L’ACA engage un match politique

Illustration / L'heure n'est plus vraiment aux effusions de joie dans le camp acéiste. Le coronavirus a considérablement obéré les chances du club, mais ce dernier y croit encore. / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP
Illustration / L'heure n'est plus vraiment aux effusions de joie dans le camp acéiste. Le coronavirus a considérablement obéré les chances du club, mais ce dernier y croit encore. / © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

A 2 points du 1er Lorient, à une petite unité de Lens, l’ACA est d’ores et déjà empêché de jouer ses chances de montée directe en Ligue 1. Et la crise sanitaire, conjuguée aux considérations politiques, pourrait lui interdire les barrages…
Entretien avec le président Leca.

Par Laurent Vincensini (édité par Sébastien Bonifay)

Alors même qu’il restait 30 points à prendre, que vous étiez tout proche de Lorient et Lens, cet arrêt de la saison pour les raisons sanitaires que l’on sait, est-il accepté en interne ? L'ACA se plie-t-il à l’"intérêt général" brandi par le gouvernement ?
Christian Leca : Malheureusement oui, on ne peut pas aller contre les directives gouvernementales. On subit les événements. Et puis, Il y a des tas de gens malades, d’autres morts, des familles entières frappées par ce fléau… On ne peut pas seulement se préoccuper du foot. Il est important mais il est secondaire.  

On en vient malgré tout à cette question d’actualité pour vous : les Barrages, cette compétition qui oppose les 5ème, 4ème puis 3ème de Ligue 2 et enfin le 18ème de Ligue 1. Si l’on se fie aux positions de la Fédération puis du Conseil d'Administration de la Ligue, ce mini-championnat pour lequel selon les règlements vous êtes qualifiés et en bonne position, pourrait ne pas se disputer…
- Là nous avons un point de désaccord majeur avec les instances. Des instances qui envisagent de programmer la finale de la Coupe de France mais pas les Barrages. Sans même examiner notre point de vue...
Dès lors nous avons lancé une initiative avec le président de Clermont, Troyes et Boulogne S/ Mer 3ème de National pour les jouer, ces Barrages. Un document a été envoyé à tous les clubs professionnels ce mercredi soir. Il propose le rassemblement des formations concernées dans un lieu commun durant 10 jours et disputer ainsi toutes les rencontres prévues à huis clos à la mi-juillet.

 
Christian Leca, pour sa première saison à la tête de l'ACA, se trouve face à un défi de taille / © G. Pierlovisi, ACA
Christian Leca, pour sa première saison à la tête de l'ACA, se trouve face à un défi de taille / © G. Pierlovisi, ACA


Il faudrait que six clubs de Ligue 1 votent avec nous la tenue des Barrages

Comment s’engage ce match « politique » ?
- Nous avons via une conférence téléphonique présenté notre démarche à l’UCPF, l’Union des Clubs Professionnels de Football. Nous espérons que notre syndicat nous soutiendra.
Cette proposition a d’ores et déjà reçu l’assentiment d’autres clubs comme le Paris Football Club, présidé par Pierre Ferracci. Elle sera mise au vote, je l'espère, lors de l’assemblée générale de la LFP, prévue le 16 mai.


Quels sont vos soutiens dans cette bataille qui se profile ? Comment mesurez-vous le rapport de force annoncé ?
- Si notre proposition est présentée, un match politique s’engagera en effet. Vous l’avez compris, la campagne est d’ailleurs lancée. Le poids électoral des clubs de Ligue 1 est supérieur à celui de ceux de Ligue 2. Il faudra donc trouver des soutiens… Nous en avons mais nous les tenons secrets à cette heure. Pour gagner il faudra que 6 clubs de Ligue 1 votent avec nous la tenue des Barrages.

Jouer toutes les rencontres des Barrages à huis clos, pendant dix jours...

L’idée formulée par certains de vos supporteurs de revenir au règlement précédent, soit 3 montées et 3 descentes, règlement qui avait encore cours voilà 4 saisons, vous ne la porterez pas ?
- Cette idée n’est pas si loufoque que certains voudraient le faire croire. Maître Camille Romani, avocat ajaccien à l’expérience certaine, la soutient. Selon lui, certes, les règlements du football n’ont pas prévu ce type de crise mais une règle de droit pourrait s’appliquer en l’espèce. Elle dit en substance : si en cas de force majeure un règlement actuel ne peut être mise en œuvre, le règlement antérieur s’applique. Et la règle, c'était 3 montées.
Bien sûr nous sommes partie prenante mais franchement si à notre place il y avait le PFC, Valenciennes ou Guingamp, nous soutiendrions ce point de vue.
De surcroît, avec cette solution, la question sanitaire serait levée.

