Corse : la FALEP officialise sa fusion

Publié le Mis à jour le
Écrit par A.S.

Le 7 juillet dernier, la Fédération des associations laïques et d’éducation permanente a tenu son assemblée générale à Ajaccio. L’occasion pour la structure spécialisée dans l’action sociale et l’éducation populaire d’officialiser la fusion entre l'entité du Pumonte et celle du Cismonte.

Implantée à Ajaccio depuis 1957, la Fédération des associations laïques et d’éducation permanente propose des activités éducatives, culturelles et ludiques avec pour objectif la réinsertion sociale et professionnelle.

"La FALEP est affiliée à la Ligue de l’enseignement, indique Jean-Michel Simon, directeur général de l’association depuis dix ans et salarié depuis quarante ans. Elle a deux activités principales : l’éducation populaire (culture, éducation, sport, scolarité etc.) et l’action sociale. Elle emploie 120 salariés - animateurs, éducateurs spécialisés, agents des services généraux, formateurs - et gère également plusieurs sites d’accueil pour les personnes en difficulté."

Actée en décembre 2021, la fusion entre la FALEP 2A et celle du 2B a été officialisée devant la presse jeudi dernier à Ajaccio. À l’issue de la présentation, Jean-Michel Simon a accordé un entretien à France 3 Corse.

France 3 Corse ViaStella : La FALEP de Corse forme désormais une seule entité. Qu’est-ce que cela va changer pour l’association que vous dirigez ?

Jean-Michel Simon : Dans l’île, il y avait un gros service "éducation populaire" à Bastia. À Ajaccio, il était en revanche tout petit et se résumait à une personne. La fusion est donc née un petit peu de cela. Dans un premier temps, on désire rééquilibrer l’activité de l’éducation populaire afin de pouvoir avoir une activité globale sur l’ensemble de la Corse.

Concernant l’action sociale, elle était quant à elle davantage concentrée à Ajaccio avec des établissements sociaux (Foyers MECS, Service de prévention avec éducateurs de rue, Centre d’hébergement et de réinsertion sociale, accueil de jour, service logement). Enfin, cette fusion s’inscrit également dans l’ère du temps. La Ligue de l’enseignement nous a demandé de nous regrouper entre le Nord et le Sud. Le fait que la Corse soit devenue une collectivité unique nous a aussi engagés à le faire.

Pour quelles raisons ?

Avant, nous avions les municipalités, les conseils généraux et la Collectivité de Corse comme partenaires. Désormais, les soutiens financiers et les présentations de projets se font au niveau régional. Pour la FALEP, c’est donc une fusion à la fois organisationnelle et stratégique. Cela devrait nous permettre de nous développer dans les années à venir, non pas de manière hégémonique puisque nous ne sommes pas une entreprise, mais dans le but de penser à d’autres actions en faveur des gens.

Au cours de l’Assemblée générale, le nouveau conseil d’administration a été élu. Le bilan 2021 a également été présenté. Est-il positif ?

Le nouveau conseil d’administration se veut paritaire entre la Haute-Corse et la Corse-du-Sud. Quant au bilan comptable, il en ressort que l’association se porte globalement bien. Je rappelle qu’elle est régie par la loi 1901 : si elle fait des bénéfices, ils doivent être réinvestis. Notre vocation est d’être à l’équilibre. Si notre santé financière est plutôt bonne, elle reste néanmoins fragile car nous dépendons à 100% du financement public. Nous n’avons pas de clients. La valeur d’une association, ce sont ses salariés et son activité.

Comme bon nombre de structures, la FALEP a dû faire face à la pandémie et aux différents confinements. Avez-vous pu continuer à assurer le suivi ?

Étant donné que nous avons des établissements ouverts 24 sur 24 et 365 jours par an, il a fallu faire face. On n’avait pas le choix. On a effectivement continué à travailler. Pendant les confinements, on a mis en place le télétravail et on a aussi connu une période de chômage technique, notamment pour les "éducateurs de rue" qui ne pouvaient donc plus travailler. Néanmoins, cela n’a pas eu trop d’impact car on a continué à avoir des contacts directs avec les jeunes, notamment par Internet. Globalement, on a donc continué à travailler. Le foyer éducatif, et le centre d’hébergement et de réinsertion sociale devaient être ouverts. Le suivi des familles s’est certes effectué à distance mais on a quand même pu l’assurer. On ne pouvait pas se permettre d’arrêter.

