci, le rapport de force symbolique est différent. Avec ses 10,9% au premier tour, la liste écologiste a très fortement gonflé les rangs de la liste socialiste, passée de 24,8% à 39,2% au deuxième tour. Si on y ajoute la liste "Démocratie EcoLogique" de Jérémy Clément et Christelle de Crémiers, l'écologie a même pesé pour quasi 15% des voix au premier tour. 

Des revendications écologistes que le président Bonneau ne pourra pas ignorer, comme le prophétise Alexandre Avril :

Il va devoir livrer tous les jours pendant sept ans des batailles au sein de sa majorité pour ne pas se laisser dominer par les Verts, par la France insoumise, par le Parti communiste français, avec lesquels ils a dû faire alliance pour maintenir son siège de président et son exécutif.

Alexandre Avril, maire DVD de Salbris (41)

"On pèse."

Car Charles Fournier espère pouvoir négocier un meilleur contrat de majorité cette fois-ci pour les 12 conseillers régionaux issus de sa liste. Dans un communiqué au lendemain du premier tour, le candidat EELV et François Bonneau indiquaient inclure au programme de la liste commune des dispositions chères aux écologistes, comme "l'attention portée aux conséquences environnementales [...] des interventions économiques de la Région".

Comprendre en filigrane que Charles Fournier va réclamer l'introduction de critères environnementaux dans l'attribution d'aides aux entreprises, qui ne sont "pas simplement le bâton pour battre mais un outil pour inciter, pour accompagner". "Ce travail va être engagé", promet-il, optimiste, notant que "François Bonneau a mis plus d'écologie dans son programme qu'en 2015". Preuve pour lui que sa "ligne progresse". Pour résumer : "On pèse."

Ce fameux contrat de majorité, qui dépassera la profession de foi, sera négocié cette semaine. Charles Fournier espère pouvoir y inclure une trentaine de propositions sur les 100 issues du programme de sa liste. Ce qui ne l'empêchera pas, une fois les nouveaux élus institués ce vendredi 2 juillet, de former un nouveau groupe à part, "autonome et libre dans son vote". 

Echange de bons procédés

Au sein de l'exécutif sortant, les écolos avaient dû se contenter des miettes : trois postes de vice-présidents sur 13, dont les portefeuilles du Tourisme, de l'Alimentation, de la Démocratie ou encore de l'inévitable Transition écologique. ""Les questions d’agriculture, de l'économie, de transports, d’aménagement du territoire jusqu’à présent ne nous ont pas été confiées, alors que nous avons des capacités sur les compétences régaliennes", note le conseiller régional écologiste fraîchement réélu.

Pour lui, "un bon signal" de la part de François Bonneau serait de partager un petit peu plus les importantes responsabilités avec les Verts. Un partage des tâches qu'il souhaite accompagner d'un "meilleur travail inter-groupes". "Je serai l'artisan du dialogue, tout comme nous pourrons être les artisans du blocage si nous estimons que les choses ne vont pas dans le bon sens", menace-t-il, en écho à des cas déjà vus de vote "non" de la part du groupe écolo pendant la mandature de 2015-2021. 

Mais il se veut rassurant : "Si on vote contre, c'est qu'on a pas réussi à négocier en amont. On va tout faire pour que nous soyons d'accord avec les dossiers quand ils arrivent au vote." Un moyen, aussi, de rassurer les craintes d'immobilisme, notamment exprimées par la députée LREM Caroline Janvier sur le plateau de France 3 hier soir. 

Bien sûr, Charles Fournier le sait, le futur groupe écologiste renouvelé devra lâcher du lest sur certains sujets, contrat de majorité oblige. Mais le vice-président sortant promet des "discussions intenses avec l'équipe de François Bonneau", notamment sur l'agriculture, les aéroports et la transformation écologique de l'économie. "Je travaille avec tous et toutes", a de son côté déclaré le président reconduit sur le plateau de France 3 ce soir. "On ne trouvera des solutions aux défis environnementaux que si on se rassemble."

 

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