Série urgence climatique : comment la région Centre-Val de Loire a changé de visage en soixante ans

Selon le dernier rapport du GIEC, publié le 9 août, certaines conséquences de la crise climatiques sont désormais irréversibles pour des millénaires, tandis que peu d'espoir demeure pour limiter la hausse de la température à 1,5°C. Certaines sont même déjà observables en Centre-Val de Loire.

Le rapport 2021 du GIEC est tombé ce lundi 9 août, et avec lui les dernières illusions optimistes sur le réchauffement climatique. Certaines conséquences du réchauffement de la planète, notamment la fonte des glaces et la hausse du niveau de la mer, sont désormais "irréversibles pour des siècles ou des millénaires" selon le Groupe d'expert internationaux sur le climat de l'ONU.

Hausse des températures, fonte glaciaire, montée des eaux, gaz à effets de serre : la totalité des chiffres et données récoltées sont inquiétants. Et ce constat n'est guère contredit par les événements climatiques extrêmes de cette année 2021, depuis les fortes inondations qui ont fait 169 morts en Allemagne en juillet jusqu'à première famine due au réchauffement climatique en cours à Madagascar, en passant par les incendies qui ont ravagé tour à tour Chypre, la Californie, la Grèce et la Sibérie. Dernier clou dans le cercueil, les premiers signes de faiblesse du Gulfstream, le courant atlantique qui joue en gros le rôle de thermostat mondial, pourrait rendre ce changement climatique irréversible beaucoup plus tôt que prévu.

La région Centre-Val de Loire à l'abri ?

Cependant, même si ce réchauffement d'origine humaine est global, il ne touche pas tout le monde de la même façon. La famine à Madagascar, induite par la pire sécheresse depuis 40 ans, semble loin des immenses champs de la plaine beauceronne. La montée du niveau de la mer ne semble pas devoir inquiéter grand-monde dans une région dépourvue d'accès maritime, et deux ou trois petits degrés ne semblent pas dramatiques après un mois d'août flirtant paresseusement avec les 30 degrés, bien loins des records absolus battus à la même période l'année précédente.

Pourtant, ici aussi, le climat a changé en moins d'un siècle. "Les températures augmentent nettement depuis les années 80", observe Alain Lambert, ingénieur prévisionniste à Météo-France à Bourges. S'il y a toujours des années plus chaudes ou plus froides que d'autres, la tendance est clairement à la hausse dans les différentes stations de mesures à Chartres, Orléans, Romorantin ou encore Châteauroux.

Un bond vers l'inconnu

De façon générale, la France "se dirige vers ce qu’on appellerait un climat 'méditerrannéen' au niveau des températures moyenne" poursuit le spécialiste, "mais en ce qui concerne le climat en général, on va droit vers l'inconnu". De fait, les scientifiques manquent d'outils pour savoir exactement les conséquences locales d'un réchauffement climatique mondial à 2, 3 voire 4°C. Une de leur principale craintes, c'est bien sûr de voir se multiplier les phénomènes dits "extrêmes" : sécheresse, canicules, indonations, tornades ou même épisodes de froid anormal. "Un scénario optimiste avec une stabilisation à 1,5°C ou 2°C serait largement acceptable, mais au-delà on va au devant de gros problèmes", note André Lambert. "Ce qui est sûr, c'est que ça ne ressemblera à rien de ce qu'on connaît, c'est un saut vers l'inconnu."

Ce saut de l'inconnu, des scientifiques tentent déjà de l'anticiper. En février 2020, l'Agence européenne de l'environnement avait diffusé le résultat de projections climatiques pour la fin du siècle. De nombreuses régions d'Europe devraient être confrontées à un accroissement des risques climatiques, et le Centre-Val de Loire fait partie des plus exposées en ce qui concerne les risques d'inondation, de sécheresse et de feux de forêt.

Selon la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) du Centre-Val de Loire, des conséquences liées au climat sont déjà observables : la région compte "deux fois plus de surface forestière vulnérable aux incendies depuis les années 1980", tandis que ces forêts sont également plus vulnérable face à la progression d'insectes comme les termites (dont l'aire de colonisation devrait augmenter de 3,5 fois avec un réchauffement de 2°C) et la chenille processionnaire du pin (qui colonise 95% du territoire, en forte augmentation depuis les années 2000).

Les sécheresses vont aussi devenir plus longues et plus intenses. D’ici 2070, on comptera de "-10 à -40 % du débit moyen annuel des cours d’eau" et de "-25 à -30 % de la recharge des nappes souterraines". Enfin, en 1970, on comptait une dizaine de jours anormalement chauds en été et au printemps, une tendance en nette baisse par rapport à la décennie précédente. En 2010, on atteignait déjà un record absolu avec une trentaine de jours anormalement chauds, et ce chiffre devait augmenter jusqu'à atteindre 50 en 2040 et 60 en 2080. D'ici à 2100, nos descendants vivront "2 fois plus de jours anormalement chauds au printemps et en été".

 

Des conséquences à prévoir sur l'agriculture et la biodiversité

Première région agricole de France, la région Centre-Val de Loire risque de vivre le gros du changement climatique à travers ses agriculteurs. "En terme d’impact, les sécheresses seront plus sévères", note André Lambert. "Il existe plusieurs scénarios, mais il est probable qu’on verra plus de canicule, des sécheresses plus longues", poursuit-il, notant toute fois qu'il n'y a pas encore de "signal clair" sur une augmentation du nombre de tempêtes, comme celle qui a décapité l'église de Saint-Nicolas de Bourgueuil au mois de juin.

Et au-delà même des champs et des vignes, "il y a un risque sur la capacité de la biodiversité à résister à un changement aussi brutal. Il y a déjà eu des changements climatiques, mais à un rythme suffisamment lent pour permettre à la biodiversité de s’adapter ou de migrer". A terme, les populations humaines seront également touchées. Selon le rapport du GIEC publié le 9 août, salué comme le robuste scientifiquement jamais produit par le groupe d'experts, le seuil limite de 1,5°C de hausse dans le monde pourrait être atteint dès 2035, bien plus tôt que prévu, et nous entraîner sur le chemin d'une hausse bien plus importante d'ici 2050.

Face à la nécessité d'un changement radical dans nos manières de produire, de consommer et de vivre, les Nations Unies préparent pour le 1er novembre prochain la COP 26 de Glasgow. Son président, le parlementaire conservateur britannique Alok Sharma, a décrit le rapport du GIEC comme "l'avertissement le plus sévère jamais lancé" à l'humanité. "Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre deux ans, cinq ans, dix ans", a-t-il poursuivi, estimant qu'il est encore temps, mais "nous nous rapprochons dangereusement du moment" où ce sera trop tard. Selon son président, un échec de la COP26 serait "catastrophique, il n'y a pas d'autre mot".

 

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