Grogne de la police : à Tours et Orléans, "on est sous le seuil de pauvreté en terme d'effectifs"

A Tours comme à Orléans, les syndicats de police réclament des effectifs supplémentaires dans un seul but : pouvoir de nouveau privilégier le terrain. 

Des policiers patrouillent en centre-ville - Photo d'illustration
Des policiers patrouillent en centre-ville - Photo d'illustration © MAXPPP
Nouvelle grogne chez les policiers : la tension est remontée d'un cran après l'attaque d'un commissariat de Champigny-sur-Marne (région parisienne) par une quarantaine de personnes, qui ont visé les locaux avec des mortiers d'artifice. Des rassemblements ont eu lieu à travers toute la France pour dénoncer l'insécurité ressentie par les policiers dans l'exercice de leurs fonctions, comme à Tours, où 80 agents se sont rassemblés devant le commissariat. Face à la colère et à l'inquiétude des forces de l'ordre, le Premier ministre Jean Castex a annoncé plusieurs milliers de recrutements sous 2 ans. 


"En termes d'effectif, on est loin sous le seuil de pauvreté"


A Tours comme à Orléans, les représentants de la CFDT ont accueilli la promesse plutôt fraîchement. "Il y a déjà depuis deux ou trois ans des recrutements plus importants, mais qui ne prennent pas en compte les départs en retraite. On arrive tout juste à les combler. Et ça permet également de nourrir le renseignement territorial ou la police judiciaire, mais la police de terrain, elle, est toujours en plein déficit" contextualise Bruno Berger, représentant CFDT à Orléans. 

Pour lui, il y a bien peu de chances que certains des 10 000 postes promis atterrissent chez nous. "En région Centre, en termes d'effectif, on est loin sous le seuil de pauvreté, si je puis dire, illustre le syndicaliste. Donc, nous, on n'y croit pas." Son homologue à la CFDT de Tours, Julien Berthault, abonde. "Ils promettent systématiquement de faire du recrutement quand il y a de la grogne dans les commissariats, et on n'en voit pas toujours l'arrivée, en tout cas pas vite. Et puis, on a les délais de formation derrière !" 
 

A Tours, on avait promis au commissariat des hommes expérimentés dans le cadre de la création de la Police de Sécurité du Quotidien. Cette promesse s'est téléscopée avec une autre et, au lieu des 30 agents promis, Tours en a récupéré 15. Les départs à la retraite ont ensuite complètement absorbé ces arrivées, laissant le commissariat de Tours avec un solde négatif. 
 

Effectifs et image de la police : deux enjeux très liés


Travailler sur le problème d'image de la police, pour lui, ne peut rien changer à ces affrontements comme dans le cas de Champigny. "On n'est plus dans le rapport police-citoyen, on est dans la confrontation de la police avec des voyous, estime-t-il. Je ne parle pas de la population générale mais pour ces gens-là, l'image de la police ne va pas changer." 

Là, les deux confrères se rejoignent : pour remédier à la montée des agressions et incivilités envers la police, la valeur de l'exemple n'a pas son pareil. Mais sanctionner impliquerait d'irriguer davantage notre système judiciaire. Même si, à Tours, le procureur Grégoire Dulin est connu pour son efficacité, les moyens ne sont pas là dans les tribunaux non plus.  "On le voit régulièrement, on a de plus en plus de collègues qui se sentent en insécurité quand ils interviennent. Avec le peu d'effectifs qu'on a, quand on est sur le terrain et qu'on appelle du renfort, parfois on trouve le temps très long. Que ce soit dans un quartier ou ailleurs, un différend peut arriver n'importe où" rappelle l'agent, qui estime que les forces de terrain ont "été déshabillées pour habiller d'autres services".

Pourtant, les hommes et femmes de terrain sont un pilier de la relation avec le public. "Il faudrait changer les missions. Ce qu'on demande, c'est être réellement sur le terrain, dans notre rôle de service public, s'agace Bruno Berger. Assurer la sécurité des citoyens, c'est ça notre coeur de métier. Pas réaliser des tâches indues - comme les gardes à l'hôpital ou le raccompagnement des mineurs isolés - ou faire de la politique du chiffre. Bien entendu, le rapport avec les citoyens sera bien meilleur si on peut répondre plus souvent à Police Secours ! On a des gens qui nous appellent, et ils ne reçoivent pas d'équipage, parce qu'il n'y en a pas. Alors forcément..."  
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