Sécheresse : la guerre de l'eau est lancée sur le bassin de la Loire

Plusieurs fédérations régionales de la FNSEA ont décidé de déposer un recours contentieux devant le tribunal administratif d'Orléans avant le 2 octobre 2022. Ils contestent le nouveau schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) du bassin Loire-Bretagne.

Ils étaient une trentaine devant le tribunal administratif d’Orléans, ce lundi 26 septembre. Les agriculteurs de la FNSEA contestent le schéma directeur de l’eau (Sdage). Il s’agit d’un document établi tous les six ans dans douze zones en France. L'objectif de ce schéma de gestion : atteindre 61 % des rivières et des plans d'eau en bon état en 2027.

Pour cela, le Sdage impose aux agriculteurs du bassin Loire-Bretagne de réduire leur consommation d’eau. La profession pointe du doigt cette situation, qu’elle considère catastrophique, à l'image de Jean-Louis Lefaucheux, secrétaire général du syndicat agricole FNSEA 45.

Demain, ce qui sera en cause, c’est la souveraineté alimentaire du pays. On l’a vu avec ce qu’il ce passe en Ukraine. Aujourd’hui on a peur de manquer et c’est une peur qui est justifiée.

Jean-Louis Lefaucheux, secrétaire général de la FNSEA 45

Il ajoute que "la production française se fait sur moins de 400 000 exploitations, c’est très peu. Si les agricultures sont découragés par l’acte de production, il ne se passera plus rien."  

 La méthode du stockage

Alors les agriculteurs de la FNSEA proposent une solution à l’État et au bassin Loire-Bretagne, à l’origine du Sdage.

"On ne veut pas utiliser l’eau de manière outrancière et irresponsable, on est bien conscient des enjeux climatiques. Nous sommes les premiers à les vivre au quotidien sur nos exploitations. Après, on a besoin de cette ressource, alors ce que demande la profession, c’est la création du stockage", exprime Thierry Coué, coordinateur sur l’ensemble du bassin Loire-Bretagne. Il s’agit de récupérer l’eau de pluie.

En France, seuls 10% de l’eau de pluie est stockée, contre 40% à 50% en Espagne.

 "Ces bassines de récupération d’eaux risquent de poser un soucis"

Ce système particulièrement utilisé dans la péninsule ibérique n’est pas forcément la solution miracle.  Pour le président du bassin Loire-Bretagne, Thierry Burlot : "On nous dit souvent de regarder ce qu’il se passe en Espagne, ils ont stocké de l’eau, tout va bien dans le meilleur des mondes. Sauf que cet été, il y a des agriculteurs espagnols qui n’ont pas pu remplir leurs cuves."

D’autant plus que ce dernier explique que "les bassines de récupération d’eaux risquent de poser un souci, si on les autorise. Certains estiment qu’on a poussé le système d’irrigation assez loin dans un certain nombre de territoire, donc on ne veut pas de conflit."

Du côté des associations écologistes et de la Confédération paysanne, on s'inquiète aussi devant ces projets de bassines. L'eau récoltée dans les réservoirs, plutôt que de s'infiltrer dans le sol, stagne et s'évapore : pour Christian Amblard, spécialiste de l'eau et des systèmes hydrobiologiques interviewé par Franceinfo, "entre 20% et 60%" de l'eau récoltée en bassine est perdue.

À ce jour, aucun terrain d'entente n'a été trouvé entre les deux parties. Les agriculteurs du bassin Loire-Bretagne annoncent une action en justice dans les jours qui viennent.