Le crabe bleu colonise les étangs en Corse et cause d'importants dégâts. En Bretagne, le poulpe prolifère alors qu'il avait disparu depuis 1960. Faut-il avoir peur de ces espèces dites invasives ? Le magazine "La mer est ronde" a enquêté sur ces envahisseurs aussi inquiétants que surprenants.

De l'océan Atlantique à la mer Méditerranée, la biodiversité marine est en danger. Cette préoccupation est au cœur du nouveau magazine proposé par les antennes de France 3 Corse ViaStella et France 3 Bretagne, "La mer est ronde". L'objectif est de donner la parole à ceux qui se mobilisent pour trouver des solutions concrètes à la protection des mers et océans. 

Le premier numéro, à voir samedi 27 avril à 18h35 sur ViaStella, sera consacré aux invasions marines. En Méditerranée, le crabe bleu s’attaque à de nombreuses espèces et est devenu la bête noire des pêcheurs. En Bretagne, après avoir disparu pendant plusieurs dizaines d’années, le poulpe a refait surface massivement et génère une nouvelle économie.

À Biguglia, le crabe bleu menace l'activité des pêcheurs  

Reportage de Célia Petroni (France 3 Corse ViaStella)
Il est bleu, sa carapace est ornée de cornes et il a des pinces redoutables qui déchirent sans difficulté les verveux, traditionnels filets des pêcheurs d'anguilles de Biguglia ! Le crabe bleu, surnommé le crabe Daech en Tunisie, a envahi les étangs insulaires
mettant en péril la biodiversité et l'activité des professionnels de la pêche. La faute au réchauffement climatique ? Pas seulement...

Venu d’Amérique du Nord, cette espèce invasive a probablement été importée en Méditerranée pendant la Seconde Guerre mondiale dans les ballasts des navires américains. À Biguglia, sa présence est relevée pour la première fois dans les années 90. À ce moment-là, ni la communauté scientifique, ni les professionnels de la pêche ne mesurent la menace. Le crabe se multiplie sans faire de bruit, ses apparitions sont discrètes, jusqu'à coloniser l'ensemble des étangs en Corse. 

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Jean-Louis Guaitelli, pêcheur à l’étang de Biguglia, remonte un verveux déchiré par les crabes bleus ©France 3 Corse ViaStella

Un super prédateur ! Même congelé, il ne meurt pas ! 

Ce terminator des mers est cannibale, il peut parcourir 15 km par jour en période de migration. Les femelles peuvent pondre 2 millions d’œufs en une seule fois, sachant qu’il peut y avoir deux ou trois pontes par an. Sa croissance est très rapide, il supporte des écarts de température très importants, de 0° à 37°, mais sa température optimale est de 24°. Des tests ont été menés, même congelé, il ne meurt pas ! En dessous de 15 degrés, il ne se nourrit pas, et en dessous de 10 degrés il s’enfouit pour entrer en léthargie. Il semble indestructible. 

Comment lutter contre cette espèce invasive ? 

Comme la plupart des espèces exotiques invasives, il se peut que la population de crabes bleus s’effondre spontanément d’ici 40 ans. Mais en attendant, que faire ? La communauté scientifique insulaire s’est désormais emparée de la problématique. En collaboration avec les professionnels de la pêche, des prélèvements "coup de poing" seront organisés pour tenter de limiter les populations, en période de pontes, afin d’éliminer les femelles grainées.

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Rencontre entre pêcheur, scientifique et cuisinier autour du crabe bleu ©France 3 Corse ViaStella

Autre piste : le consommer comme en Tunisie ou sur les côtes atlantiques américaines ? Faut-il encore qu’il y ait une demande. Manger du crabe bleu comme un geste citoyen et pérenniser son exploitation seraient peut-être une solution. C'est le cas en Bretagne, où le retour du poulpe a permis la mise en place d'un nouveau marché économique.

Retour du poulpe en Bretagne : la ruée vers l'or ! 

Reportage de Sébastien Thiébault (France 3 Bretagne)
Éradiqué en 1960 lors d'un hiver très rude, le poulpe est soudainement réapparu en 2020 au sud de l’archipel des Glénans, avant de s'étendre en mer d’Iroise et dans le Finistère nord. Une invasion d'une telle ampleur que la pêche de ce mollusque à la chaire gourmande a dû être réglementée.

Le comité régional des pêches du Finistère a instauré une licence pour sa capture, ouvrant ainsi un nouveau marché d'export vers l'Espagne. 300 marins-pêcheurs ont pu bénéficier de ce précieux sésame et 1200 tonnes de poulpes ont été prélevées en 2022 sur la zone Concarneau Glénan. Une manne financière importante pour les professionnels de la pêche car le prix du poulpe reste constant contrairement à d'autres espèces.

À lire : "C'était impressionnant de voir la masse qu'il y avait dans le fond", quand les poulpes envahissent les eaux bretonnes  

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Le poulpe revient en force depuis 2020 en Bretagne sud et désormais dans le Finistère nord. C'est un nouvel Eldorado pour les pêcheurs, mais aussi un désastre pour d'autres espèces ©France Télévisions

Si le poulpe représente un nouvel eldorado, il est aussi un prédateur redoutable pour la biodiversité marine des eaux bretonnes. "Il peut rafler les coquillages, les coquilles en un temps record" précise Julien Dubreuil, biologiste marin pour le Comité des pêches. Sa prolifération est bien un signe des changements profonds qui touchent mers et océans à l'heure actuelle sans pour autant être une preuve du réchauffement du milieu aquatique. "Le poulpe est très volatil [...] Il s’installe un temps donné dans un territoire mais forcément, quand il a épuisé l’essentiel de sa nourriture, il disparaît." souligne Julien Dubreuil.

📺 Prochains numéros du magazine "La mer est ronde"

  • Samedi 4 mai à 18h35 : les herbiers marins
  • Samedi 11 mai à 18h35 : de la source à la mer

📱💻 Disponible sur France.tv

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