Attentat contre l'une des villas de Pierre Ferracci : le parquet national anti-terroriste en charge de l'affaire

Situation des deux villas construites illégalement sur le golfe de la Rondinara (Corse du Sud) / © U Levante
Situation des deux villas construites illégalement sur le golfe de la Rondinara (Corse du Sud) / © U Levante

Une des villas de l'homme d'affaire Pierre Ferracci, située sur le site de Rondinara, a été la cible d'un attentat, dans la nuit du jeudi au vendredi derniers. Hier, le parquet national antiterroriste s'est vu confier le dossier. 

Par Axelle Bouschon

Une des deux villas appartenant à Pierre Ferracci, dans la baie de Rondinara, sur la commune de Bonifacio, a fait l'objet d'un attentat, dans la nuit du jeudi au vendredi 20 décembre. L'explosion a fait d'importants dégâts dans la bâtisse de 240 m² : plusieurs vitreries ont sauté, et deux des pièces de la villa sont intégralement détruites, indique Françoise Mariaux, procureure adjointe de la République d'Ajaccio. Le montant des travaux de réparation est encore en cours d'évaluation

Les gendarmes de Porto-Vecchio ont été alertés de l'attaque par un appel passé dans la matinée. Un signalement informatif, qui ne fait pas office de revendication, et confirmé par la brigade après visite des lieux. Elle a dans la foulée été saisie de l'enquête par le parquet d'Ajaccio.

Les investigations judiciaires n'ont cependant pu débuter qu'après passage des démineurs, dépêchés depuis Ajaccio en hélicoptère. Plusieurs bonbonnes de gaz qui n'ont pas explosées ont ainsi été retrouvées dans la villa.

L'attentat a été revendiquée lundi 23 décembre par le FLNC dit "du 22 octobre". L'enquête a de fait été confiée lundi après-midi par le PNAT (parquet national anti-terroriste), à Paris.
 
Les gendarmes de Porto-Vecchio ont été saisis de l'enquête et sont sur les lieux depuis ce matin. / © Pierrick Nannini
Les gendarmes de Porto-Vecchio ont été saisis de l'enquête et sont sur les lieux depuis ce matin. / © Pierrick Nannini
 

Au centre d'une vive polémique


Les villas sont au centre d'une vive polémique depuis leur construction. En cause, leur localisation, sur la pointe nord de la baie de Rondinara. Un espace classé "remarquable", et en théorie inconstructible.

Mais quand en 1996, l'homme d'affaire, président du Paris Football Club et proche du président de la République Emmanuel Macron, dépose un permis de construire pour cinq villas, la zone est alors encore constructible selon un plan d'occupation des sols par la suite jugé illégal. S'en suit 10 ans de procédures judiciaires, qui se clôturent en 2006 avec la validation par la cour administrative d'appel de Marseille du permis de construire de la SCI Tour de Sponsaglia, dont est gérant Pierre Ferracci.

Problème, plutôt que de s'en tenir au permis de construire initial, lui donnant l'autorisation de bâtir cinq villas sur un ensemble rocheux dans les hauteurs du site de Rondinara, Pierre Ferracci décide de bâtir deux maisons avec piscines sur 680m², en contrebas, près du littoral. Une décision qu'il aurait prise, affirme-t-il, pour que ces dernières soient moins visibles et "s'insèrent mieux dans le paysage", point sur lequel le tribunal correctionnel d'Ajaccio apportera son accord, en 2016.
 

Les bâtisses provoquent rapidement la colère des associations de défense de l’environnement, de groupes de citoyens et de certains politiques. Des manifestations demandant la démolition des villas sont organisées, de même que des actions en justice, intentées notamment par l'association U Levante.

Le 5 juillet 2017, la cour d'appel de Bastia a confirmé la condamnation de Pierre Ferracci en première instance à un million d'euros pour travaux hors permis de construire. Une décision jugée "très insuffisante" contre laquelle s'était insurgée U Levante. L'association s'est pourvue en cassation et a obtenu l'annulation de l'arrêt en mars 2019. Le dossier judiciaire devrait à nouveau être étudié dans les mois à venir devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence.
 

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