Champagne, roquefort, porcelaine de Limoges : quand les taxes Trump s'attaquent à l'excellence à la française

Le champagne, l'un des produits emblématiques qui risque d'âtre taxé à 100% aux Etats-Unis / © Image par jacqueline macou de Pixabay
Le champagne, l'un des produits emblématiques qui risque d'âtre taxé à 100% aux Etats-Unis / © Image par jacqueline macou de Pixabay

100% de taxe supplémentaire sur une liste de produits d'importation français. En début de semaine, l'annonce de Donald Trump a retenti comme un coup de tonnerre. Fromages, champagne, cosmétiques ou sacs à main, c'est l'excellence à la française qui est visée.

Par Sophie Granel

Oeil pour oeil, dent pour dent. En réponse à la taxe sur les géants du numérique votée en juillet dernier par la France, les Etats-Unis annoncent une nouvelle taxation des exportations françaises. Au total, 2 milliards 400 millions de dollars de produits made in France pourraient voir leurs droits douaniers doubler à partir du 14 janvier prochain. La liste publiée par le bureau du représentant américain au Commerce comprend 63 références parmi lesquelles des produits emblématiques.
  • Le monde du champagne en pleine effervescence

Déjà surtaxés en octobre dernier en raison d'un litige sur les aides accordées par la France à Airbus, les vins français échappent à la nouvelle taxation annoncée par Donald Trump. Les vins pétillants en revanche figurent sur "liste noire" de l'USTR. Crémants, clairette et champagne sont donc directement visés. Après les craintes liées au Brexit (le Royaume-Uni est le premier pays importateur de champagne), c'est un nouveau coup dur pour les producteurs champenois. En 2018 selon l'Union des Maisons de Champagne , les marques françaises ont exporté  23,71 millions de bouteilles vers les Etats-Unis. Une bouteille qui pourrait prochainement passer de 50 à 100 dollars pour le consommateur américain. Difficile à avaler pour Frédéric Savart, producteur à Ecueil dans la Marne interviewé par France 3 Champagne-Ardenne.
Frédéric Savart, producteur de champagne
  • Peur bleue au pays du Roquefort

S'il y a bien un secteur où l'on sait ce qu'une surtaxation peut entraîner, c'est celui de la production de roquefort. Après une première surtaxe en 1999 (+ 100%) et la menace d'une augmentation record en 2009 (300% finalement abandonnée), le célèbre fromage à pâte persillée n'est pas sorti indemne des crises successives. De plus de 469 tonnes avant la taxation, les exportations vers les Etats-Unis sont aujourd'hui d'environ 300 tonnes. Une perte qui pourrait s'accentuer si Donald Trump mettait ses menaces à exécution. Pour Delphine Carles, PDG de Roquefort Carles, le fait que le roquefort soit à nouveau pris pour cible n'est pas un hasard, c'est "la rançon du succès" (Interview France 3 Midi-Pyrénées).
Delphine Carles, Roquefort Carles
  • De la casse chez les porcelainiers

C'est l'un des fleurons de l'art de vivre à la française. La porcelaine de Limoges est elle aussi dans le collimateur des autorités américaines ainsi que le rappellent nos confrères de France 3 Limousin dans un article partagé sur Facebook.
 

Déjà fragilisé par la concurrence asiatique, le secteur craint la casse. Il faut dire que pour les porcelainiers, les exportations vers les USA représentent 30 à 60% du chiffre d'affaire soit environ 2 milliards d'euros annuels. C'est dire si la menace de surtaxe a de quoi inquiéter les professionnels.
Alain Mouly, Union des fabricants de porcelaine
Champagne, fromage, porcelaine... ce ne sont là que quelques unes des productions françaises menacées par l'augementation des droits de douanes. Les cosmétiques, les produits laitiers, la maroquinerie font aussi partie des secteurs visés. Une lueur d'espoir cependant dans cet océan de mauvaises nouvelles : ces mesures pourraient n'être que temporaires si les Etats-Unis et l'Europe trouvaient un accord sur les GAFA (voir encadré) dans le cadre de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Reste à croiser les doigts.

 

GAFA, NATU, BATX...quèsaco ?

Ces derniers temps, vous avez beaucoup entendu parler des GAFA, parfois des NATU et plus rarement, des BATX. Derrière ces acronymes se cachent les noms de grandes entreprises qui excercent, chacune dans son domaine, une concurrence acharnée et souvent décriée. 

GAFA : Google Apple Facebook Amazon, auxquelles on adjoint parfois le M de Microsoft (GAFAM)
NATU : Netflix Airbnb Tesla Uber
BATX, la version chinoise des GAFA : Baidu (l'Amazon chinois), Ali Baba (site de services et de messagerie), Tencent (internet et mobiles) et Xiaomi (électronique et téléphonie mobile)

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