Sainte-Soline : l’un des deux manifestants dans le coma est guide de montagne en Corse

Blessé à la tête lors du rassemblement "antibassines" de Sainte-Soline le week-end dernier, Serge Duteuil-Graziani se trouve toujours dans le coma. Présenté comme un militant révolutionnaire, l’homme âgé de 32 ans est originaire de Corse où il travaille une partie de l'année comme guide de moyenne montagne. Sa famille a porté plainte pour tentative de meurtre et entrave aux secours.

L’un des deux manifestants plongés dans le coma après la manifestation "antibassines" de Sainte-Soline est originaire de Corse. Il s’agit de Serge Duteuil-Graziani. 

S’il a grandi à Poitiers et habite à Toulouse, cet homme de 32 ans est accompagnateur de moyenne montagne en Corse. C'est en effet dans l'île, d'où est originaire la famille de sa mère, qu'il travaille une partie de l'année.

Présenté comme un militant révolutionnaire issu des courants d'extrême gauche, il est connu de la justice et également fiché "S".

"Oui, Serge est fiché "S" - comme des milliers de militants dans la France d'aujourd'hui, écrivent ses parents dans un communiqué. Oui, Serge a eu des problèmes judiciaires - comme la plupart des gens qui se battent contre l'ordre établi. Oui, Serge a participé à de nombreux rassemblements anticapitalistes - comme des millions de jeunes dans le monde qui pensent qu'une bonne révolution ne serait pas de trop, et comme les millions de travailleurs en lutte actuellement contre la réforme des retraites en France."

Samedi 25 mars, leur fils a participé à la manifestation de Sainte-Soline contre le projet de "méga-bassines" d’un ensemble de 16 retenues d’eau. Ce rassemblement - qui avait été interdit par la préfecture des Deux-Sèvres - a été le théâtre de violents affrontements entre manifestants et forces de l'ordre.

Des événements au cours desquels Serge Duteuil-Graziani a été victime d’un traumatisme crânien. Selon les organisateurs du rassemblement, il a été grièvement blessé à la tête par une grenade lacrymogène. 

"Notre fils Serge est actuellement hospitalisé avec un "pronostic vital engagé", suite à la blessure occasionnée par une grenade GM2L", indiquent ses parents. 

La famille porte plainte

Si le pronostic vital du premier manifestant dans le coma n’est désormais plus engagé, ce n’est donc pas le cas de Serge Duteuil-Graziani.

Ses parents ont annoncé avoir déposé plainte. "Nous avons porté plainte pour tentative de meurtre, entrave volontaire à l'arrivée des secours ; et pour violation du secret professionnel dans le cadre d'une enquête de police, et détournement d'informations contenues dans un fichier de leur finalité", précisent-ils. 

Depuis le week-end dernier, la polémique ne cesse d’enfler autour de la gestion des heurts survenus à Sainte-Soline.

Les organisateurs du rassemblement et les observateurs de la Ligue des droits de l’homme (LDH) dénoncent le délai de prise en charge par les secours de Serge Duteuil-Graziani. Selon eux, les autorités ont entravé l’intervention du Samu.

"Le Samu a indiqué ne pouvoir intervenir pour secourir un blessé en état d'urgence vitale, dès lors que le commandement avait donné l'ordre de ne pas le faire, dans une conversation téléphonique à laquelle ont assisté trois avocats de la LDH", a écrit La ligue dès dimanche.

Le contenu de cette conversation enregistrée a été publié mardi soir dans le journal Le Monde. "On n'a pas l'autorisation d'envoyer des secours sur place parce que c'est considéré comme étant dangereux sur place", répond le Samu à une avocate de la LDH, en imputant cette décision au "commandement sur place", selon la retranscription de cet échange.

Depuis le début de la polémique, les autorités ont justifié le délai d'intervention des secours par la nécessité pour les gendarmes d'assurer leur sécurité sur place.

Selon la préfète des Deux-Sèvres, "il n'est donc pas surprenant que, si ces conditions de sécurité n'étaient pas réunies, les forces de l'ordre aient pu, pour certaines géolocalisations et dans certaines périodes de temps, indiquer qu'un envoi d'ambulance n'était pas possible dans l'immédiat".

La LDH affirme cependant que la zone où se trouvait le blessé était "totalement calme depuis plusieurs dizaines de minutes" au moment de l'appel, entamé à 14H50 samedi.

Selon une chronologie officielle de la gendarmerie, un "retour relatif au calme" avec "repli de l'adversaire" avait été constaté depuis 14H20 autour de la bassine, soit 30 minutes avant l'appel. Des heurts avaient ensuite repris entre 15H23 et 15H27, selon cette même chronologie.

Rassemblements de soutien

Mardi, l’enquête sur ces affrontements a été transférée du parquet de Niort à celui de Rennes en raison de sa compétence militaire.

La plainte de la famille de Serge Duteuil-Graziani "figure au dossier de la procédure", a déclaré ce mercredi à l'AFP le procureur de la République de Rennes, Philippe Astruc.

Avant de se dessaisir, le parquet de Niort avait indiqué que les premières investigations "n'avaient pas permis de déterminer l'origine de la blessure" de Serge Duteuil-Graziani.

Ce jeudi à 19 heures, le mouvement écologiste "Les soulèvements de la terre" - contre lequel le ministre de l'Intérieur a engagé une procédure de dissolution - lance un appel au rassemblement devant les préfectures du pays. Un mouvement organisé "en soutien aux deux manifestants dans le coma et aux blessés de Sainte-Soline et du mouvement contre la réforme des retraites, pour la fin des violences policières".

Réactions de la LDH et du SNAM

En Corse, des rassemblements sont également prévus devant les préfectures d’Ajaccio et Bastia.

Dans un communiqué, la section de Corse de la Ligue des droits de l'Homme indique qu'elle y participera. La LDH annonce qu'elle "fera part des témoignages" de ses observateurs "présents à la manifestation de Sainte-Soline [...] et de l'enregistrement audio de l'opérateur du SAMU qui a indiqué ne pouvoir intervenir pour secourir un blessé en état d'urgence vitale, dès lors que le commandement avait donné l'ordre de ne pas le faire".

"Ceux qui l'ont côtoyé au cours de ses débuts dans la profession d'accompagnateur en montagne sont unanimes à décrire son professionnalisme sans faille, sur les montagnes de Corse et d'ailleurs."

Communiqué du Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne

La bureau de la section de Corse du Syndicat National des Accompagnateurs en Montagne (SNAM) apporte également son "soutien à [son] ami et collègue Serge Duteuil-Graziani ainsi qu'à ses proches dans la tragédie qu'ils endurent".

"Nous tenons à vous témoigner, nous acteurs professionnels de la montagne, de l'amour que Serge porte à sa terre et à son métier, mais aussi de notre admiration pour son humanisme et son humilité, est-il écrit dans le communiqué cosigné avec l'Association des Accompagnateurs en Montagne (AEM). Ceux qui l'ont côtoyé au cours de ses débuts dans la profession d'accompagnateur en montagne sont unanimes à décrire son professionnalisme sans faille, sur les montagnes de Corse et d'ailleurs."

Ce jeudi, plusieurs accompagnateurs, guides de haute montagne insulaires et collègues de Serge Duteuil-Graziani devraient également assister aux rassemblements de soutien organisés devant les préfectures de l'île.

Avec AFP