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Ajaccio : plongée avec le doyen des corailleurs corses 

Marien Poggi, 72 ans, est corailleur depuis 40 ans. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Marien Poggi, 72 ans, est corailleur depuis 40 ans. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP

Marien Poggi a 72 ans. Il fait partie des huit corailleurs autorisés, par arrêté préfectoral, à pêcher « l’or rouge » en Corse. Le septuagénaire a débuté son activité en 1979 et plonge encore jusqu‘à 60 mètres de profondeur au large d’Ajaccio. 

Par A.A avec AFP

En Corse, ils ne sont que huit à être autorisés, par arrêté préfectoral, à pêcher le corail. Marien Poggi, 72 ans, en est le doyen. Ce jour-là, au large du cimetière marin d’Ajaccio, il se prépare à descendre à 60 mètres de profondeur, pour tenter de récupérer son lot « d’or rouge » quotidien

Une activité qu’il pratique depuis 40 ans. « J'ai commencé le corail en 1979, mais depuis mes 16 ans, je voulais le faire. C'est un métier de rêve, le corail, c'est un mystère, organique, vivant, ça éloigne le mauvais sort », livre ce fils de militaire, né à Marseille. Avant de vivre de sa passion, le corailleur a passé trois ans chez les « paras », puis plongeur professionnel à la Comex, une entreprise spécialisée dans les travaux en milieux sous-marins. 

Chaque matin, d’avril à décembre, le septuagénaire empile les couches de néoprène, enfile gants et chaussons avant de se lancer. « À 60 mètres, la mer est à 14 °C », rappelle-t-il. La pêche du corail est très réglementée. Elle ne peut se faire qu’au-delà des 50 mètres de profondeur pour permettre aux plongeurs amateurs d'observer ce joyau des mers, invertébré marin doté d'un squelette externe qui vit entre 5 et 700 mètres de fond et pousse d'un centimètre par an.
 
Du corail pêché par Marien Poggi / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Du corail pêché par Marien Poggi / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
 

« Je ne veux pas perdre Marien »


Sur le bateau, Franck Ibba, ancien pêcheur de 42 ans, s’active, stressé. « Il faut être très concentré parce qu'il y a un vrai danger. Je ne veux pas perdre Marien, c'est l'angoisse des marins de corailleurs », confie-t-il. 

En 1983, Marien Poggi a été victime d’un accident. Œdème à la moelle épinière. Six mois de paralysie des jambes. « J'ai eu très peur, à 6 mètres, mes poumons étaient recroquevillés, je n'arrivais pas à respirer. J'ai eu le réflexe de descendre à 15 mètres, ça m'a sauvé. Je regardais la surface et j'ai appelé ma mère et Dieu », se souvient ce « croyant non-pratiquant ».

Depuis, « je ne bois pas, je ne fume pas, je mange peu de viande, je dors au moins six heures par nuit », énonce le vétéran qui limite ses descentes à 60 mètres depuis 2010, contre 100-120 mètres avant avec un mélange gazeux baptisé trimix.


800 grammes


À l’arrière du bateau, après avoir « fait une coupure », Marien Poggi, paré de ses 90 kg d'équipements, lampe-torche fixée au bras et marteline en main, se laisse tomber dans l'eau. « On prend la mer tous les jours, mais la mer ne vous prend qu'une fois », lâche Franck en observant nerveusement les bulles de son plongeur.

La plongée dure 1 h 30, avec 20-25 minutes à 60 mètres et une heure de paliers de décompression, tous les trois mètres. Il faut moins d’une demi-heure au plongeur pour faire remonter, avec un parachute, un panier contenant 800 grammes de « beau corail ». Il se vendra entre 900 et 2.000 euros le kilo aux Italiens de Torre del Greco, au sud de Naples, « les experts de la taille » pour en faire des bijoux très prisés.

 
Ce jour-là, Marien Poggi a remonté 800 grammes de corail. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
Ce jour-là, Marien Poggi a remonté 800 grammes de corail. / © Pascal Pochard-Casabianca / AFP
 

Retraite 


Marien Poggi l’assure, c’est sa dernière année. Franck a déjà entendu ça, tout comme Bruno Grandjean, chef du service de médecine hyperbare au centre hospitalier d'Ajaccio, qui lui délivre chaque année la précieuse habilitation médicale. « Ça fait au moins cinq ans qu'il m'explique que c'est sa dernière année », indique le médecin. 

Pour lui, les corailleurs sont « addict » à cette activité, parfois mortelle, qui en a emporté quatre un été dans les années 1980. Aujourd'hui, la profession lui semble « en sursis parce que la ressource s'amenuise »

Marien, lui, replonge demain.


 

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