L’association est implantée en Corse, à Ajaccio, depuis plus de 60 ans. L’accompagnement des personnes en difficulté a dû beaucoup évoluer en six décennies. Aujourd’hui, près d’un cinquième de la population de l’île vit sous le seuil de pauvreté. Comment la structure s’est-elle adaptée au fil du temps ?

On gère les établissements sociaux qui accueillent de plus en plus de gens en difficulté et déstructurés. Il faut assurer leur prise en charge. Il a fallu aussi faire face à une baisse des financements. Sans entrer dans des considérations politiques, les pouvoirs publics, tout en nous soutenant, nous demandent d’accompagner davantage ces populations alors qu’il y a de moins en moins d’argent.

Comme le personnel médical, nous sommes confrontés à un afflux, toujours plus nombreux, de "malades" socialement abandonnés, dont la prise en charge et l’accompagnement demandent des compétences et des financements plus importants. Le social coûte de l’argent. Ne pas anticiper suffisamment les conséquences du non-traitement ou d’une prise en charge au rabais entraîneront, dans un futur proche, des dépenses incontrôlées et exorbitantes.

D’où le fait de vouloir rendre "les usagers acteurs" ?

Exactement. Cela reste difficile car les gens dont on s’occupe ont aussi accumulé des handicaps sociaux. Ils sont de plus en plus éloignés du travail, des structures de soins, de leurs propres droits également car ils les oublient. Il faut donc mettre en place une politique puis choisir des acteurs et des opérateurs qui vont aider la population au quotidien.

En Corse, y a-t-il suffisamment de structures pour accompagner les personnes en détresse sociale ?

On a souvent tendance à dire qu’il faut plus de monde pour accompagner les gens qui en ont de plus en plus besoin. Je prends un exemple : avant, une personne restait en centre d’hébergement six mois. Aujourd’hui, il peut arriver que certaines y passent deux ans. Ces personnes doivent être absolument accompagnées. Mais pour cela, il faut recruter et on a un mal fou à le faire. Le métier n’intéresse plus beaucoup de monde. Cela passe sûrement par une revalorisation des salaires.

Récemment, la Conférence sociale initiée par la Collectivité de Corse s’est réunie à deux reprises. La FALEP y a-t-elle pris part ?

Non. Lors des réunions de cette Conférence sociale, on parle davantage des phénomènes sociétaux que de social à proprement dit. Les participants parlent plus du pouvoir d’achat ou de d’inflation. À la FALEP, les gens dont on s’occupe n’y arrivent plus. Ils "galèrent" à tous les niveaux, accumulent les difficultés. Ce sont des choses dont on ne parle pas à la Conférence sociale qui reste surtout centrée sur l’aide sociale alors que notre travail consiste à faire évoluer les individus par eux-mêmes, parfois en dehors des cadres d'apprentissage traditionnels. C’est ce qu’on appelle "le travail social".

Pensez-vous que vous auriez dû participer à ces réunions ?

Oui, je pense. Pas uniquement la FALEP mais aussi d’autres structures spécialisées dans le travail social. Mais avant tout, je pense qu'il faut définir ensemble une politique sociale pour la Corse avec des innovations adaptées à notre territoire et ne pas forcément appliquer des dispositifs parfois obsolètes venus d’ailleurs.

La liste de vos partenaires, dont les principales villes et intercommunalités de l’île, témoigne d’un maillage territorial important. Néanmoins, y a-t-il des microrégions, notamment dans le rural, où l'association est moins présente ?

Dans le rural, la méthode d’approche est complètement différente. C’est plus compliqué. Quand un éducateur intervient aux Salines à Ajaccio, on sait qu’il va rencontrer des jeunes. Mais quand il arrive dans certains villages, il ne voit personne. Il faut donc avoir des portes d’entrée : cela peut être le collège, d’autres institutions, des mairies. Certaines microrégions, comme celle de Ghisonaccia, sont un peu délaissées. Là, je pense qu’il y a des choses à faire. À l’inverse, à Porto-Vecchio, il y a eu une prise de conscience. On a désormais des équipes en permanence sur la ville.

À l’avenir, quels seraient les axes à développer ?

Le chantier prioritaire est le développement de l’éducation populaire sur tout le territoire. Il faut penser à des actions sur le soutien à la scolarité et à la formation. Il faut également former des animateurs et des travailleurs sociaux, et travailler sur la mobilité et sur les vacances des jeunes et de leurs familles.

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