Séisme en Turquie : quel risque de tremblement de terre pour la Corse ?

Le violent tremblement de terre meurtrier qui a frappé la Turquie et la Syrie dans la nuit du 6 février 2023 témoigne du risque sismique en Méditerranée. Selon les zones, il est plus ou moins élevé. En Corse, il serait "très faible" selon les sismologues.

Violent, long et meurtrier. D’une magnitude de 7,8 sur l’échelle de Richter, le terrible séisme qui a secoué le sud de la Turquie et la Syrie en début de semaine a été d’une rare violence. Ses secousses ont été ressenties dans plusieurs pays, notamment à Chypre et au Liban.

Cet événement dramatique qui a - selon un dernier bilan provisoire - causé la mort de près de 20.000 personnes rappelle que la Méditerranée est une zone où l’activité sismique est plus ou moins forte selon les secteurs. En Corse, la terre a déjà tremblé, sans jamais causer de mort ni de dégât.

Directrice de recherche au CNRS, au laboratoire Géoazur de l'Université de la Côte d'Azur, Françoise Courboulex fait le point sur les risques sismiques en Méditerranée et autour de l'île.

"La Corse ne fait pas partie des endroits les plus risqués"

France 3 Corse : En début de semaine, un violent séisme a frappé la Turquie. Sur le pourtour méditerranéen, il existe une activité sismique plus ou moins forte selon les zones. Entre Nice, l'Italie et la Corse, pourrait-il y avoir un tremblement de terre similaire ?

Françoise Courboulex : Dans le passé, on a eu des séismes destructeurs, en particulier sur la côte Ligure. En 1887, il y en a eu un dont on estime la magnitude à 6,8. Ce n’est pas aussi important qu’en Turquie où la valeur était de 7,8. Entre 6,8 et 7,8, il y a une augmentation de l'énergie émise qui est conséquente. Ce séisme de 1887 avait fait près de 600 victimes sur la côte Ligure. C'est précisément la reproduction de ce type de séisme que l'on craint sur la Côte d'Azur. Et peut-être un tsunami. On sait que le réseau de failles existe à peu près à 25 km des côtes et qu'il se prolonge jusqu’à Monaco. Après, ça ne serait pas un séisme aussi important qu’en Turquie où il y a une faille identifiée et très active.

Qu’en est-il de la Corse ? Les risques sont-ils les mêmes que dans les Alpes-Maritimes ?

En Corse, on a de temps en temps des séismes qui se situent plutôt en mer. Il y en a eu ces dernières années, pas très loin des côtes d’ailleurs. Pour le moment, on n’a pas d'archives historiques qui nous indiquent qu'il y a eu des séismes très forts dans le passé. On n'a pas identifié une faille susceptible de causer un séisme très fort. C’est une zone qui est moins risquée que celle de la Côte d’Azur.

Pourtant, la terre a déjà tremblé dans l’île. Dernier exemple : le 1er décembre dernier à Sainte-Lucie de Porto-Vecchio…

Oui, c’est vrai. Mais c’était vraiment un très petit tremblement de terre (magnitude de 2,8) qui n’a causé aucun dégât. Seuls les gens qui étaient vraiment sur la zone l'ont peut-être ressenti. Entre la Corse et le continent, il y a eu quelques séismes un peu plus forts par le passé, notamment en 1775. Plus récemment, en 2011, il y a eu un tremblement de terre d’une magnitude 5. Son épicentre était situé en mer, à environ 80 km des côtes, à l’ouest de la Corse. Il y avait d’ailleurs eu deux secousses, une de magnitude 5, l’autre de 4.   

Une magnitude 5 peut-elle causer de gros dégâts ? Un tsunami ?

Cela peut faire des dégâts si on a une ville vraiment au-dessus de l’épicentre. En revanche, si on est à 80 km, ça n’en cause pas.

Concernant le risque de tsunami, l’échelle de 5 est trop petite. En plus, en 2011, ce séisme-là était relativement profond. Pour qu'il y ait un tsunami, il faut au moins une magnitude 6,5 ou alors avoir des glissements de terrain proches de la côte. En revanche, si on a un séisme important sur la Côte d’Azur - ce qui s'est déjà produit par le passé -, la vague arrivera jusqu’à la Corse. Cependant, on estime qu’elle ne devrait pas être monstrueuse.

Sur la carte de zonage sismique de la France, la Corse est placée en niveau 1, soit "très faible". Comment est réalisé ce classement ?   

Concernant le risque sismique, nous travaillons en probabilité. L’aléa sismique, c’est donc la probabilité d'avoir un mouvement du sol qui dépasse une valeur donnée dans une période de temps donné. On a donc une carte avec des couleurs qui correspondent aux zones fortes, moyennes, modérées et faibles. Pour la France, les seules zones fortes sont aux Antilles (Guadeloupe et Martinique). Ensuite, en France métropolitaine, on a des zones moyennes, comme la Côte d'Azur, les Alpes, les Pyrénées et le fossé rhénan. Enfin, il y a les zones modérées puis les zones faibles et très faibles, dont la Corse fait partie.

Cela signifie-t-il qu’il ne peut pas y avoir un gros tremblement de terre en Corse ?

Cela signifie que l’activité est rare, et beaucoup moins forte. On estime qu'on n'a pas de raison d'avoir un séisme de forte magnitude en Corse. On ne connaît pas de grande faille qui passe sous l’île, même s’il est vrai qu’il y a parfois des petits séismes.

En Turquie, à l'endroit où le tremblement de terre a eu lieu, les plaques tectoniques se déplacent à peu près de 2 centimètres par an. Ici, dans la zone, les mesures dont on dispose nous donnent 1 ou 2 millimètres par an. La Côte d’Azur est donc une zone qui est beaucoup moins active et la Corse l’est encore moins. Raison pour laquelle on pense que l’on ne pourrait pas avoir un très gros séisme dans l'île.

"On ne peut pas prévoir un séisme."

Françoise Courboulex

Directrice de recherche au CNRS

Vous travaillez par anticipation. Il n’est donc pas possible de prévoir avec exactitude quand la terre tremblera ?

Exactement. On ne peut pas prévoir un séisme. C'est impossible. Les scientifiques du monde entier travaillent là-dessus. On a des données très ouvertes et très partagées. On fait vraiment tout ce qu'on peut mais, pour le moment, on n'y arrive pas. Les signes précurseurs ne sont pas toujours les mêmes. Parfois il y en a, parfois non. Donc, nous sommes très démunis par rapport à ça. Actuellement, des centaines de chercheurs travaillent sur le séisme turc pour mieux le comprendre, mais ça ne permettra pas de de prédire le prochain.

Ce qu’on connaît, en revanche, ce sont les endroits les plus risqués. Et on sait que la Corse n’en fait pas partie.