Corse : le FLNC durcit le ton, et menace de reprendre les armes

La structure clandestine, qui réunit l'Union des combattants et le 22 octobre, estime dans un communiqué authentifié que la voie de la paix, face à Paris, est un échec. Et que les élus nationalistes au pouvoir n'y changeront rien. Le FLNC menace clairement de revenir à la lutte armée.
Le FLNC a tenu une conférence de presse, dans un lieu clos, où il envisage la possibilité de "reprendre les chemins de la nuit combattante".
Le FLNC a tenu une conférence de presse, dans un lieu clos, où il envisage la possibilité de "reprendre les chemins de la nuit combattante". © DR

Avant les territoriales, le FLNC, qui réunit le mouvement du 22 octobre et l'Union des combattants, l'avait promis. Il tirerait les conclusions qui s'imposent du scrutin du mois de juin. Et les rendrait publiques.
C'est désormais chose faite. 

Dans une vidéo filmée par l'un d'entre eux, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, et authentifiée par nos confrères de Corse-Matin, entre trente et quarante militants, lourdement armés, sont réunis, à l'intérieur d'un bâtiment. Une vidéo qui ressemble à s'y méprendre à une démonstration de force...

Intégralité du communiqué du FLNC

Qu'on ne se laisse pas abuser par les satisfecits, distribués en préambule, avec plus ou moins d'insistance, à chacun des quatre partis nationalistes en lice aux Territoriales. Avec un encouragement tout particulier à l'adresse de Corsica Libera, les seuls à ne pas être présents dans l'hémicycle. 

Gilles Simeoni , chef de clan...

Pour les militants clandestins du FLNC, 68 % des suffrages aux nationalistes, c'est une victoire à la Pyrrhus. Qui n'aidera en rien "les ambitions de la Lutte de Libération Nationale"

35 %, plus 57 %, puis 68 % ne changeront rien.

La raison, la trahison supposée de Gilles Simeoni pour rester au pouvoir, même si le mot de trahison n'est jamais employé dans le communiqué de cinq pages. Selon le FLNC, "les ambitions de la Lutte de Libération Nationale sont aujourd'hui jetées aux oubliettes de l'histoire (...), elles ont été sacrifiées sur l'autel de la recherche d'une exclusive victoire électorale".

Le mouvement clandestin va plus loin. Le président de l'Exécutif, par son cavalier seul, aurait clairement affiché sa volonté de rejoindre le camp d'en face. celui dont il louait, quelques paragraphes plus haut, "la droite morale", est ravalé ici au rang de "claniste"... 
"Nous pensons pour notre part que nous sommes face à l'avènement d'un nouveau Clan qui a utilisé tous les ressorts de ses prédécesseurs pour se faire élire. Et il y est parvenu, en édulcorant au possible son discours, quelles qu'en soient les conséquences politiques à long terme."

Pour le Front, c'est "la victoire électorale du post nationalisme". 

L'échec de la main tendue à l'Etat

Cette dialectique fait écho aux reproches qui ont régulièrement été adressés par ses adversaires nationalistes pendant la campagne des territoriales. A fleurets à peine plus mouchetés. Clairement, la présence de Gilles Simeoni et des siens au pouvoir est un leurre. Ce n'est plus le nationalisme qui est aux manettes à l'assemblée de Corse, mais un ersatz du nationalisme, qui ne pèsera pas lourd dans le bras de fer face à l'Etat que le FLNC appelle de ses vœux. 

"Pendant les 6 années qui viennent de passer, au lieu de tenir compte de l'évolution politique de la Corse à la simple lecture des résultats électoraux, l'Etat français a affiché son aveuglement et sa surdité politique."

Le FLNC n'a pas vocation à abandonner la Lutte alors même qu'aucun des objectifs pour lesquels il a été créé n'a été atteint.

Fort de ce constat, le FLNC, en conclusion de son communiqué, passe à l'attaque : "à nos élus qui pensent être tranquillement assis dans le confort d'une élection "écrasante", nous disons que nous attendons d'eux un engagement et une attitude plus conformes aux sacrifices qui les ont portés à la place où ils sont. A l'Etat français nous disons clairement que si sa politique de mépris perdure, nous reprendrons définitivement, avec probablement plus de détermination encore que par le passé, les chemins de la nuit combattante que nous connaissons si bien. 
Aux nouveaux arrivants d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain, nous disons que cette terre n'est pas la vôtre". 

La Corse menacée par les "promoteurs, les pollueurs et la voyoucratie corse".

Le FLNC pointe également du doigt, dans son communiqué, les "promoteurs", les "pollueurs", et "la voyoucratie corse", dont les liens avec le monde économique, le monde politique, et "certains éléments du Mouvement National" sont évoqués. Là encore, le Front lance un avertissement :
"Nos organisations seront lucides et vigilantes sur les dérives possibles de ce système mafieux si cela venait à impacter nos militants. Nous saurions réagir. Comme nous l'avons fait par le passé". Une manière, peut-être, de précéder d'éventuelles menaces... 

Pas besoin de lire entre les lignes. Pour les clandestins, la Corse est dans un sale état. La menace d'un retour à la violence armée sur l'île est donc clairement brandie. Et ressemble de moins en moins à une simple hypothèse...

Aux nouveaux arrivants d'hier, d'aujourd'hui et peut-être de demain, nous disons que cette terre n'est pas la vôtre.

De facto, le FLNC en profite pour régler quelques comptes avec d'autres clandestins, qui avaient aussi pris la parole au printemps dernier... "A ceux, jeunes et moins jeunes, qui utilisent avec "légèreté" les 4 lettres du FLNC nous disons que s'il est vrai que le sigle n'appartient à personne, son utilisation doit être faite en conscience. Leur place est à nos côtés. Sans jugement ni rancoeur. Notre seule légitimité est d'assumer notre position en ne changeant pas de sigle depuis plus de 20 ans, mais elle est de taille car elle laisse peu de place à l'ego".

La fin de la démilitarisation ?

Le ton employé par le FLNC laisse peu de place au doute. Le mouvement clandestin semble décidé à faire entendre un discours plus musclé que celui porté par Gilles Simeoni et l'exécutif. Et le fera de la manière qui lui semblera la plus opportune. 

C'est peut-être cela, la principale information de ce long communiqué. Le FLNC, qui avait déposé les armes (2014 pour l'UC, 2016 pour le 22 octobre), estime aujourd'hui qu'il  a montré suffisamment de bonne volonté. Et qu'il est en droit de tourner la page de la démilitarisation quand bon lui semblera. 

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