 

ILLUSTRATION - L'AC Ajaccio, face à Lorient, le octobre dernier (0-0) / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME
ILLUSTRATION - L'AC Ajaccio, face à Lorient, le octobre dernier (0-0) / © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME


Alain Orsoni, qui préside la Holding propriétaire de l’ACA, s’est fendu d’un post Facebook offensif disant que l’ACA, avec cette 3ème place, a sans doute arraché "la place du cocu " .
Et plus loin il écrit « le Havrais a tranché », faisant référence à Edouard Philippe et au conflit avec le HAC, renvoyant aussi implicitement au traitement supposé inéquitable dont l’ACA et le foot corse seraient les victimes… Vous aussi, vous entrevoyez des manœuvres qui auraient l’objectif, au moins second, de fermer la route de la Ligue 1 à l’ACA ?

- Pas qu’à l’ACA… Mais nous sommes effectivement en première ligne. Si on ne nous permettait pas à minima de jouer ces Barrages, toujours en les conditionnant à l’avancée de la pandémie, ce serait franchement inéquitable.
Nous serions le dindon de la farce….

Nous avons des soutiens, mais nous les gardons secrets pour l'heure

Dans ce match, vous préparez sans doute deux stratégies, un avenir Ligue 1 et un Ligue 2, et surtout des budgets en conséquence ; il faudra aussi passer devant la D.N.C.G., le gendarme financier. Deux scenarii, c’est là une pratique courante ?
- Oui c’est courant. Et dans cette bataille qui s’engage il ne faudrait effectivement pas oublier le rôle de la Direction Nationale du Contrôle de Gestion qui valide ou pas les montées en dernier ressort. En dépit des avantages qu’elle pourrait consentir face à cette crise, elle tranchera s’il y a lieu.
De notre côté, sur le plan financier on se redresse petit à petit, indépendamment de cette crise dont l’impact est encore difficile à mesurer sur les prochains exercices. Notre 3ème place est synonyme de bonus. Nos structures sont solides et, au-delà du rêve Ligue 1, nous poursuivons notre travail et visons la pérennité.

 

Le classement de L2, arrêté à la dernière journée avant l'arrêt du championnat pour cause d'épidémie / © ACA
Le classement de L2, arrêté à la dernière journée avant l'arrêt du championnat pour cause d'épidémie / © ACA


Dans cette colonne financière on trouve en premier lieu les droits TV qui représentent plus de 40% de votre budget évalué en début de saison à 10M€.
Après des négociations avec les actuels diffuseurs, combien allez-vous perdre finalement relativement aux matchs qui ne se sont pas disputés ?

- Une partie sera récupérée. On perdra moins que prévu. On pourrait tout de même ne pas percevoir 4 à 500.000 €. Si l’on ajoute à cela la perte des recettes billetterie et un certain nombre d’autres ressources que l’on attendait, l’ACA n’aura réalisé que 60 à 65% de son budget. 
Selon une étude de la Ligue, la perte pour tous les clubs pros français sera de l’ordre de 280 M€.

L'ACA n'aura réalisé que 60 à 65 % de son budget

Travaillez-vous malgré tout déjà à l’effectif de la saison prochaine ? Quels sont les joueurs qui resteront ? Quelle couleur aimeriez-vous donner à votre prochain mercato ? Qui le conduira ? Vous, Alain Orsoni, Olivier Pantaloni ?
 -Oui nous travaillons déjà dans ce domaine également. Nous fonctionnons de manière collégiale. Olivier Pantaloni demande, nous étudions la faisabilité financière et la commission de recrutement qui regroupe les principaux décideurs tranche. Cela au niveau des professionnels comme au niveau du centre de formation.
 

Illustration/ Les supporters de l'ACA dans l'incertitude la plus totale, face à une situation inédite / © PHOTOPQR/NICEMATIN/MAXPPP
Illustration/ Les supporters de l'ACA dans l'incertitude la plus totale, face à une situation inédite / © PHOTOPQR/NICEMATIN/MAXPPP


En définitive, on a le sentiment que vous êtes en ordre de marche et que vous croyez à une issue heureuse…
- Oui j’y crois et je me bats pour. Sans oublier que toute notre démarche est conditionnée par l’évolution du virus. Une énième vague ne nous permettrait pas de défendre nos chances. Le foot est important mais la Santé doit primer.
En revanche, si les conditions sanitaires étaient réunies et si l’on nous permettait finalement de disputer ces Barrages, nous avons arrêté un calendrier : redémarrage de l’entraînement fin mai pour jouer 1ère semaine de juillet.
D’ici là, le 1er Ministre aura peut-être avancé dans son plan de déconfinement et nous, nous pourrions jouer nos chances, poursuivre notre rêve…
Au 12 juillet dernier nous étions relégués en 3ème division nationale, un an après, pouvoir prétendre à l’élite est déjà un exploit. Mais ce changement radical de position sportive nous donne de la force pour notre match politique. 


 

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