Coronavirus : le Covid-19 peut-il rester actif dans la mer ?

© ThalassaOff - Flickr
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C'est la question que tout le monde se pose avant l'été : va-t-on pouvoir nager en toute quiétude ? Une scientifique de l'Ifremer travaille actuellement sur sa possible dangerosité en mer dans un contexte inédit. 

Par Sophie Morand / La rédaction Thalassa

Thalassa
L'Ifremer, institut français de recherche pour l'exploitation de la mer
Le laboratoire Ifremer de Nantes vient de communiquer les premiers résultats sur les échantillons d'eau de mer et de coquillages situés près de stations d'épuration du littoral français.
À ce stade de recherche, aucune trace de Sars-cov-2 n a été trouvé dans le milieu marin. 
Nous avions interrogé le 24 avril dernier la Scientifique Soizick le Guyader.

À Nantes, ses équipes cherchent à en savoir plus sur le comportement du virus SARS-CoV-2 et notamment sur sa persistance dans l’eau de mer.
Si des traces du virus ont déjà été détectées dans les eaux usées de la ville de Paris, le laboratoire Ifremer de Nantes investigue lui sur les eaux usées susceptibles d’être rejetées proches du littoral. Des tests sont aussi prévus sur des coquillages qui sont de meilleurs indicateurs.
La scientifique insiste sur le fait que le risque est « réduit » lorsque le virus se dissémine via les eaux usées dans la mer mais pour l’instant, aucune preuve scientifique n’existe. C’est la raison pour laquelle l’Ifremer enquête sur sa possible dangerosité en mer.

Les équipes scientifiques se demandent s’ils vont observer des virus entiers ou seulement des fragments. En fonction de ces premiers résultats, connus d’ici 15 jours, ils pourront ensuite étudier sa durée de vie dans l’eau de mer. Et pour l’instant, c’est une énigme. La scientifique explique aussi que le risque de contamination à l’air libre est le même pendant les baignades que dans la vie quotidienne. Cet été, il faudra respecter les règles de distanciation sur les plages tout comme dans un supermarché, ou dans un parc…

Quelle que soit la situation que l’on soit à l’air libre, dans un supermarché ou dans l’eau de mer, si on est trop près d’une personne qui postillonne il y a un risque d’être contaminé.

Entretien avec Soizick Le Guyader, virologiste et responsable du laboratoire Santé Environnement et Microbiologie de l’Ifremer à Nantes

Soizick Le Guyarder, virologiste à l’Ifremer de Nantes. / © Ifremer/M.Gouillou 2008
Soizick Le Guyarder, virologiste à l’Ifremer de Nantes. / © Ifremer/M.Gouillou 2008

Que sait-on du comportement de ce virus SARS-CoV-2 dans l’eau de mer en sachant que l’on a déjà trouvé des traces de ce virus dans les eaux usées de Paris ?
Soizick Le Guyader : Je pourrais répondre très simplement : à priori là-dessus on ne sait rien. Il y a très peu, voire aucun travail publié sur la persistance de ce virus dans l’eau de mer. La publication des collègues de Paris est effectivement informative, ils en ont trouvé dans des rejets d’eaux usées et il persisterait quelques particules après traitement. Ensuite il y a encore un long chemin entre les stations d’épuration et la mer. C’est aussi des éléments qu’il convient de prendre en compte puisque nos zones littorales sont quand même bien protégées et en général les rejets ne vont pas se faire directement dans des sites d’intérêt public je dirais soit pour la baignade ou pour la population.

Donc si potentiellement les eaux usées vont à un moment donné dans la mer, on a quand même peu de chance d’en retrouver dans l’eau de mer, c’est bien ça ?
Soizick Le Guyader : Les rejets vont être fortement dilués, surtout dans des régions qui ont des phénomènes de marée. Ce qu’il faut aussi considérer, c’est que le SARS-CoV-2 responsable de la pandémie qui nous attaque actuellement est un virus enveloppé et à la différence de ce que l’on pourrait penser, c’est un élément de fragilité. En général ces virus dits enveloppés ne présentent pas une forte persistance et ne restent pas  infectieux dans l’environnement. C’est vrai, on peut détecter leur génome mais détecter un génome ne veut pas dire que le virus est dangereux pour l’homme.
Estran du Cotentin / © Ifremer / O. Dugornay. 2014
Estran du Cotentin / © Ifremer / O. Dugornay. 2014
Est-ce que l’on sait  combien de temps il reste vivant dans l’eau ce virus ?
S.L.G : Non à priori, on ne sait pas, moi à ma connaissance je n’ai vu encore aucune publication passée sur ce sujet.

Donc on ne sait pas s’il reste actif 1 h, ½ h, 5 mn on n’a pas d’éléments ?
S.L.G : Non, on n’a pas d’éléments et vous savez on a beaucoup d’autres facteurs qu’il faut prendre en compte comme la température de l’eau, la flore présente, la salinité et donc il y a énormément de paramètres qui peuvent jouer sur la persistance d’un micro-organisme pathogène d’origine humaine. Ce sont des notions qui sont difficiles à obtenir.

