Chômage: “aujourd'hui, on ne peut plus vraiment trouver de travail en Corse”

Le chômage a progressé de 12,1% en Corse. / © FTVIASTELLA
Le chômage a progressé de 12,1% en Corse. / © FTVIASTELLA

Pourquoi les chiffres du chômage sont-ils si mauvais en Corse? Avec une progression de 12,1% en un an, l'île fait plus de deux fois pire que le reste de la France. En cause, des changements majeurs sur le marché du travail, désormais soumis à une concurrence internationale.

Par Rémi Clément

402 nouvelles personnes se sont inscrites à Pôle emploi en Corse, au mois de juin. Un chiffre qui porte le nombre total de chômeurs sur l’île à 20 415 personnes. Un record. En un an, le chômage aura progressé de 12,1% en Corse. Une hausse plus de deux fois plus importante que la moyenne nationale estimée à 5,1%. Pour comprendre les raisons de ce décrochage, France 3 Corse Via Stella s'est rendu à la rencontre de trois personnes, toutes confrontées au tassement du marché du travail.

Au pôle emploi d’Ajaccio, Joëlle Garcia-Luciani, ancienne cadre au chômage depuis un an et demi est venue s’inscrire pour une formation en anglais touristique. Sans illusion. "Je pense qu’aujourd’hui, de toute façon, on ne peut que bricoler. Plus vraiment trouver du travail."
"Aujourd'hui on ne peut plus trouver de travail"

Depuis 2009, la courbe du chômage n’a cessé de progresser en Corse. Une hausse continue, sans répit, que même la saison touristique n’a pas réussi à endiguer. Pire, cet été, pour la première fois, les contrats les plus courts sont aussi en recul, enregistrant une chute de 17%.

De nouvelles politiques de recrutement


Si l’effondrement du nombre d’offres d’emploi a de nombreuses explications, Michel Castelli, directeur adjoint régional de Pôle Emploi pointe du doigt du doigt le changement de politique de recrutement opéré par les entreprises de l'île. Celles-ci n’hésiteraient plus à faire appel à une main d’œuvre extérieure, moins chère. Surtout quand, comme le pense Michel Castelli, celle-ci leur est directement proposée par de grands groupes d'Europe de l'est.

"On a des entreprises, dans certains pays d’Europe centrale avec une politique commerciale assez agressive, qui viennent prospecter les entreprises corses, proposer de la main d’œuvre… Cela se fait au détriment d’entreprise ou de main d’œuvre locale."
"Des politiques commerciales agressives"

Une référence à peine déguisée aux travailleurs détachés, ces employés qui, issus d'un autre pays européen, travaillent en Corse mais dont les charges sociales sont réglées, par leur employeur, à leur pays d'origine. Un contournement qui permet aux entreprises d'embaucher des travailleurs à moindre coût dans un pays où les charges sont élevées comme la France. On recense environ 3 000 emplois détachés sur l'île, auxquels s'ajoute l'intérim international, qui permet à une personne d'origine étrangère de s'inscrire à Pôle Emploi entre deux contrats. C’est le cas de Paulo Martins recruté au Portugal par une société marseillaise pour une entreprise ajaccienne.

Cela "me permet de rester en Corse."


"C’est une société qui trouve du travail à des personnes au Portugal ou en France, et on arrive. C’est un renouvellement de contrat. Je travaille ici en Corse pour une entreprise locale, et j’ai du boulot pour 3 ans. Ce qui me permet de rester en Corse."
"On nous trouve du travail et on arrive"


Aux causes conjoncturelles de la hausse du chômage: mauvaise saison, intempéries, grève de la SNCM... semblent donc s'ajouter l'influence des bouleversements structurels d'un marché du travail de plus en plus internationalisé.

Images: Florence Antomarchi et Guillaume Marque

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