Je vous pose la question que tous les Français doivent se poser : « Est-ce que cet été je vais prendre des risques à nager près d’une personne par exemple qui est porteuse du virus… Le fait de nager dans l’eau, de se baigner si jamais concrètement une personne crache ou souffle dans l’eau de mer, qu’est ce qui peut se passer ? Que pouvez-vous me dire en tant que scientifique ?
S.L.G : Déjà, cet été, où en serons-nous de cette épidémie dans la population ? On entend des nouvelles informations tous les jours à la radio. Visiblement le nombre de cas commence à diminuer, on se dirige vers le déconfinement. Qu’est que cela va induire au niveau de la circulation de ce virus dans la population ? Là-dessus encore, il y a énormément d’incertitudes. Donc par rapport à votre question, il y a 2 éléments qui mériteraient une réponse. D’une part, il y a sa persistance dans l’eau de mer et là on n’y connaît rien. En revanche, si une personne tousse ou expire fortement et si vous êtes proche de lui, cela va se passer comme à l’heure actuelle, c’est-à-dire qu’il faudra respecter des règles de distanciations pour éviter d’être trop proche d’une personne qui est éventuellement contaminée. D'autre part, par rapport à la contamination et à la présence du virus dans l’eau c’est une question trop précoce pour y répondre. Il va falloir attendre de voir l’évolution de cette épidémie.
Ces virus humains ne se retrouvent dans l’environnement (comme l’eau de mer) que s’il y a du virus qui circule dans la population. Si l’épidémie diminue, il y aura moins de virus rejeté et donc il y aura moins de probabilités de se contaminer via l’environnement.
Les premiers tests sur les coquillages / © Ifremer
Les premiers tests sur les coquillages / © Ifremer
Donc si je me baigne près d’une personne qui est porteuse du virus à 50 cm et que cette personne crache ou souffle dans l’eau je peux très bien comme à l’air libre attraper le virus ? C’est bien cela ?
S.L.G : On pourra le supposer et d’ici cet été il y aura des règles établies. Il faudra voir avec les Agences Régionales de Santé sur les conditions dans lesquelles il faudra fréquenter nos plages cet été. En tant que scientifique on peut se dire que quelle que soit la situation que l’on soit à l’air libre ou dans un supermarché ou dans de l’eau de mer si on est trop près d’une personne qui postillonne puisque c’est un peu ça le problème on peut avoir des particules de virus qui passent d’une personne à une autre et ça c’est important.

Est-ce que l’on peut retrouver des traces de ce virus dans les coquillages ?
S.L.G : Un peu comme dans la persistance du virus dans l’eau de mer dans les coquillages nous n’avons aucune donnée. Donc l’Ifremer a mis en place une stratégie d’échantillonnage. Pour maximiser les chances de trouver ce virus nous avons sélectionné des sites dans des zones fortement contaminées donc absolument pas sur des sites de production ostréicoles. On a pris des zones d’étude Ifremer où l’on sait qu’il y a du virus qui peut arriver via des émissaires d’eau usée. Nous sommes en train de faire des échantillonnages dont nous allons commencer les analyses sous peu.

Que cherchez-vous justement à savoir avec ces premiers tests ?
S.L.G : On va détecter le génome  du virus donc c’est juste une éventuelle présence physique de particules qui seront vraisemblablement dégradées, abîmées mais déjà voir si ce virus a pu être transporté par des rejets humains via les stations d’épuration jusqu’aux coquillages. Et ce sera une première hypothèse. Si jamais nous détections du génome de ce virus un peu comme ce qui a été fait dans les eaux usées, il conviendra d’aller voir plus loin les capacités de persistance de ce virus.

Pouvez-vous nous éclairer sur les différents virus que l’on peut retrouver dans l’environnement...Coronavirus ? Herpès Virus ? Norovirus ?
S.L.G : L’herpès Virus est un virus qui infecte le coquillage donc c’est une souche qui est vraiment spécifique aux mollusques. Il induit des mortalités importantes en fonction de l’âge de l’huître donc c’est un virus propre aux coquillages qui provoque des pertes économiques pour le producteur mais qui n’affecte absolument pas la santé humaine. Il y a eu des épidémies de Norovirus l’hiver dernier, suite à la consommation d’huîtres… Ce sont des virus entériques humains donc là, on bascule dans la santé humaine ; mais ce sont des virus très différents du Coronavirus, au SARSCOV-2.

Les norovirus sont les virus des gastroentériques donc avec une symptomatologie digestive alors que le SARS-CoV-2 est un virus à symptomatologie respiratoire donc avec une infection dans les voies aériennes... Les Norovirus sont des petits virus « nus » (car sans enveloppe) qui pourront mieux persister pendant plusieurs semaines dans les eaux usées et dans les coquillages. Les norovirus étant des virus de gastroentériques ils sont rejetés dans des concentrations très importantes dans les selles humaines chose qui ne sembla pas être le cas pour le SARS-CoV-2. Elément très important à considérer dans la contamination de l’environnement.

Existe-t-il des degrés de dangerosité entre le Norovirus et le Coronavirus, est-ce que le risque est le même pour la santé de l’homme ?
S.L.G : Ces deux virus sont donc très différents. Le Nonovirus va résister très longtemps dans l’environnement étant un virus « nu » mais il va induire une pathologie minime chez le consommateur et il est à contamination orale donc on peut se contaminer en consommant des aliments comme des huitres contaminées. Le SARS-CoV-2 est un virus à transmission respiratoire beaucoup plus fragile, donc il va être dégradé, inactivé plus rapidement certainement que les Norovirus et à priori quand il est rejeté dans les eaux usées. Il sera donc dans des concentrations plus faibles et la probabilité de le détecter dans l’environnement sera certainement plus faible que pour les autres virus entériques. Mais en revanche on le voit avec la pandémie actuelle, c’est un virus beaucoup plus dangereux pour la santé de l’homme.

Les premiers résultats de l'Ifremer révèlent que les échantillons d'eau de mer potentiellement soumise à des rejets humains ne présentent aucune trace de Sars-cov-2. Sur la question de sa persistance dans l’eau de mer , il semblerait que la salinité détériore le virus.
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